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La maison Oscar de la Renta présente ses nouveaux directeurs artistiques

Après le départ soudain de Peter Copping début juillet, Alex Boden, CEO de Oscar de la Renta vient d’annoncer la nomination de Fernando Garcia et de Laura Kim, comme co-directeurs artistiques de la célèbre maison de mode américaine. Fernando a 28 ans, il est passé par les bancs de l’école d’architecture Notre Dame. Laura a quatre ans de plus que Fernando. Elle a suivi les cours du Pratt institute (à New York). Leurs fans sont nombreux, ils comptent parmi leurs adeptes de nombreuses personnalités – comme Amal Clooney et Sarah Jessica Parker notamment - qu’ils habillent sur les tapis rouges. Autre signe particulier : ils sont en couple.

Les deux directeurs artistiques connaissent bien la maison. Le tandem avait fait ses premières armes après d’Oscar de la Renta lui-même. Ils quittèrent la maison – au décès du maître en octobre 2004 – pour fonder leur propre label. Ce label, c’est Monse. Il existe toujours. Sa signature: des basiques de garde-robe modernisés, des chemises sous toutes les formes, des rayures sous toutes les longueurs, des touches de couleurs toniques.

C’est donc un retour au bercail en quelque sorte pour le duo créatif. Laura avait travaillé douze ans comme directrice de la création, Fernando cinq ans comme assistant de création. Ils présenteront leur première collection en février 2017 lors de la Fashion week de New York. "Nous sommes plus qu'heureux d'être de retour dans cette maison où nous avons appris les fondamentaux de la mode grâce à Oscar et du business de la mode grâce à Alex. Ayant également appris énormément cette année avec Monse, nous allons mettre en pratique ces leçons pour étendre la vision que cette incroyable maison a déjà établi."

La maison Oscar de la Renta donnera un coup de pouce à Monse

C’est Alex Boden, beau-fils d’Oscar de la Renta et CEO de la maison, qui les a lui-même convaincu de reprendre la direction artistique. « "Oscar respectait leur talent. Et leur travail à ses côtés s'est révélé être une source de louanges et de succès pour notre marque" dit-il. L’avenir de Monse ne devrait pas en pâtir pour autant. Le CEO compte même donner un coup de pouce au jeune label en lui faisant bénéficier des systèmes logistiques et financiers d’Oscar de la Renta.

Photo: Monse Facebook

Lacoste a annoncé la nomination de Marco Dippe comme nouveau PDG de Lacoste DACH/ Scandinavie. La marque a créé le secteur DACH (Allemagne, Autriche et Suisse) / Scandinavie afin de restructurer la distribution dans ces régions.

Marco Dippe sera responsable des divisions retail et wholesale ainsi que le e-commerce des textiles, des accessoires et des articles en cuir de la marque, sur les marchés en Allemagne, Autriche, Suisse, Danemark et Suède. Il supervisera également la coopération avec la Finlande. Cette démarche vise à renforcer les marchés d'Europe du Nord de la marque.

Avant son poste chez Lacoste, Marco Dippe a occupé différents postes de direction dans l'industrie du textile et l'habillement. Il était responsable des ventes globales chez Esprit, depuis 2012. Il a également passé trois ans chez Nike.

Bijorhca, l’un des plus grands salons de bijouterie au monde organisé par Reed Exhibitions, a nommé Aude Leperre, jusqu’à présent responsable de marketing et de communication du salon EquipHotel –réservé aux professionnels de l’hôtellerie et du tourisme- au poste de directrice.

À 36 ans, Aude Leperre, qui s’était incorporée au groupe Reed Exhibitions dix ans auparavant au sein de l’équipe commerciale du salon IFTM de tourisme, prend la place de Richard Martin et de Sylvie Gaudi, deux directeurs historiques de l’évènement.

Dans l’attente des résultats officiels du salon, qui vient d’avoir lieu ce week-end au Parc des Expositions Porte de Versailles à Paris, Bijorhca a réuni 450 exposants et près de 14.000 visiteurs.

