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Pourquoi les années 90 vont-elles faire vendre ?

By Julia Garel

6 août 2021

Mode

Andrea Crews PE22, via press agency Station Service

Crop top, survêtement, sac banane et couleur néon, les années 1990 ont infusé une grande partie des derniers défilés de prêt-à-porter. Mais qu’est-ce que la décennie a à offrir à notre époque ? Comment et pourquoi les années 1990 séduisent-elles le consommateur ?

La joie d’une mode de sortie de crise

Ce qui définit l’esthétique des années 1990 ? Le fun ! C’est en tout cas ce qu’en retient Fériel Karoui, Consultante tendances, avec qui FashionUnited a échangé par mail. Bien que la décennie rime également avec grunge et minimalisme, cette saison, c’est dans un sportswear/streetwear décomplexé et haut en couleur que sont allés puiser les créateurs. Une attitude qui séduit un consommateur dont les envies de légèreté et de fête ont été bridées par les confinements successifs et la peur du virus.

Fériel cite notamment le tout début des années 90 avec la garde-robe de la série du Prince de Bel Air ou de Sauvé par le gong. Elle précise : « On y retrouve les coloris néons, inspirés du sportswear mais aussi des rave parties (chez Louis Vuitton, Dries van Noten, Lazoschmidl, Spyder), des coupes-vents d’été, avec les influences outdoors ici revisitées avec des couleurs hyper énergiques (Isabel Marant, Boramy Viguier), des shorts volume basket (Children of the Discordance), les vestes de costumes colorées chez Mans, avec option crop top chez Fendi, des inspirations tie and dye, des motifs psychédéliques et quelques réminiscences éthniques (Etro) des années 70, elles-mêmes citation des années 90 ».

Andrea Crews SS22 (via press agency Station Service), Lazoschmidl PE22 (via press agency Autrement PR)

Le goût du moche pour se distinguer

L’experte en tendances attire l’attention sur des pièces phares des années 1990 : « le sac banane, les “dad shoes”, les survet’ et les crop top sont rarement cités comme élégants, et c’est ce qui fait tout leur intérêt ». Fériel développe sa pensée par une citation tirée du livre « Le goût du moche » d’Alice Pfeiffer (ed. Flammarion) : « s’extasier sur une source de “moche” revient à se distancier de la réception de masse de l’objet - et à tourner le dos à un beau devenu trop accessible ». Ce qui, pour Fériel, peut s’appliquer à notre tendance : « comme à toutes les époques, se joue aujourd’hui avec le retour des années 90 une lutte des classes du bon goût entre les valeurs de la vieille garde et celles de la nouvelle ».

La collection PE22 de la marque Andrea Crews est un exemple frappant de cette inspiration « mauvais goût ». Pour la saison, la Maroussia Rebecq, la fondatrice et créatrice de la griffe, joue avec ce détail très 90’s - et souvent jugé comme vulgaire - du string qui remonte si haut qu’il dépasse du pantalon. Chez Andrea Crews, le sous-vêtement devient ici un ornement et un acte de rébellion dans une collection où les pièces upcyclées permettent d’exprimer un discours de rébellion contre la fast fashion et le consumérisme des années 1990.

Drôle de Monsieur PE22 (via press agency DLX), Celin PE22 (via press office)

Le fantasme d’une époque plus spontanée

L’engouement pour les années 1990 en 2021 s’explique également par le cycle naturel des tendances. La consultante explique : « il y a souvent dans la mode un effet miroir équivalent à une génération, soit des inspirations qui vont puiser leurs sources entre 20 et 30 ans en arrière. Cet effet miroir se justifie de par un effet nostalgique d’une époque que les jeunes consommateurs n’ont pas ou peu connu, ils peuvent donc fantasmer dessus. »

On remarque également que beaucoup de créateurs à la tête des maisons de mode étaient enfants ou adolescences dans les années 1990 (Simon Porte Jacquemus, Christelle Kocher, Olivier Rousteing, etc.). « Ils éprouvent eux aussi une certaine nostalgie : d’abord parce qu’ils étaient plus jeunes, plus insouciants, que l’époque sans smartphone semblait plus spontanée et plus libre. Consciemment ou inconsciemment, ils ont tendance à les faire revivre à travers une attitude qui se retrouve dans la culture, mais aussi sur les silhouettes », note Fériel.