Collectif Tricolor et Mérinos France veulent redonner de la valeur à la laine française

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Mouton Mérinos Credits: Mérinos France
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Chaque année, les moutons élevés en France doivent être tondus et génèrent environ 10 000 tonnes de laine. Pourtant seule une faible part de cette matière première trouve des débouchés valorisés en France.

Pourquoi utilise-t-on si peu la laine des brebis élevées pour le lait ou la viande ? Et comment réévaluer la place de cette ressource naturelle française ? Éléments de réponses avec le Collectif Tricolor et Mérinos France.

Le Collectif Tricolor est une association à vocation interprofessionnelle consacrée à la filière laine française. Son rôle ? Remettre autour de la même table des acteurs qui ne travaillaient plus suffisamment ensemble : éleveurs ovins, coopératives, transformateurs, artisans et industriels, marques, distributeurs, experts et institutions.

Son but ? Faire en sorte que la laine issue des troupeaux français soit commercialisée, alors que plus de 10 000 tonnes sont issues de la tonte chaque année en France.

Seulement 4 à 5 % de la laine française seraient réellement valorisés

Merinos France Credits: Merinos France

Les troupeaux de brebis françaises existent d'abord pour des productions alimentaires – lait et viande. La production de lait suppose la naissance d’agneaux dont une partie est ensuite destinée à la viande. Ces troupeaux génèrent parallèlement de la laine lors de la tonte. Historiquement, leur laine constituait une ressource valorisée.

Le problème n'est donc pas l'absence de matière première, mais qu’une grande partie de l'appareil permettant de la transformer a disparu.

Le diagnostic établi par Pascal Gautrand, délégué général du Collectif Tricolor, est celui d'une filière française très fragilisée par les délocalisations successives des outils et savoir-faire de transformation.

« En 2018, lorsque le projet a démarré, cette perte de valeur était telle que la laine était achetée aux éleveurs moins cher que le coût de la tonte », remarque Pascal Gautrand, au micro de FashionUnited à l'occasion du Midsummer Camp de Paris Good Fashion. Il estime entre 4 et 5 % la laine valorisée.

Le problème français : 59 races ovines et des laines très différentes

Merinos France Credits: Merinos France

Cette estimation reflète la faiblesse des débouchés, qui dépendent principalement de la qualité de chaque laine.

Les plus fines, notamment le mérinos, se prêtent à l'habillement et à la maille. Les laines gonflantes/résilientes peuvent servir aux oreillers, couettes et matelas.

D’autres permettent de remplacer le polyester dans certains rembourrages, notamment sous forme de ouate, ou d'être utilisées en feutre. Enfin, les qualités les moins valorisables sont destinées au paillage agricole.

Or la France compte, selon le collectif, 59 races ovines officielles, auxquelles s'ajoutent les croisements réalisés par les éleveurs. À chaque typologie de laine correspondent des débouchés différents.

Cette diversité constitue à la fois une richesse et une difficulté : les industriels préfèrent acheter une laine déjà disponible sur le marché international, en gros volumes, à prix compétitif et surtout présentant des caractéristiques régulières d’un lot à l’autre.

Autrement dit, contrairement à une filière standardisée autour d'une laine homogène, la relocalisation de l’outil industriel français suppose tri, caractérisation et constitution de lots adaptés à chaque débouché.

Le Mérinos peut-il redonner de la valeur à la laine des moutons ?

Transumance Credits: Merinos France

C’est en tout cas la volonté du directeur de Mérinos France, Christophe Dagallier : « Ma mission est de rapprocher le monde du luxe, client de la laine Merinos, avec le monde agricole et de créer des interactions en maîtrisant la chaîne de valeur et en soutenant le travail des éleveurs ».

Son raisonnement consiste à redonner une valeur économique à la laine française en la payant davantage aux éleveurs.

Il explique à Fashionunited avoir acheté son propre troupeau afin de travailler sur la sélection génétique pour obtenir, progressivement, une laine plus fine.

Sa référence est le Mérinos d'Arles, qu'il présente comme la race produisant la laine la plus fine d'Europe. La France en compterait environ 350 000 têtes. Avec 2 à 2,5 kg de laine par animal, Christophe Dagallier évalue le gisement annuel de cette seule race entre 700 et 1 000 tonnes.

Son idée est de reprendre un travail de sélection que l'Australie et la Nouvelle-Zélande ont poursuivi pendant plusieurs décennies afin d'obtenir une matière répondant davantage aux exigences du marché textile.

Mais aussi, et surtout peut-être, ce projet lui a fait prendre conscience du rôle social du pastoralisme (mode d’élevage dans lequel les troupeaux se nourrissent principalement en pâturant des espaces naturels).

« Avec ce projet, j’ai découvert que l’élevage de moutons nous relie à la terre et relie les hommes entre eux. Le moment clé est la transhumance. Avec un troupeau, on arrive à faire des choses très simples, qui consiste à marcher avec des êtres vivants. Et je pense qu’on a besoin de ça aujourd’hui. »

Une manière de rappeler que la laine n’est pas une ressource qui invite à produire davantage, mais une matière animale disponible qu’il reste à mieux considérer.

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