Haider Ackermann nommé chez Berluti

Berluti a officialisé Haider Ackermann. Après le retour d’Alessandro Sartori chez Ermenegildo Zegna, la marque de luxe pour hommes a annoncé Haider Ackermann en tant que nouveau directeur de la création.

La maison française, du groupe LVMH, présentera sa première collection à la Fashion week de Paris hommes de janvier 2017. Depuis la création en 1895, Berluti a essayé de se rebaptiser comme un label haut de gamme de prêt-à-porter. La maison a lancé sa ligne de prêt-à-porter masculin en 2011

« Je suis très heureux d’accueillir Haider chez Berluti. Son talent et son exigence créative font de lui le choix idéal pour Berluti. Je suis certain que sa vision apportera beaucoup à la maison », a déclaré Antoine Arnault, directeur général de Berluti.

Alessandro Sartori avait déjà mis en place un romantisme décalé, défini par ses chaussures de luxe à deux tons. Avec Haider Ackermann à bord, Berluti entre dans une ère de changement.

Haider Ackermann, un créateur bohème

« Je suis très honoré de rejoindre Berluti. Cette maison représente l’essence du luxe pour l’homme et l’idée de l’accompagner dans cette nouvelle aventure m’inspire », a déclaré le créateur dans un communiqué. Ses nouvelles fonctions seront menées en parallèle avec ses collections pour sa propre marque, a précisé Berluti.

En effet Haider Ackermann possède également une ligne de vêtements pour hommes, créée seulement en 2013, 10 ans après la ligne femmes. Les rumeurs l’ont pourtant porté candidat à la tête de la création de nombreuses grandes marques, comme Maison Margiela ou Dior, mais jamais pour des vêtements pour hommes.

A la tête depuis 2003 de sa marque éponyme où il propose des collections de mode féminine et masculine, le créateur d'origine colombienne a été formé à l'Académie royale des Beaux-Arts d'Anvers comme Dries Van Noten, Martin Margiela ou encore Ann Demeulemeester. Il s'est fait connaître par son style à l'élégance bohème, ses drapés structurés, ses couleurs riches et ses silhouettes altières.

Photo : Haider Ackermann Facebook

Sonia Rykiel: hommages à la créatrice

Les directeurs senior de la maison Sonia Rykiel, dont la directrice de la création Julie de Libran, ont rendu hommage à la légendaire créatrice française qui est décédée le 25 août, à l’âge de 86 ans, après une longue bataille contre la maladie de Parkinson.

Dans une déclaration de la maison Sonia Rykiel, la marque a annoncé que le monde de la mode avait perdu « une icône, un précurseur et une énorme amatrice de chocolat ». Ils ont ajouté que Sonia Rykiel était « plus qu'une créatrice, elle était une femme extraordinaire et une artiste qui a consacré sa vie aux femmes et à leur liberté ».

La directrice de la création actuelle Julie de Libran, qui est entrée dans la maison en 2014, s’est rappelée de sa première rencontre avec la légendaire créatrice : « Ma première rencontre avec Sonia Rykiel, chez elle dans sa maison, restera dans mon cœur comme un très beau souvenir. Je suis très touchée par le charme et la grâce de cette femme unique qui a vraiment donné un sens au terme emblématique.

« Elle nous manquera beaucoup mais son style, son esprit et son héritage ne seront jamais oubliés et continueront d’inspirer les femmes dans le monde. »

Eric Langon, le directeur général de Sonia Rykiel, a désigné la créatrice comme « essentielle et indépendante à sa façon. »

Eric Landon a ajouté : « Elle représente l’esprit de Saint-Germain-des-Pres. Nous sommes tous, dans cette maison qu’elle a créé en 1968, très peinés par ce départ et nous exprimons nos plus sincères condoléances à la famille. »

Hommages à Sonia Rykiel

Le président et directeur général du fonds First Heritage Brands, Jean-Marc Loubier, a présenté ses condoléances à sa famille, y compris ses enfants Jean-Philippe et Nathalie, qui était auparavant directrice artistique de la maison et reste consultante créative.

