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Le "cravate gate" à l'Assemblée, au-delà d'une simple affaire vestimentaire

By AFP

26 juil. 2022

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Jozsef Hocza, Unsplah

Paris - Des passes d'armes entre députés, des demandes de mise à l'agenda officiel: le débat fait rage à l'Assemblée nationale sur... la tenue des parlementaires, une question qui devient politique entre LFI et la droite.

La présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet (LREM) a tenté lundi de fermer le ban, en rappelant que les députés doivent porter une tenue "correcte", tout en refusant "d'exercer une police vestimentaire", faisant "confiance aux parlementaires".

Depuis l'arrivée en force en juin des élus de l'alliance de gauche Nupes, cravates et costumes sont moins de mise. Les jeans, baskets, costumes sur T-shirt, voire T-shirts tout court fleurissent. Le président (ex-LR) de la région Paca Renaud Muselier a critiqué la semaine dernière une "gauche sale, débraillée", s'attirant les foudres de ces élus, moins favorisés socialement qu'auparavant, et qui se revendiquent "à l'image du peuple".

Le port de la cravate a déjà sérieusement reculé dans le monde du travail et l'Assemblée, lieu pétri de rites et conventions, se met peu à peu à l'unisson. Certains insoumis hésitent au vu de leurs responsabilités. Comme Eric Coquerel, président de la commission des Finances, qui a porté l'attribut vestimentaire litigieux pour le coup d'envoi des débats sur le projet de budget, avant de l'abandonner le lendemain.

Les attitudes à gauche tranchent avec celles des députés RN, en quête de respectabilité institutionnelle et tous cravatés. "La culture 'paquet de nouilles' et 'tee-shirt de foot', non merci !", avait averti leur cheffe de file Marine Le Pen.

Déjà en 2017, avec le débarquement des premiers députés insoumis avait débuté une révolution vestimentaire: le bureau de l'Assemblée avait dû acter officiellement le droit pour les députés de siéger sans veste ni cravate. Ainsi, la tenue dans l'hémicycle "doit rester neutre et s'apparenter à une tenue de ville", indique une instruction générale. Jusqu'alors, seule était demandée "une tenue respectueuse des lieux" et les agents de l'Assemblée tenaient à disposition un éventail de cravates aux abords de l'hémicycle.

Bleu de travail

Les tenues traditionnelles, tel le costume polynésien lavalava de Moetai Brotherson qui a fait école, ou la veste bretonne de Paul Molac, restent autorisées. Vieux routier du Palais Bourbon, le LR Eric Ciotti ne se résout pas aux "sans cravate". "Le port du costume et de la cravate pour les hommes, au-delà de la nécessaire marque de respect due à nos institutions et nos compatriotes, permet d'unifier visuellement la représentation nationale et de recentrer les débats sur ce qui importe vraiment: les arguments des uns et des autres", a fait valoir le député dans un courrier à Mme Braun-Pivet.

Le communiste Patrice Carvalho en 1997 était apparu sur les sièges rouges de l'Assemblée en bleu de travail mais avec cravate, relève M. Ciotti, qui est questeur, chargé de la gestion de l'institution. "On délibérera" s'il le souhaite mais "je pense que les Français nous attendent plutôt sur des sujets de fond", a répondu la titulaire du Perchoir dans le Parisien dimanche. Le sujet vire au bras de fer avec LFI. "L'habit ne fait pas le député", a rétorqué à M. Ciotti le groupe des députés emmené par Mathilde Panot, qui a épinglé de surcroît sa vision "anachronique" à l'heure où l'Assemblée compte 37 pour cent de femmes.

Le jeune Louis Boyard, 21 ans, a parodié le courrier du questeur, en pointant "une forme d'arrogance vestimentaire et comportementale d'un nombre de plus en plus important de députés, en particulier chez LREM, LR et RN". Il a lui réclamé "l'interdiction des costumes aux prix indécents". De fait, peuvent être imputés sur les frais de mandat des dépenses dites de "représentation", mais le déontologue refuse ou écrête les dépenses vestimentaires "manifestement déraisonnables". Dimanche, même Jean-Luc Mélenchon, depuis Bogota où il est en déplacement, y est allé de son commentaire sur son blog.

"Les bons messieurs et les bonnes dames dénoncent nos comportements, veulent nous enseigner les bonnes manières et les beaux habits. Encore ne savent-ils pas ceci: ces tenues qu'ils fustigent sont nos habits du dimanche", écrit le leader de LFI. (AFP)

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