Le numéro un chinois de la vente en ligne Alibaba a vu son chiffre d'affaires au quatrième trimestre s'envoler plus qu'attendu, dopé par de robustes transactions sur mobile et par ses recettes publicitaires, via un ciblage toujours plus pointu et sur fond d'expansion tous azimuts dans le commerce en dur.

Sur la période janvier-mars, quatrième trimestre de l'exercice décalé 2017-2018, le chiffre d'affaires du groupe s'est envolé de 61 pour cent, à 61,9 milliards de yuans (9,9 milliards de dollars). C'est bien mieux que les 59 milliards de yuans escomptés par les analystes sondés par Bloomberg.

Le géant du web chinois, coté à New York, table sur une performance similaire (+60 pour cent) pour l'ensemble de l'exercice annuel 2018-2019 commencé en avril -très au-delà des anticipations du marché. Certes, le groupe fondé par l'emblématique multi-milliardaire Jack Ma continue de dominer le colossal marché chinois du commerce électronique, contrôlant les trois quarts des transactions en ligne du pays, notamment via sa plate-forme Taobao.

Il profite toujours de l'essor insolent des achats sur internet: ses plates-formes comptaient fin mars 617 millions d'utilisateurs mensuels actifs se connectant par smartphone, en hausse de 22 pour cent sur un an. Mais la concurrence s'aiguise, en particulier sur les créneaux en plein boom des articles importés et du luxe.

Pour résister, Alibaba investit massivement dans l'intelligence artificielle, l'informatique en nuage (cloud), mais aussi... les magasins physiques traditionnels. Autant de manières de gonfler ses bases de données, de mieux cerner les tendances de consommation, de perfectionner ses algorithmes - et d'améliorer ainsi autant le ciblage des produits proposés aux usagers que des supports publicitaires personnalisés, prisés des annonceurs.

Diversification

Au cours de l'exercice décalé 2017-2018 qui s'est achevé en mars, le chiffre d'affaires d'Alibaba a bondi de 58 pour cent (à 39,9 milliards de dollars). Le bénéfice net part du groupe a progressé de 47 pour cent (à 10,2 milliards de dollars), et ce malgré une chute de 29 pour cent du bénéfice net au quatrième trimestre (à 7,6 milliards de yuans, 1,2 milliard de dollars), un revers imputé à une base de comparaison défavorable, à savoir un gain exceptionnel dû à des cessions au même trimestre de 2017.

Mais ce repli a été aussi alimenté par les investissements tous azimuts du groupe. "Sur l'année passée, nous nous sommes encore renforcés dans le développement technologique, le cloud, la logistique (avec l'intégration de la filiale Cainiao, NDLR), le divertissement numérique et les services de proximité, de façon à capter tout le potentiel de croissance de la consommation", a souligné le directeur général Daniel Zhang.

Si Alibaba a diversifié ses activités, l'écrasante majorité (83 pour cent) de ses revenus vient toujours de ses plates-formes d'e-commerce, soutenues par la demande robuste des consommateurs chinois. Ses recettes dans le cloud ont cependant doublé au 4e trimestre, musclées par de nouvelles infrastructures à l'étranger. M. Zhang relève aussi la stratégie du "nouveau commerce de détail": le mastodonte de Hangzhou (est de la Chine) enchaîne les rapprochements avec des chaînes de distribution traditionnelles.

Supermarchés hyper-connectés

Il a ainsi dévoilé en novembre un investissement de 2,44 milliards d'euros dans Sun Art Retail Group, l'un des principaux exploitants d'hypermarchés en Chine, dont le distributeur français Auchan possède plus du tiers du capital. Le groupe de Jack Ma, qui a également racheté 20 pour cent du distributeur d'électroménager Suning, a de surcroît lancé sa propre chaîne de supermarchés hyper-connectés, Hema, spécialisée dans les produits frais et déjà forte de dizaines d'antennes.

Alibaba a également décidé début avril d'acquérir la totalité du capital de sa filiale Ele.me, numéro un de la livraison de repas à domicile en Chine, qui se retrouve ainsi valorisée 7,7 milliards d'euros.

Une diversification qui peut contribuer à doper encore son attrait publicitaire: "Alibaba offre une valeur accrue aux annonceurs et commerçants, via des publicités efficaces, qui tirent profit de toutes les données qu'ils collectent", souligne Jerry Liu, analyste d'UBS cité par Bloomberg News. Enfin, Alibaba avait dévoilé en janvier l'acquisition de 33 pour cent d'Ant Financial, une société financière affiliée et contrôlée par Jack Ma, qui administre l'application de paiement en ligne Alipay... avec dans le viseur une éventuelle introduction boursière de l'entité.

Par ailleurs, Alibaba affiche toujours ses ambitions internationales: il avait annoncé mi-mars un doublement, à 4 milliards de dollars, de son investissement dans sa filiale Lazada, présente dans le Sud-Est asiatique. (AFP)