Jean-MarcLoubier a ajouté: « Mes pensées vont également à tous les membres de La maison Rykiel qui sont si dévoués et si fiers d'écrire son histoire, tous les jours. Mais cette femme extraordinaire nous offre un héritage exceptionnel. Elle est une pionnière qui a contribué à changer notre société en mêlant toujours la création, la culture, et des vêtements pour servir les femmes et leur rôle croissant dans le monde. Cet héritage est plus que jamais vivant et reste l'avenir. »

Sabrina Fung, directrice générale à Fung Retailing, a également publié un hommage, en déclarant : « Nous sommes profondément attristés par le décès de Madame Sonia Rykiel et nous présentons nos condoléances à Nathalie, ses filles et les membres de la famille. Nos pensées sont avec eux en ce moment difficile.

« En tant que famille et en tant que partenaires proches, nous sommes fiers de perpétuer l'héritage de Madame Sonia Rykiel, dont le talent et les compétences ont créé une marque éternelle pour le monde de la mode ».

Sonia Rykiel a fondé sa marque en 1968 et est devenue la « Reine du tricot » grâce au succès de son pull emblématique le Poor boy sweater, moulant avec de longues manches et porté par les plus grandes icones de la mode comme Audrey Hepburn et Brigitte Bardot.

Photo : Sonia Rykiel

Le passé trouble de l’enfant prodige de la mode Jonathan Anderson

Jonathan Anderson a grandi juste en bas de chez de moi, un peu plus loin sur la route, dans une ferme, dans un village au cœur de l'Irlande du Nord appelé Le Loup. Vous pouvez compter le nombre de familles qui y vivent. Le climat est pluvieux, l'industrie principale est l'élevage de bétail, et la terre est étrangement verte. Alors que l'Irlande peut certainement s’enorgueillir d'avoir produit des talents remarquables dans une multitude de domaines, l’Irlande du Nord peut se vanter également, en plus de Rory McIlroy ou Seamus Heaney, d’avoir nourri le chéri de la mode qui a l'industrie à ses pieds, ce qui est aussi rare pour nous que d’avoir trois jours ensoleillés consécutifs en juillet.

Jonathan Anderson a avoué dans une interview en septembre 2015 avec The Guardian, « quand je regarde en arrière aujourd’hui, je réalise que ce sont les choses entre 8 et 15 ans qui vous influencent le plus. »

Donc, on peut se poser la question de ce qui rend Jonathan Anderson de The Loup si spécial ? Il est arrivé dans les affaires qu’en 2008, mais sa propre marque, basée à Londres, J.W. Anderson, a déjà recueilli les prix et la reconnaissance que les autres marques britanniques rêvent d'acquérir dans un laps de temps plus grand. Combinez cela avec le succès commercial de la maison espagnole Loewe (plus vieux que Louis Vuitton et Burberry, et faisant partie de l'empire LVMH), accompagné par un investissement de LVMH dans sa marque éponyme, et vous avez un conte de fée de la mode moderne. Ainsi, lorsque des rumeurs ont circulé, que Nicolas Ghesquière pourrait quitter Louis Vuitton, Jonathan Anderson a été automatiquement cité comme son successeur. Bien que les rumeurs ont été rapidement démenties, ces dernières années nous ont appris qu'il y a rarement de fumée sans feu dans ce genre de situation. Nous allons attendre et voir, mais à chaque fois qu’une place devient vacante, le nom de Jonathan Anderson flotte inévitablement dans l’air. Et le créateur n’a que trente et un ans.

Les troubles

Son âge est important parce que, comme moi, Jonathan Anderson a grandi en plein milieu d'une période intéressante dans l'histoire de l'Irlande du Nord: au cours de ces années connues comme « Les troubles ». Je me demande souvent comment cette expérience m'a impacté, moi et ma génération, à la fois créativement et psychologiquement. Dans une interview avec le magazine Violet, Jonathan Anderson a décrit cette période comme « très délicate » : « les gens oublient parfois que l'Irlande du Nord était un pays très complexe. Nous étions dans un état de guerre. Elle faisait évidemment partie du Royaume-Uni, mais il y avait beaucoup d'agitations. Mes parents vivent toujours là-bas, et je suis vraiment heureux d’y avoir grandi. C’est un pays qui est très agréable. Les gens s’aident les uns les autres, même si une partie de la population travaille contre l'autre ».

