Et si le lin était la fibre du futur?

Jusqu’au 5 juin prochain, le lin est à l’honneur en France grâce à une campagne cofinancée par l’union Européenne et la CELC (la Confédération européenne du lin et du chanvre). Une opération d’envergure, baptisée Ultra Lin, au cours de laquelle une quarantaine de marques et d’enseignes vont vanter auprès du grand public - soit par le biais de leur vitrines ou par l’intermédiaire de leur catalogue - les mérites, parfois oubliés, mais le plus souvent insoupçonnés, de cette fibre végétale européenne.

A Paris, la campagne se déroule principalement dans le Marais, en partant du BHV, en passant par la rue des Francs Bourgeois jusqu’à la place des Vosges où se tient une exposition retraçant les différentes étapes de la culture de cette plante dont les fleurs ne vivent qu’une journée. On y (ré)apprend que le lin pousse principalement dans le nord de l’Europe même s’il est exporté essentiellement vers la Chine. On apprend aussi que les surfaces cultivées ont largement augmentées en France l’an dernier. Ce qui est une bonne nouvelle.

Et si le lin était la fibre du futur?

Etait-il vraiment nécessaire de mettre en avant cette fibre qu’on devine ancestrale et qui n’a pas toujours été auréolée d’un franc accent de modernité ? La réponse est oui, franchement oui. Car, par ses vertus intrinsèques et ses possibilités nouvelles, le lin, si ancien et pourtant si mal connu, contient toutes les solutions aux problèmes récurrents et autres préoccupations soulevés par la consommation textile actuelle.

Zero déchet, peu d’engrais: le lin est fondamentalement bio

Il faut le redire et le redire encore, le lin a tout pour lui. Tout d’abord le lin est fondamentalement bio. C’est même le champion des fibres biologiques. Contrairement au coton qui nécessite beaucoup d’engrais et d’eau, le lin se suffit à lui même puisqu’il pousse dans des régions humides où les précipitations sont suffisantes. De l’eau, du soleil et le lin pousse tout seul, un tracteur suffit, la nature fait le reste.

Peu d’engrais, car la culture du lin est une culture de rotation qui rejette peu de phosphates et de nitrate. Disons simplement que le lin demande 5 fois moins d’engrais et de pesticides que le coton. De plus, il ne produit pas de déchets : toute la plante est utilisée. Son huile servira par exemple à la confection du linoleum (qui lui doit d’ailleurs son nom), ses graines riches en oméga 3 serviront à l’alimentation.

Autre vertu : le lin est bon pour la santé. C’est un « anti-stress » qui diminue la température et la tension musculaire de la personne qui le porte. Il est même scientifiquement reconnu que le sommeil est plus réparateur dans des draps de lin. C’est un isolant naturel qui apporte de la fraicheur en été et qui réchauffe agréablement en hiver ». Pourquoi ? Parce que ses longues fibres, non seulement isolent et emprisonnent l’air mais possèdent également un puissant pouvoir d’absorption de l’eau. Ces fibres et leurs « pectines » peuvent réguler la température, se gorger d’eau ou en libérer selon les conditions climatiques, le tout sans provoquer de sensation d’humidité au toucher. De plus, comme un textile en lin régule plus rapidement les écarts de température, il ne provoque pas d’irritations à la différence des textiles synthétiques. Il a ainsi été prouvé que des médications effectuées à l’aide de tissu de lin accélèrent la guérison de certaines maladies de peau.

Et demain ?

Si toutes ces propriétés et ces vertus ne suffisaient pas à vous convaincre des qualités fondamentales du lin, sachez alors que, grâce à de nouvelles variétés et de puissants perfectionnements agricoles et industriels, le lin est de nouveau au cœur de l’innovation textile grâce au savoir-faire des filateurs et des tisseurs européens qui en ont renouvelé les touchers, les finitions, les enductions et les reliefs.

Il suffit de se rendre au showroom (qui propose des accompagnements à la création, des aides au sourcing) ouvert récemment par la CELC à Paris, pour constater les merveilleuses possibilités offertes par cette matière et ses mélanges nouveaux. Parmi ces nouveautés, on peut citer la Maille en lin qui allie toutes les qualités de douceur, de confort, de brillance du lin, mais qui ne se froisse pas. Il faut citer aussi le lin d’hiver, qui mélangé avec de la laine, du cashmere ou de la soie fait une superbe percée chez les tisseurs.

A l’ensemble de ces arguments décisifs concernant plus particulièrement la filière textile, rajoutons encore les perspectives suivantes : aujourd’hui, les développements industriels permettent d’utiliser la fibre non seulement dans la fabrication de textile, de ficelle, de papier (saviez-vous que le dollar US était en grande partie constitué de lin européen pour ses qualités de robustesse et de souplesse ? ) mais aussi d’utiliser les étoupes du lin (les fibres courtes) dans la fabrication de sous toitures, de coques de téléphone, de raquettes de tennis, de kayaks, de pare-chocs de voiture pour ne citer que quelques exemples.

En bref, le lin est la fibre la plus ancienne du monde de la mode, mais également la plus moderne par rapport aux préoccupations écologiques actuelles, et la plus prometteuse au vu de ses développements futurs. On est presque surpris d’apprendre que la France est *le 1er producteur mondial de cette fibre durable, engagée, écologique et responsable. *On est stupéfait d’apprendre que la Chine nous achète sans discuter 80 pour cent de notre production. En elle même, cette plante est presque un manifeste pour un écosystème de la mode au XXIe siècle.

Photo © Confédération Européenne du Lin et du Chanvre.

 

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