Le géant chinois du commerce en ligne Alibaba a vu son bénéfice net résister mieux qu'attendu sur les trois derniers mois de 2018, la croissance du "cloud" et le divertissement permettant de contrebalancer le ralentissement de son coeur de métier, la vente de détail.

Sur le troisième trimestre de son exercice décalé, clos fin décembre, le groupe fondé par l'emblématique Jack Ma - et coté à Wall Street - a fait état mercredi d'un bénéfice de 4,8 milliards de dollars, en hausse de 37 pour cent sur un an.

Une forte accélération après une hausse de seulement 13 pour cent le trimestre précédent, et une performance meilleure qu'attendu par les analystes sondés par Bloomberg.

Alors que plusieurs dizaines de grandes entreprises chinoises ont averti s'attendre à des résultats 2018 moins bons qu'escompté, Alibaba semble donc afficher une santé insolente.

Pour autant, l'essoufflement de la consommation en Chine n'épargne pas le groupe de Jack Ma, dont les plateformes Taobao et Tmall dominent la moitié du marché chinois du commerce sur Internet.

Certes, son chiffre d'affaires sur octobre-décembre a bondi de 41 pour cent, à 17,1 milliards de dollars, une envolée dont rêveraient bien des entreprises. Mais pour Alibaba, c'est un net ralentissement après une hausse de 54 pour cent au trimestre précédent, et en deçà des anticipations des analystes (qui prévoyaient un bond de 44 pour cent).

C'est également la plus faible performance depuis deux ans pour un groupe habitué à voir ses revenus flamber d'au moins 60 pour cent sur un an.

Sur son activité phare de vente en ligne, qui représente l'écrasante majorité de ses revenus (88 pour cent), Alibaba a vu ses recettes grimper de 40 pour cent à 14,96 milliards de dollars, un ralentissement très sensible en dépit du vertigineux succès de la "Fête des célibataires" du 11 novembre.

Durant cette journée de soldes monstres, Alibaba a enregistré un volume ahurissant de 38 milliards de dollars de transactions sur ses plateformes, en augmentation de 27 pour cent par rapport à l'édition 2017.

"Environnement compliqué"

De même, le gonflement de sa base d'usagers se tasse: les plateformes d'Alibaba comptaient fin décembre 699 millions d'utilisateurs mensuels actifs se connectant via smartphone, une hausse très modérée de 5 pour cent sur un an.

Selon une récente note du cabinet CLSA spécialisé sur l'Asie, les dépenses des consommateurs chinois devraient continuer de ralentir en 2019, promettant un "environnement plus compliqué" pour les firmes locales de commerce électronique.

Néanmoins, "à mesure que les consommateurs chinois font évoluer leur modes de vie, ils achèteront des produits de meilleure qualité, et dépenseront davantage dans les services et le divertissement", soulignaient les analystes de CLSA, jugeant Alibaba bien placé pour en profiter.

Dans son communiqué, Alibaba n'a pas évoqué le ralentissement économique dans la deuxième économie mondiale, mais a de nouveau insisté sur sa stratégie de diversification sur des secteurs à fort potentiel.

"Notre croissance est tirée par la puissance d'Alibaba dans l'informatique dématérialisée (ou "cloud") et les technologies de gestion des données, qui accompagnent la transformation numérique de millions d'entreprises", s'est félicité le directeur général Daniel Zhang.

Diversification

Sur le trimestre, les revenus tirés de l'informatique "en nuage" se sont envolés de 84 pour cent à quelque 962 millions de dollars: Alibaba assure contrôler désormais la moitié d'un marché chinois immense et en plein décollage.

Les recettes dans les divertissements et médias (sa plateforme vidéo Youku) ont grimpé de 20 pour cent.

De même, Alibaba développe d'étroites interactions avec le commerce traditionnel en dur, notamment via des supermarchés hyperconnectés sous une marque propre (109 en Chine fin 2018), des investissements dans des chaînes de distribution, ou son application de livraison de repas à domicile...

Le groupe de Hanzhou (est) compte sur cette diversification et ses avancées dans l'intelligence artificielle pour maintenir son rang face à des rivaux chinois agressifs rognant ses parts de marché, de JD.com à Pingduoduo, une plateforme d'articles vendus à petit prix.

Alors que Jack Ma a annoncé en septembre son départ cette année du poste de président, avivant les incertitudes sur l'avenir du groupe, les observateurs continuent de souligner sa forte rentabilité et son potentiel.

Ainsi, selon le cabinet américain eMarketer, les dépenses des consommateurs en Chine devraient surpasser cette année celles des États-Unis pour atteindre 5.640 milliards de dollars... et le e-commerce représentera 35 pour cent des ventes de détail en Chine (contre 10,9 pour cent aux États-Unis), Alibaba s'arrogeant une bonne moitié du secteur.

 

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