Le passé trouble de l’enfant prodige de la mode Jonathan Anderson

Cela pourrait-il expliquer son ascension ? Cette capacité de compter sur ceux qui l'entourent avec cependant la connaissance de la notion de conflit ? Déléguer avec succès les tâches à d'autres et comprendre que la collaboration est la clé dans l'industrie de la mode d'aujourd'hui.

Le refus de se conformer à la norme

Une grande partie de son succès, et en particulier ce qui lui a valu d’être remarqué pour sa propre marque, est le caractère unique de sa vision. Il rejette les compartimentations. Il fait peu de cas des stéréotypes du genre depuis le début, avec des défilés d’hommes en froufrous et de femmes imposantes et sans compromis. Ses collections n’ont pas toujours été louées, en particulier celles du début, mais peu importe. Il a choisi de diffuser son tout dernier défilé pour hommes en direct sur Grindr. Sa vision dérange, ses méthodes sont peu orthodoxes, mais il refuse d’en tenir compte. Ce côté anarchique et irrévérencieux remonte-t-il à nos racines communes ?

En Irlande du Nord, depuis près de quarante ans, vos allégeances religieuses et politiques vous définissent, que vous le vouliez ou non – à quelle l'école vous êtes allé, où vous avez vécu, avec qui vous êtes amis ; rentrer dans une case signifiait rester en sécurité. Donc déménager à la fin de son adolescence, un peu comme je l'ai fait, a permis à Jonathan Anderson d’acquérir enfin une libre pensée et de se positionner en dehors des clous, en zone grise, sans étiquette. Mais, après enquête, je découvre que les parents de Jonathan Anderson étaient déjà uniques au sein de notre petit pays. On ne pouvait pas les identifier comme protestants ou catholiques car ses parents ne sont pas religieux. Il les a décrit comme « en dehors des lignes ». Cette liberté face au conformisme pourrait être la raison pour laquelle il refuse tout positionnement.

Le passé trouble de l’enfant prodige de la mode Jonathan Anderson

Il a raconté à The Guardian, « les voitures piégées, des explosions. C’était horrible, et vraiment déroutant pour un enfant, mais cela m’a rendu fort. Je ne prends rien pour acquis parce que je sais que la vie est comme un fusible ». La nature imprévisible et explosive de l'industrie de la mode est devenue presque un cliché. Ce pragmatisme pourrait être utile lors de la signature de contrat très médiatisé, ou d’un autre côté, de renvois abrupts et précipités qui sont devenus courants. Trois ans semblent actuellement être la durée de vie moyenne d'un créateur dans une maison de luxe avant qu'il ne soit jeté dehors.

Son éducation à la ferme de ses grands-parents n’était pas une vie agricole typique. Alors que sa grand-mère qui possédait une machine à coudre lui a appris à coudre, ses parents, qui vivaient à côté, représentaient une combinaison intéressante du monde de la littérature et du sport. Sa mère était professeure d'anglais, celle qui lui a fait connaître James Joyce, Oscar Wilde, Bram Stoker et son favori, Samuel Beckett, alors que son père était un entraîneur de rugby qui a joué au niveau international pour l'Irlande 27 fois.

Ce mélange d'intellectualisme scientifique et de compétitivité ambitieuse ne peut qu'avoir laissé une empreinte sur le jeune Jonathan Anderson au cours de ses années de formation, entouré de vaches, dans ce qui pourrait sembler le milieu de nulle part. L'influence de ses parents l’ont encouragé à croire que tout était réalisable et la variété des sujets qu'ils lui ont appris se ressentent dans ses collections.

