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Foot et "upcycling" : une jeune créatrice transforme les maillots en corsets

By AFP

15 nov. 2022

Mode

Deux footballeuses sur le terrain. Crédit : Joppe Spaa, Unsplash

Paris - A 19 ans, depuis sa chambre-atelier de la banlieue parisienne, elle redonne vie à de vieux maillots de foot en les transformant en corsets, un concept coloré, éthique et écolo qui a tapé dans l'œil d'un pape de la mode parisienne, à l'approche du Mondial.

"Je fais tout toute seule, de la collecte des maillots jusqu'au design et à la couture", sourit Maï Jarach en sortant son préféré de la penderie, celui taillé dans une tunique du FC Barcelone, dont elle "adore" le grenat et le bleu.

"Je ne veux surtout pas des maillots neufs, l'idée c'est de faire de l'upcycling, c'est-à-dire sans intervention chimique, ce n'est pas du recyclage", explique cette fille d'un père argentin et d'une mère bretonne. Ce n'est "pas par conviction environnementale au départ, mais plutôt né d'une indignation sur la maltraitance de la main d'œuvre dans certains pays. J'ai réduit ma consommation de neuf pour me diriger vers des marques éthiques", poursuit-elle.

À l'origine, elle a développé ce projet pour entrer dans son école de mode, le studio Berçot. Puis Maï s'est fait repérer par Youssouf Fofana, le directeur artistique de la marque parisienne Maison Château Rouge (MCR), qui la croise un jour où elle porte un de ses corsets.

Emballé, il lui propose de les mettre en vente lorsque MCR, associé à d'autres créateurs, aura investi l'ancien magasin Tati de Barbès, le mois prochain, en pleine Coupe du monde de football (20 novembre-18 décembre).

"Dans la cave de ma grand-mère"

"J'ai eu la chance de rencontrer quelqu'un de gentil, qui respecte mes valeurs, Youssouf Fofana", salue la jeune créatrice, qui a dû alors accélérer. "J'ai travaillé tout l'été dans la cave de ma grand-mère, dans le Finistère, avec sa machine à coudre, en demandant à mes proches des maillots."

Ça tombe bien, le foot coule dans les veines de la famille. En bon Argentin, son père est fan de River Plate, un des géants de Buenos Aires. La petite sœur de Maï, Luz, joue avec les moins de 15 ans du Paris Saint-Germain. Pendant cet été studieux, la couturière fabrique onze corsets, mais la toute jeune entrepreneuse doit aussi "créer une marque en trois mois, ça s'est fait super vite".

Elle trouve un logo, "mai :", monte un compte Instagram, "madeinmai". "Mes amis posent sur les clichés, filles et garçons, car ce sont des corsets pour tous, et mon copain fait les photos", détaille-t-elle. Mais le cœur du boulot reste la fabrication des corsets. Appliquée sur sa machine, Maï Jarach coud les petits tubes pour y glisser les baleines, faites de serre-câbles "très souples et pas du tout restrictifs", encore un matériau "upcyclé".

"Des pièces uniques"

Elle place aussi les oeillets pour glisser le ruban qui permet de lacer le vêtement dans le dos, reprenant une des couleurs du maillot, jaune pour le corset aux couleurs de Boca Juniors, grand rival de River. Heureusement Maï a en réserve un maillot blanc à cartouchière rouge des "Millonarios" (surnom du River Plate) prêt à vivre une seconde vie. "Sinon mon père va faire la gueule !", rigole-t-elle.

Elle préfère travailler des tailles enfants, car "ça correspond mieux à mon patron, un maillot adulte fait plus de chutes". Et puis ils sont plus faciles à brocanter, devenus trop petits, les gens ne s'en servent plus. Dans sa collection, la jeune fille, qui vit aux Lilas (Seine-Saint-Denis), a aussi des corsets aux couleurs du club voisin du Red Star, mais aussi de Lyon, de la France, du Brésil ou du Mexique, engagés en Coupe du monde. Cette très jeune créatrice habite encore chez ses parents, dans un ancien atelier aménagé en loft très lumineux dans une impasse discrète des Lilas, dans la petite couronne de Paris.

"C'est la première fois que je gagne de l'argent", s'amuse Maï, qui vend 120 euros chaque corset. "La collaboration avec Maison Château Rouge m'enlève la pression de trouver un point de vente", poursuit-elle, mais à l'avenir elle devra réfléchir à la façon de commercialiser son travail, "sans doute par pré-commandes, puisque ce sont des pièces uniques". "Je ne veux pas entrer dans un système de production en masse", conclut Maï, fidèle à son éthique. (AFP)

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