Trump s’en prend à Amazon

Jeff Bezos ne devait pas s’ y attendre. Apres tout, parti de rien (il a été abandonné à la naissance par son père) le fondateur et président d’Amazon, classé 1er en 2014 parmi les PDG les plus performants du monde par la Harvard Business Review, incarne tout ce que le président des USA aurait du à priori promouvoir: l’entreprenariat américain. Le 26 juillet 2017, la fortune personnelle de Jeff Bezos, estimée en temps réel par Forbes à 90,5 milliards de dollars, a même dépassé celle de Bill Gates : pendant quelques heures, le patron d’Amazon fut l’homme le plus riche du monde.

Pourtant, ce mercredi 16 aout, Donald Trump s’en est pris – par l’intermédiaire d’un tweet, à cette entreprise américaine. "Amazon cause beaucoup de tort aux petits détaillants qui paient des impôts. Des villages, des villes dans tous les Etats-Unis souffrent. Beaucoup d'emplois sont détruits!" indique le président.

La réaction a été immédiate : le géant de la distribution a perdu 1,2 pour cent de sa valeur à l’ouverture de Wall Street, soit une perte de 5,7 milliards de dollars. Ce n'est qu'aux alentours de midi, heure de New York, que la cotation boursière est remontée à son niveau initial. Quelle mouche a donc piqué Donald Trump ? Le président américain est il devenu sensible aux dommages collatéraux du libéralisme dont Amazon est objectivement un symbole puissant ? Cela paraît d’autant plus surprenant lorsque l’on sait qu’Amazon avait annoncé, début janvier, avant l’investiture de Donald Trump, la création de 100000 emplois aux Etats-Unis dans les 18 prochains mois. L’entreprise compte actuellement 180000 salariés aux Etats-Unis.

Méthodes contestées d’Amazon

Les méthodes d’Amazon ont souvent été contestées: de nombreux observateurs pointent régulièrement du doigt les conditions de travail des employés de l’entreprise. Les maigres salaires, les cadences infernales, le management musclé fait pour briser les salariés les plus faibles. A l’époque où Amazon n’était encore qu’un libraire en ligne, les libraires indépendants accusaient déjà l’entreprise de dévaster l’ensemble de la profession en détruisant, par la force de son monopole et à grands coups de prix cassés, un réseau complexe et subtil de petites librairies de quartier.

Le fruit de ces méthodes a été payant: Amazon est une entreprise prospère. Jeff Bezos souhaite attendre les 200 milliards de dollars de chiffre d’affaires dans les prochaines années « en apprenant à vendre des vêtements et de la nourriture ». Une ambition légitime au regard des succès accumulés par Amazon depuis sa fondation en 1994. Barack Obama lui même, évoquant la réussite des entreprises américaines, avait durant son deuxième mandat loué le destin de l’entreprise de Seattle.

Donald Trump, défenseur d’ une vision humaniste de l’entreprise? C’est ce que son tweet laisserait à penser. Il convient cependant de mettre en perspective cette déclaration. D’une part, par rapport à la situation actuelle du président américain: il est en effet, depuis quelques jours, lâché par plusieurs grands patrons américains qui lui reprochent sa mauvaise gestion de la tragédie survenue à Charlottesville. Il n’est donc pas excessif d’affirmer que la lune de miel entre Donald Trump et le monde de l’entreprise se soit gatée de manière significative ces derniers jours. Pourtant, l'élection il y a neuf mois d'un homme d'affaires à la Maison Blanche avait suscité l'enthousiasme des dirigeants de grands groupes.

D’autre part, en ce qui concerne le cas particulier d’Amazon, il faut signaler que ce n’est pas la première fois que le président des Etats Unis s’en prend à l’entrepreneur de Seattle. En 2015, alors qu’il était candidat à l’élection présidentielle américaine de 2016, Donald Trump avait accusé Jeff Bezos d’avoir fait l’acquisition du journal Le Washington Post dans le seul but de minimiser la pression fiscale qui pèse sur Amazon et son propriétaire aux Etats-Unis. Un reproche qui ne manque pas de sel quand on sait que Donald Trump avait lui même été accusé de ne pas s’être acquitté de la taxe fédérale pendant 17 ans. Quoi qu’il en soit, Jeff Bezos avait alors répliqué à cette attaque sur le ton de l’ironie se félicitant d’avoir été pris pour cible par Donald Trump. Quelques mois plus tard, Donald Trump avait déclaré : « Je respecte Jeff Bezos, mais il a acheté le Washington Post pour exercer une influence politique. » Nouvelle réponse, plus flegmatique cette fois-ci, du principal intéressé : « Les attaques de Trump ne sont pas une conduite appropriée pour un candidat à la présidence ».

Connaissant les rapports notoirement compliqués que le président américain entretient avec les médias de son pays, il se pourrait que le fait, pour Jeff Bezos, d’être le propriétaire d’un journal dont la ligne éditoriale n’ est pas systématique favorable au pouvoir en place, ait eu une incidence dans la soudaine virulence du pourtant très libéral Donald Trump.

Crédit photo : Amazon, dr

 

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