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La course au brut

La haute joaillerie se porte bien, merci. C’est même aujourd’hui l’un des principaux relais de croissance pour les grands groupes de luxe (LVMH, Richemont, Kering) qui sont tous prêts à acheter à prix d’or les quelques rares maisons de joaillerie encore indépendantes sur le marché. La vogue de ce secteur s’explique, dans une certaine mesure, par la valeur d’investissement des pièces proposées. Les prix faramineux auxquels s’envolent les joyaux vintage proposés lors des ventes aux enchères publiques le prouvent. Mais la valeur d’investissement n’explique pas tout. Une pièce de haute joaillerie, c’est aussi une exaltation d’un artisanat fragile, d’un certain art de vivre précieux, une évocation d’un patrimoine et d’une histoire : des valeurs auxquels les consommateurs actuels en quête de sens sont plus que jamais sensibles. Les consommateurs, mais aussi le grand public qui n’a pas forcement les moyens d’acquérir de tels joyaux. C’est en tout cas l’enseignement que nous tirons du succès des expositions consacrés aux bijoux. On pense par exemple à l’exposition qui se tient actuellement au Grand Palais (jusqu’au 05 juin prochain) consacrée aux pièces de la collection Al Thani : des joyaux inestimables, composés de diamants, de gemmes de renom qui racontent l’histoire de la joaillerie indienne, de la période Moghole à nos jours.

Pour perpétuer cette magie, les grands joailliers n’ont d’autres choix que d’acquérir des gemmes d’exception. Hors, on le sait, ces pierres inouies sont rares. Les mythiques mines de Golgonde en Inde, qui ont fourni durant plusieurs siècles les diamants les plus gros et les plus purs, sont désormais épuisées. Les diamants de Golconde proposées aujourd’hui à la vente (c’est à chaque fois un grand évènement) proviennent de collections anciennes. La Terre n’est pas extensible et les trésors issus de ses entrailles ne sont pas inépuisables. Mais il reste encore, pour les diamants en tout cas, de merveilleuses trouvailles qui sortent, parcimonieusement des mines d’Afrique du Sud.

Pour créer l’exploit, un diamant brut doit conjuguer plusieurs critères dont les principaux sont le poids qui s’exprime en carat, et sa pureté qui s’exprime en grade. Sans entrer dans des détails trop techniques, disons simplement que lorsqu’un diamant satisfait les critères de pureté les plus exigeants, son grade est Flawless. C’est excessivement rare. Sa couleur aussi est un élément important ; la couleur blanche la plus parfaite est la couleur D. Inutile de dire que les diamants D Flawless sont excessivement rares. Aussi quand on a la chance de mettre un jour un tel prodige minéral, les esprits s’échauffent légitimement.

Un décryptage du brut qui va durer plusieurs mois

C’est la raison pour laquelle les maisons de joaillerie communiquent désormais sur l’acquisition de ces diamants bruts exceptionnels, avant même que ceux-ci ne soient taillés. Chopard a par exemple mis en lumière en janvier dernier un diamant rarissime de 342 carats découvert au Botswana. Caroline Scheufele qui co-préside la maison Genevoise s’était immédiatement rendue sur place, dans la mine à cœur ouvert de Karowe, pour se rendre compte en personne de l’énergie dégagée par le diamant. Elle a supervisé elle-même, une fois l’acquisition faite, chaque étape du parcours de la pierre, afin de lui offrir un destin à sa mesure : c’est ainsi que la pierre baptisée « Queen of Kalahari a donné naissance à un ensemble de 23 diamants dont cinq ont une taille supérieure à 20 carats. Ils composent désormais les six fabuleux bijoux de la collection baptisée « Jardin de Kalahari » au sein de laquelle scintille la plus précieuse parure jamais sortie des ateliers de haute joaillerie de la maison Chopard : un collier de lumière qui se décline en 4 options grâce à des mécanismes invisibles pour devenir au gré des envies, un tour du cou, ennobli ou non d’une fleur, elle même ornée ou non de trois pendants. Un exploit rendu possible par la présence sous le même toit de plus de 30 métiers différents.

Hier, c’est la maison Graff qui, à son tour, a annoncé l’acquisition d’un diamant brut exceptionnel. Ce n’est pas la première fois que le joaillier anglais nous surprend avec ce type de trouvailles. A travers son histoire, Graff a en effet dominé la liste des pierres exceptionnelles taillées et polies durant ce siècle. Quelques exemples : Le Venus (le plus large diamant D Flawless taille cœur au monde 118.78 cts), Le Constellation (le plus large diamant rond D Flawless au monde 102.79 cts) et Le Delaire Sunrise (le plus large diamant Fancy Vivid Yellow taille émeraude au monde 118.08 cts).

Ce diamant nouvellement acquis par Laurence Graff vient lui aussi de la mine de Karowe, au Botswana. Il avait été découvert au même moment que le “Lesedi la Rona”, le deuxième plus gros diamant brut de qualité jamais découvert depuis plus d’un siècle. Mesurant 48mm x 41mm x 22mm, la pierre brute pèse 373.72 carats. Classifiée de couleur D, Type IIa, elle a évidemment le potentiel de devenir une très importante pierre polie. Monsieur Graff, fondateur de la maison éponyme, ne cache pas sa joie : « Chaque diamant a un script intérieur, qu'il faut lire et respecter. Nous allons maintenant passer du temps à découvrir les secrets de cette magnifique pierre». Certaines données forcent effectivement l’admiration : les experts s’accordent pour dire que ce magnifique brut d’une transparence et qualité exceptionnelle a été formé il y a plus de 3 milliards d’années, pendant la création même de la Terre. Les gemmologues et les tailleurs ont commencé à décrypter ce brut pour en faire ressortir sa beauté interne. Le procédé prendra surement plusieurs mois.

Crédit photo : www.graffdiamonds.com, collier The Garden of Kalahari, Chopard. DR