Le passé trouble de l’enfant prodige de la mode Jonathan Anderson

Bien qu’obsédé par la mode à un âge précoce, elle n'était pas le première rêve de Jonathan Anderson. Il voulait être acteur et a étudié les arts du spectacle, les voyages à Washington DC, afin de participer au Studio Theater. Cependant, il a été interpellé par les créations dans le département des costumes ce qui motiva son changement de carrière. Une compréhension des personnages, et pas seulement la façon de les habiller, mais comment les lire, est essentiel dans le monde du showbiz superficiel de la mode. Et alors que je peux personnellement témoigner de la richesse des personnages indigènes de Le Loup, le concept du jeu de rôle et le développement narratif faisant tellement partie intégrante de la création d'une collection, se trouve plus facilement sur une scène.

Ici et là et Instagram

Voyager entre Londres, Paris et Madrid, est la partie épuisante du programme saisonnier de ce jeune créateur à la mode. Il possède trois téléphones, un pour Loewe, un pour J.W. Anderson et personnel qu'il dit avoir depuis l'école. Je ne peux pas m’empêcher de me demander comment ce garçon local devenu star pourra se protéger du système international de la mode sans souffrir comme tant d'autres créateurs ces derniers temps ?

Pour Jess Cartner-Morley de The Guardian, il est une valeur sûre. « Les marques ont besoin d’aller aussi vite que le monde, et aujourd'hui il est rapide. Nous vivons à l'ère du contenu. Nous avons posté quelque chose sur Instagram et cela est republié et c’est partout une minute plus tard, et enfin on est passé à quelque chose d’autre. Je ne vois pas cela comme une chose négative ; c’est la façon dont mon esprit fonctionne, aussi. Il n'y a pas que les consommateurs qui peuvent se lasser de la marque, il faut aussi que je ne me lasse pas ».

Et si la vitesse et le contenu deviennent ennuyeux, il connaît un lieu de retraite hors des sentiers battus, loin de Londres, Paris et Madrid, qui offre tout l'espace et la sérénité auxquels un agitateur international pourrait rêver. Je m’y rends moi-même parfois.

Le passé trouble de l’enfant prodige de la mode Jonathan Anderson

La contributrice Jackie Mallon, fait partie du corps enseignant de plusieurs programmes de mode à New York et est l'auteur de Silk for the Feed Dogs, un roman qui se passe dans l'industrie de la mode internationale.

Photos: Jackie Mallon, J-W-Anderson.com et Loewe.com

Sonia Rykiel était l’incarnation de la mode ouverte

La disparition, le 25 aout, de la créatrice parisienne Sonia Rykiel a provoqué une émotion intense sur les réseaux sociaux, émotion assortie d’hommages appuyés non seulement de la part de ses fans, mais aussi de l’ensemble de la communauté mode qui a vu dans ce départ, un symbole.

Sonia Rykiel était une créatrice au talent largement reconnu, une femme jugée admirable et inspirante par ses pairs. C’était également, au delà de son parcours personnel, de sa réussite éclatante et de sa signature puissante, un peu plus qu’une créatrice: un précurseur. Or, un précurseur appartient toujours à une catégorie difficile car on ne peut le résumer simplement à une succession de date, une liste de hits ou à un florilège d’innovations; comme tous les précurseurs, Sonia Rykiel n’incarnait pas que sa propre personne mais également un mouvement historique dont chacun, inconsciemment ou non, a bien senti qu’il s’achevait avec elle.

Dans son essai intitulé « L’empire de l’éphémère », Gilles Lipovetsky distingue deux mouvements essentiels dans l’histoire de la mode. Le premier mouvement s’intitule « la mode de cent ans » : il s’ouvre à la naissance de la haute couture avec Worth au milieu du XIXème siècle et se termine avec l’éclosion du prêt à porter à la fin de la seconde guerre mondiale. Sonia Rykiel appartient au deuxième mouvement. Un mouvement historique que l’essayiste a baptisé : « la mode ouverte ».

