Comment le chinois Shandong Ruyi compte défier LVMH?

A Paris, capitale de la mode et du luxe, le nom de Shandong Ruyi n’évoque pas grand chose. A tord. Car ce groupe chinois créé en 1972 est une entreprise de premier plan dans le domaine du textile et de l’habillement: un chiffre d’affaires de plus de 48 milliards de yuans (7 milliards de dollars), une chaines d’approvisionnement industrielle impressionnante en matière de traitement du coton et de la laine, des ambitions considérables dans le domaine du luxe.

Le groupe contrôle déjà le français SMPC (Maje, Sandro. Claudie Pierlot), les britanniques Aquascutum et Gieves & Hawkes, le Suisse Bally. La liste devrait s’allonger sous peu car Qiu Yafu, le discret président du groupe, ne cache plus sa volonté d’acheter davantage de marques de “luxe accessible” dans l’espoir de bâtir le premier empire chinois de mode haut de gamme. Un empire susceptible à terme de défier l’indétrônable LVMH.

“Apprendre, imiter, emprunter des idées”

L’entrepreneur est pugnace, son parcours le prouve. Né en 1958, il a commencé comme apprenti à 17 ans dans une des usines textiles de Ruyi avant de monter progressivement les échelons et de prendre la tète de cet empire dont il est le principal actionnaire. Pugnace et lucide: il sait qu’un ralentissement économique général est possible, surtout dans le domaine du luxe, et il sait que cette ambition demandera du temps. Il n’empêche: “"Est-ce que cela prendra cinq ans, dix ans, encore plus longtemps, ou est-ce que ce sera pour la prochaine génération ou avec une meilleure équipe ? C'est un projet et un défi à relever très importants, a-t-il indiqué à Reuters ce mois ci lors d’une interview téléphone. C'est peut-être même impossible. Mais cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas apprendre, imiter ou emprunter des idées."

Comment le chinois Shandong Ruyi compte défier LVMH?

Cette ambition est soutenue par le gouvernement chinois qui en 2015 a dévoilé le programme “Made in China 2025”, un projet sur 10 ans destiné à faire passer le pays du statut de géant de la fabrication, d’usine du monde, à celui, plus gratifiant et prestigieux de puissance mondiale du luxe. Comment? En modernisant son industrie grace aux technologies intelligentes et en mettant l’accent sur la qualité de ses produits et son image de marque. Cette initiative gouvernementale a en quelque sorte poussé Shandong Ruyi, d’une part à revoir radicalement son approche de la fabrication, d’autre part à accélérer ses acquisitions.

Ruyi chercherait d’après son dirigeant des marques d’avant garde, des marques de qualité offrant des perspectives de développement durable. Le groupe entend également tirer parti de la numérisation et du commerce en ligne pour développer sa base clientèle. Locale tout d’abord : la classe moyenne supérieure en Chine se développe rapidement et n’est pas encore arrivé à sa pleine maturation: d’après le cabinet Euromitor cité par Reuters, le marché chinois de la mode atteindra les 280 milliars d’euros d’ici 2022, ce qui représente une croissance d’environ 10 pour cent par rapport à sa taille actuelle. Mondiale ensuite: le groupe est présent dans 84 pays. Si l’empire est encore à bâtir, les fondations semblent déjà solidement posées.

Crédit photo: Bally, dr

 

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