Le titre de l'interview donnée par Patrick Thomas, le patron

du célèbre maroquinier Hermès à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, donne le ton : "Nous sommes des artisans".

Avant même de communiquer ses objectifs, la maison de luxe tient ainsi à rappeler avec force sa vocation première : être une maison familiale basée sur l'artisanat raffiné. Le message est clair: il s'adresse à son concurrent LVMH qui était entré "de manière agressive" en octobre 2010 dans le capital du sellier en prenant tout d'abord - et à la surprise générale - 17% puis 21,4% pour enfin obtenir, en mai 2012, 22,28% de Hermes.

Patrick Thomas, plus loin dans l'interview joue franc jeu : "LVMH restera un étranger dans notre monde à jamais. Ce n'est pas un combat financier mais un combat culturel" s'écrie-t'il avec feu.

Cette déclaration ne risque pas d'éteindre les mauvaises relations entre les deux entités qui font l'objet de plaintes croisées : Hermès International a porté plainte en juillet contre LVMH pour ce qu'il considère être un coup tordu. Pour mener à bien son assaut, LVMH s'est en effet affranchi, grâce à des failles techniques, de l'obligation que fait la réglementation française de déclarer les franchissements des seuils de 5%, 10% et 15% du capital. LVMH avait expliqué qu'il avait réussi ce tour de passe-passe grâce à l'utilisation de produits dérivés, achetant auprès de banques des produits financiers répliquant la performance du titre Hermès, qui devaient lui être normalement remboursés en numéraire. Mais à l'échéance de ces produits, il avait demandé à recevoir les titres Hermès sous-jacents, et non pas du liquide. Cette faille a été récemment comblée par l'AMF (Autorité des Marchés Financiers).

Contre cette dénonciation, LVMH avait en retour porter plainte pour "chantage, dénonciation calomnieuse et concurrence illicite". L'AMF, qui avait établi la liste des griefs concernant la montée surprise de LVMH au capital de Hermès, avait enfin annoncé qu'elle déciderait s'il y a matière ou non à prononcer une sanction dans les premiers mois de l'année 2013.

Bien que la société familiale, fondée par Thierry Hermès en 1837, soit parvenue fin 2011 à verrouiller son capital en créant une holding, H51, à laquelle la grande majorité des héritiers ont apporté leurs titres - regroupant ainsi 50,2% des actions - ce qui signifiait que le dossier était clos, cette nouvelle sortie de Patrick Thomas laisse entendre que si "la guerre est finie", les couteaux sont toujours tirés.

Enfin, le patron d'Hermès a déclaré à l'hebdomadaire allemand que la marque de luxe tablait sur un chiffre d'affaires de 3,4 milliards d'euros en 2012, et sur une croissance de 10% pour les cinq années à venir. S'il fallait dresser un parallèle : le secteur maroquinerie de LVMH n'affiche que 1% de croissance pour l'année 2012. Une comparaison cruelle qui a d'ailleurs déçu la bourse et qui ne peut qu'augmenter la convoitise de Bernard Arnault.
 

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