Sonia Rykiel était l’incarnation de la mode ouverte

La mode ouverte se signale par une révolution démocratique. L’âge d’or de la mode moderne avait pour épicentre durant un siècle la Haute Couture parisienne qui était le seul laboratoire véritable des nouveautés. Un basculement prodigieux se produit pourtant dans les années 50 et 60 : la Haute Couture perd son statut d’avant-garde pour se mettre à reproduire sa propre image de marque « éternelle », elle n’habille plus les femmes du dernier cri. Ce rôle revient tout à coup à ce que J.C Weill nomme à partir de 1949 « le prêt à porter ». Un terme qui qualifie des maisons produisant industriellement des vêtements accessibles à tous, mais néanmoins mode.

L’autre caractéristique de la mode ouverte, c’est son esprit « jeune » et son apologie du « confort ». Si jusqu’à la fin des années 50, le prêt à porter reconduit une logique antérieure, c’est à dire l’imitation assagie des formes initiées par la Haute Couture, on constate que ce même prêt à porter accède en quelque sorte à la vérité de lui-même au début des années 60 en concevant des vêtements davantage tourné vers l’audace, la jeunesse, la nouveauté que vers la perfection ou le nec plus ultra. L’âge du sur-mesure est révolu. Il ne jouit plus d’une « prime de goût ».

Sonia Rykiel était l’incarnation de la mode ouverte

Une mode sans diktat

Une nouvelle race de créateur s’impose alors : en 1959, Daniel Hechter lance le style Babette, en 1960, Cacharel réinvente le chemisier pour femme, Marie Quant crée à Londres en 1963 le Ginger Group qui sera à l’origine de la mini-jupe à laquelle Courrèges donna aussitôt son style propre, Michèle Rosier révolutionne le vêtement de sport d’hiver, Emmanuel Kahn, Elie Jacob (Dorothée Bis) font également partie de cette première génération qui fut à l’origine du vêtement d’esprit libre, aux valeurs proprement juvéniles. A la jeune femme des années 20 succède la jeune fille de 15 à 25 ans qui deviendra pour les décennies futures le prototype ultime de la mode. Sonia Rykiel, avec la fondation de sa propre griffe en 1968 ferma le ban de cette première génération qui engendra par la suite une seconde vague de stylistes bientôt apparentés à l’establishment des grands couturiers sous la désignation de « créateurs de mode ».

Cette mode ouverte, affirme Gilles Lipovetsky, a achevé son œuvre qui consistait à être une source d’inspiration libre mais aussi une manifestation élargie de la dynamique démocratique-individualiste. Cette mode ouverte, synonyme de liberté – liberté de choisir son style, liberté de hiérarchiser soi-même ses propres tendances en fonction de ses gouts personnels – rencontre aujourd’hui ses propres limites avec l’avènement, ou plutôt la résurgence du vêtement identitaire, à connotation symbolique, voir religieuse. La liberté (ou non-liberté) de pouvoir choisir sa tenue s’est clairement posée en France cet été avec le débat sur le burkini. On ne sait pas encore où ce nouveau paradigme va nous mener mais une nouvelle phase s’installe.

Sonia Rykiel a incarné avec force et sans faillir tout au long de sa carrière une certaine vision de la séduction, du féminisme, de la liberté. Dans cette vision, le diktat n’avait plus sa place. Le fait que cette mode ouverte, souple et sensuelle qu’elle incarnait soit entrée dans une nouvelle phase historique (dont on ne peut pas encore connaitre les contours, ni apprécier si elle constitue ou non un progrès) nous fait surement ressentir avec une émotion encore plus poignante la disparition de son ultime icône. Les obsèques de la créatrice se tiendront jeudi à Paris. La cérémonie se tiendra à 14h30 au cimetière du Montparnasse.

Crédit photo: Sonia Rykiel DR

Chronologie: Sonia Rykiel, retour sur son parcours

Sonia Rykiel, fondatrice de la maison éponyme est décédée aujourd’hui à Paris. « La reine du tricot », comme l’avait couronnée le WWD, a créé une des griffes parisiennes les plus emblématiques. Sonia Flis, l'inventrice de la « démode », née en 1930, d'un père français et d'une mère roumaine, avait commencé sa carrière comme étalagiste en 1948. Elle avait fondé en mai 1968 la griffe Sonia Rykiel. Retour sur le parcours d’une créatrice unique.

