ZOOM: le luxe plonge en Bourse face aux incertitudes économiques

Le secteur du luxe a plongé mercredi sur les places boursières européennes, malgré une performance trimestrielle solide de LVMH, qui n'a pas rassuré les opérateurs face aux craintes d'un ralentissement des ventes en Chine.

A la Bourse de Paris, les valeurs du luxe ont subi la plus forte baisse du CAC 40: l'action Kering a chuté de 9,62 pour cent à 381,30 euros, celle de LVMH de 7,14 pour cent à 265,30 euros et celle d'Hermès de 5,07 pour cent à 505,40 euros.

A Milan, le secteur s'est également effondré, le fabricant de doudounes de luxe Moncler perdant 10,85 pour cent à 31,73 euros, le groupe de cachemire Brunello Cucinelli 9,45 pour cent à 30,2 euros, tandis que la maison Salvatore Ferragamo laissait 4,24 pour cent à 19,105 euros et le fabricant de lunettes haut de gamme Luxottica se repliait de 3,76 pour cent , à 54,2 euros.

Même situation à Zurich, où les deux valeurs du luxe finissant tout en bas du tableau: l'horloger Swatch a plongé de 5,41 pour cent (344,20 CHF) et Richemont, numéro deux mondial du luxe, de 3,98 pour cent (73,34 CHF). Morgan Stanley a de son côté a abaissé sa recommandation sur le secteur européen du luxe européen de "neutre" à "sous-pondérer".

Mardi soir, le numéro un mondial du luxe LVMH avait cependant poursuivi sur sa lancée au troisième trimestre, annonçant des ventes en progression de 10 pour cent, conformes aux attentes.

Lors d'une conférence téléphonique avec les analystes du secteur mercredi le directeur financier de LVMH Jean-Jacques Guiony a seulement fait état d'un "petit ralentissement" de la croissance de la demande chinoise pour sa marque emblématique Louis Vuitton au troisième trimestre.

Mais globalement, LVMH a enregistré en Asie (hors Japon) une croissance organique de ses ventes de 11 pour cent au troisième trimestre, et de 16 pour cent sur les neuf premiers mois de l'exercice, selon des documents publiés mercredi par le géant du luxe qui réalise 30 pour cent de ses ventes totales dans cette zone.

Jean-Jacques Guiony n'a pas voulu commenter les perspectives du marché ou les répercussions d'une guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, estimant qu'"il n'y [avait] rien de particulièrement spécifique au luxe ou à LVMH".

Les opérateurs redoutent cependant que le secteur du luxe "ne puisse pas tenir les rythmes de croissance des trimestres précédents en cas de ralentissement économique beaucoup plus fort dans les pays émergents et particulièrement en Chine", indique à l'AFP Yann Azuelos, gestionnaire de portefeuilles chez Mirabaud France.

Mardi, le Fonds monétaire international a abaissé les perspectives de croissance mondiale pour 2018 et 2019, soulignant les risques entourant la crise des devises dans certains pays émergents et la guerre commerciale qui fait rage entre les États-Unis et la Chine. L'organisation estime que la croissance va ralentir en 2019 à 6,2 pour cent pour la Chine, une zone à laquelle le secteur du luxe est très sensible.

Ce mouvement marque aussi "une volonté de rotation sectorielle" de la part des opérateurs qui misent sur les secteurs en retard et vendent des titres de secteurs qui ont tiré le marché français à la hausse jusqu'ici, comme le luxe et l'aéronautique, explique Yann Azuelos, gestionnaire de portefeuilles chez Mirabaud France.

Les actifs du luxe ne sont "plus en vogue", souligne aussi Morgan Stanley, qui a abaissé sa recommandation à la baisse sur le secteur européen du luxe européen de "neutre" à "sous-pondérer". La semaine dernière, certains analystes évoquaient déjà un possible ralentissement du secteur, après un excellent premier semestre.

"Pour Kering, le marché craint un risque d'atterrissage brutal qui nous paraît surdimensionné par rapport aux fondamentaux d'une marque réinventée et globalisée", nuance cependant mercredi Invest Securities.

L'action Kering, qui était "vue comme la meilleure performance boursière depuis le début de l'année est quasiment revenue à l'équilibre, n'étant plus qu'en gain de 1,6 pour cent depuis le début de l'année", détaille M. Azuelos. Mais "LVMH tient encore 12 pour cent de hausse depuis le début de l'année malgré la baisse d'aujourd'hui". (AFP)

Photo: Prada Facebook