La discrète Jeanne Lanvin sort de l'ombre au Palais Galliera

Éclipsée par la médiatique Coco Chanel, la discrète Jeanne Lanvin est restée une figure méconnue du grand public. Elle sort de l'ombre pour une exposition au Palais Galliera à Paris, qui rend hommage au travail de cette pionnière et à son chic raffiné.

A 125 ans, Lanvin, marque célèbre dans le monde entier, est la plus ancienne maison de couture française en activité. L'Israélo-Américain Alber Elbaz, qui en a pris la direction artistique en 2001, a présenté jeudi soir un défilé inspiré de son pays natal, le Maroc, lors de la Fashion week, devant un parterre de célébrités comme Catherine Deneuve et le couple Kanye West-Kim Kardashian.

Sa fondatrice Jeanne Lanvin (1867-1946) a quant à elle vécu loin des projecteurs. "Elle a toujours été comprimée entre Madeleine Vionnet qui était très virtuose, Elsa Schiaparelli qui était l'artiste, Chanel qui était très médiatique", explique Olivier Saillard, directeur du Palais Galliera, le Musée de la mode de Paris. "On a rangé Lanvin du côté de la grande discrétion, voire même d'une couturière de clientes, un terme pas très flatteur. Or elle est bien plus que ça!"

Avec Alber Elbaz, qui a assuré la direction artistique de l'exposition, le commissaire a rassemblé quelque 110 pièces, venues du fonds du Palais Galliera pour les deux tiers, ainsi que des archives de la maison Lanvin. Les robes datent pour la plupart des années 1920 et 1930. Le directeur artistique de Lanvin, qui n'a pas souhaité exposer ses propres créations, a eu l'idée de présenter certaines robes étendues dans des "vitrines piano", des tiroirs à miroirs dans lesquels elles ont l'air de flotter.

'La petite omnibus'

Fille de journaliste, Jeanne Lanvin a débuté comme coursier auprès d'une modiste: elle était surnommée "la petite omnibus". Rapidement elle installe ses ateliers dans une chambre de bonne à Paris et ouvre ensuite différents départements: les chapeaux, l'enfant, la mode masculine, la mode féminine, la décoration, le parfum, une démarche avant-gardiste au début du 20e siècle.

"Elle ne cousait pas, ne coupait pas, ne dessinait pas, mais elle avait un goût très sûr. Elle a imposé un +lifestyle+", commente Olivier Saillard. Plus patronne à l'ancienne que mondaine, elle n'avait pas le physique de Chanel, ni son discours féministe, souligne le commissaire d'exposition. Mariée deux fois, elle a eu une fille Marguerite, dont elle était très proche. Un amour résumé dans le logo de la maison dessiné par Paul Iribe, qui représente la mère et la fille se tenant les mains.

Au gré des inspirations ethniques et folkloriques (Asie, Japon, pays de l'est) et monacales, l'exposition suit un parcours thématique pour présenter des robes au caractère intemporel, aux broderies jamais ostentatoires, robes bijoux ou robes de style à jupes bouffantes. Noir et or règne sur cette griffe du soir, et le fameux bleu Lanvin, couleur fétiche de la fondatrice, se décline en plusieurs nuances. Marquée par les Arts décoratifs, Jeanne Lanvin, qui avait trois ateliers de broderies à demeure, illustre à merveille pour Olivier Saillard ce qu'est la haute couture: "un pas à distance de la mode et des engouements, quelque chose de très en retenue".

Aujourd'hui propriété de la femme d'affaire chinoise Shaw-Lan Wang, qui vit à Taïwan, la marque est présente dans 35 boutiques en propre et 26 en franchise. Son actuel directeur artistique "a retenu de Lanvin une forme de couture express, c'est-à-dire une manière d'être habillé en oubliant qu'on est habillé, avec des vêtements dans lesquels on peut bouger, et très féminins", souligne Olivier Saillard. "Il a compris aussi qu'il devait habiller une fille de 18 ans comme une femme de 52, et que toutes les robes étaient un peu des bijoux".

Jeanne Lanvin, du 8 mars au 23 août 2015, Palais Galliera, Paris. (AFP)

 

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