La Perla présente sa nouvelle DA et annonce son évolution vers le prêt à porter

Fondée à Bologne en 1954 par la corsetière Ada Masotti, La Perla est la maison italienne spécialisée dans la lingerie haut de gamme. Une maison au caractère puissant et à l’identité forte, qui se recommanda dès les années 60 par l’utilisation de couleurs franches et d’ imprimés audacieux pour ses créations - tout en gardant une ligne minimaliste - et qui connut à partir de 1975, sous l’impulsion d’Alberto Masotti (le fils de la fondatrice) un vif succès avec le lancement de sa gamme de maillots de bains.

La Perla fut aussi connue pour diffuser de nombreuses lignes de produits. A une certaine époque, on en dénombrait 27, sous des appellations diverses. Pratiquement toutes ont été supprimées depuis se concentrer autours de 3 à 4 marques. En 2014, La Perla se lança dans le linge de maison avec La Perla Home puis présenta au début de l'année suivante, en parallèle du calendrier officiel de la Fashion week de Paris, une collection intitulée La Perla Atelier. On peut dire, sans généraliser outre mesure que la maison offre désormais des collections lingerie, nuit, plage, prêt-à-porter et des accessoires aussi bien pour les femmes que pour les hommes.

La maison a de nouveau les moyens de ses ambitions : en 2008, elle fut intégralement rachetée par JH Partners ; un an auparavant la société californienne de fonds d’investissements avait acheté 70 pour cent de La Perla pour 270 millions de dollars. Mais la société de lingerie, en difficulté face à la baisse chronique de ses ventes qui avait engendré de sérieux problèmes de trésorerie, avait été mise aux enchères par l’administrateur judiciaire de la société en 2013.

Ces difficultés sont terminées. Désormais, La Perla appartient à Pacific Global Management. Cette holding, propriété de la famille de Silvio Scaglia – le célèbre homme d’affaires italien fondateur de l’opérateur de télécommunications Fastweb – avait emporté la vente face au groupe italien de mode Calzedonia et à l’israélien Delta Galil Insdustries, avec une offre de 69 millions d’euros. Cette reprise assurait ainsi le maintien de 800 emplois, le tout assorti d’une promesse d’investir 110 millions supplémentaires dans la relance de la marque.

« Le printemps-été 2017 sera révolutionnaire pour notre maison »

Ce 25 aout, La Perla a présenté sa nouvelle directrice artistique Julia Haart qui fera ses débuts pour la collection Printemps/Été 2017 et qui participera au lancement de la nouvelle collection Prêt-à-porter femme. La créatrice qui a déjà étroitement collaboré avec l'équipe de stylistes de La Perla sur les collections accessoires Printemps/Été 2016 et Automne/Hiver 2016-2017 supervisera l'évolution de la marque vers le Prêt-à-porter. Elle remplace Pedro Lourenço dont le contrat s’est terminé fin juillet 2016.

« Julia Haart est entrée chez La Perla en tant que consultante et a apporté sa vision du corps féminin et son expérience *pour l'habiller et le mettre en valeur », indique Silvio Scaglia. « La collection Printemps/Été 2017 sera révolutionnaire pour notre maison, mais également pour la mode féminine, grâce à l'association entre le savoir-faire de notre atelier, une Directrice Artistique extrêmement talentueuse et les meilleures matières au monde. Le travail de Julia reflète parfaitement la proposition lifestyle de La Perla et je suis heureux de commencer avec elle cette nouvelle ère de l'histoire de la marque ».

Crédit photo : La Perla DR

La couturière Sonia Rykiel est morte à 86 ans

Fine silhouette noire à la chevelure rousse flamboyante, la "reine de la maille" Sonia Rykiel, morte jeudi à l'âge de 86 ans, avait fait de la liberté et de la sensualité les maîtres mots d'une mode chic et joyeuse, inscrite dans le mouvement de libération du corps féminin.

Figure familière de Saint-Germain-des-Prés où elle avait établi sa principale boutique, l'inventrice de la "démode", née Sonia Flis à Paris le 25 mai 1930, avait débuté dans la mode par hasard. Née dans un milieu aisé et cultivé, d'un père français et d'une mère roumaine, cette aînée de cinq filles connaît le parcours classique d'une jeune fille de bonne famille. Elle fréquente un cours secondaire pour jeunes filles à Neuilly (Hauts-de-Seine), se marie et n'a qu'un rêve: avoir dix enfants.

Mais, une fois enceinte, elle ne trouve pas de vêtements à son goût. Elle crée donc des robes pour future maman mais aussi des petits pulls moulants qui sont vendus dans la boutique de son mari, dans le XIVe arrondissement de Paris. Le succès est rapide, le pull fait la couverture du magazine féminin Elle et les femmes se l'arrachent.

Six ans plus tard, en plein Mai 68, Sonia Rykiel ouvre sa première boutique, dans le Quartier latin. Elle ne connaît rien à la mode, ne sait ni coudre ni tricoter, et est assaillie de doutes. "Tous les jours je me disais: +je vais fermer, parce que je ne sais pas ce que je vais faire, je ne sais pas du tout+", confiera-t-elle bien des années plus tard.

La jeune femme met quelques vêtements en vitrine, en les accompagnant curieusement de livres. "Je n'ai jamais pu démêler la littérature de la mode, ça fait partie de la même histoire", explique cette amoureuse des mots qui s'amuse à en inscrire sur ses pulls ("amour", "artiste", "sexe"...) comme de petits manifestes. Après avoir hésité pendant près de dix ans, Sonia Rykiel décide finalement de rester dans la mode. Une mode loin des tendances, qu'elle conçoit pour une femme active, intéressée par la marche du monde, "plutôt une intello", libre comme ces femmes qui, dans les années 70, viennent de jeter leur soutien-gorge aux orties et de proclamer haut et fort que leur corps leur appartient.

Hédoniste et séductrice

La créatrice privilégie la maille "pour la tendresse, la douceur", le velours, la dentelle. Elle lance les coutures à l'envers, le "pas d'ourlet", le "pas doublé". Elle fait du noir la couleur de la féminité et de la séduction, et strie ses célèbres pulls de rayures multicolores. Des motifs ou des mots en strass brillent sur ses vêtements caressants qui dessinent une silhouette fluide, toute en souplesse.

Sonia Rykiel préconise "la démode", invitant chaque femme à refuser les diktats des créateurs pour créer sa propre garde-robe, adaptée à son corps et à sa personnalité. Parallèlement à la mode, cette séductrice qui aime mentir, cette hédoniste qui apprécie le chocolat, le vin et les cigares, se consacre à l'écriture. Sonia Rykiel, qui compte de nombreux écrivains parmi ses amis, notamment une autre célèbre rousse, Régine Deforges, a publié une dizaine de livres. Elle a notamment signé un recueil de contes écrits pour ses petites-filles, "Tatiana, Acacia" (1993) et "N'oubliez pas que je joue", où elle se livre sur sa maladie de Parkinson (2012).

Elle qui n'avait jamais pensé travailler aura finalement consacré sa vie à la mode en ayant mal au ventre d'angoisse à chaque collection comme si c'était la première. Elle avait développé sa marque en créant plusieurs lignes de prêt-à-porter, des parfums, des accessoires.

L'affaire est toujours restée familiale. Son "clan" lui était indispensable et elle s'était entourée de ses proches --sa soeur Danièle et surtout sa fille Nathalie, actuelle directrice artistique et présidente de la griffe, qui travaille avec elle depuis les années 80. Elle avait aussi un fils, Jean-Philippe, musicien.

En novembre 2013, entourée de sa famille, elle avait reçu des mains de François Hollande les insignes de Grand Officier de l'Ordre National du Mérite. "Elle a inventé non seulement une mode, mais aussi une attitude, une façon de vivre et d'être, et offert aux femmes une liberté de mouvement", a salué jeudi le président de la République. (AFP)

Photo: Wikimedia, Nicogenin