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Les vitrines d’Hermès s’exposent à Poitiers

Les historiens s’accordent pour situer la naissance des “vitrines” vers 1837. Jusqu’alors, le commerçant disposait sa marchandise sur un étal en bois, qui était situé juste devant de son magasin (on parlait plutôt de “bazar” ou d’”échoppe” en ce temps là). Un auvent (en bois lui aussi) ombrageait l’étal tout en le protégeant des intempéries. Le auvent et l’étal étaient en réalité deux vantaux qui permettaient de protéger complètement, une fois rabattus, la façade du magasin à la nuit tombée. Presque toutes les affaires se traitaient en pleine rue car les boutiques, de plafond très bas, étaient sombres et encombrées. Les étaux et les auvents rendaient les rues tristes, sinueuses et inquiétantes. Les trottoirs n’existaient pas.

C’est justement l’installation des ces premiers trottoirs - à Charleville, entre 1837 et 1839 - qui favorisera l’installation de larges devantures éclairées. Pour une raison simple : l’installation d’un réseau d’assainissement doté d’égouts, de caniveaux et de trottoirs rendait dorénavant très difficile la pose d’étals « sur la voirie ». A cela s’ajoutait le fait que les verriers venaient d’inventer de nouveaux procédés pour fabriquer de grandes vitres. Le mastic quant à lui s’était déjà généralisé depuis 1767. Cette mise en place de devantures coïncida naturellement avec la disparition de petits métiers ambulants et des vendeurs « à la criée » : les perruquiers, les bouquetières, les arracheurs de dents et les portefaix.

Si la physionomie des rues changea donc radicalement à cette époque (nous sommes sous la Monarchie de Juillet) il fallut cependant attendre l’avènement de l’électricité pour voir se déployer un souci d’esthétique proche de celui que nous connaissons actuellement. On peut situer ce moment charnière aux alentours de la fin de la première guerre mondiale. En 1925, les Galeries Lafayette transformèrent pour la première fois la vitrine en un spectacle qui représentait une crèche de Noël. Au même moment, Gaston Vuitton dessinait et concevait des vitrines théâtralisées avec un soin extrême. De l’autre coté de l’Atlantique, les vitrines conçues par Gene Moore pour Tiffany & Co faisaient la joie des passants de la Cinquième avenue. Mais c’est surtout la maison Hermès qui allait donner à la vitrine un statut particulier, à la croisée de l’art et du savoir-faire.

Plaisir de la contemplation

Les vitrines d’Hermès, rue du Faubourg Saint-Honoré, sont célèbres. Elles sont conçues non pas par un « étalagiste » mais par un « décorateur » qui bénéficie d’ une complète liberté de création. Les noms de ses décorateurs sont devenus célèbres : Annie Beaumel qui créa et anima de 1927 jusqu’en 1978 les vitrines du sellier fut une conceptrice d’avant-garde de cette théâtralisation de l’étalage ; quant aux décors imaginés par Leïla Menchari (engagée par Jean-Louis Dumas en 1978), ils constituaient des œuvres d’art véritables qui faisaient se déplacer le monde entier.

Aujourd’hui, c’est Antoine Platteau qui réalise chaque année quatre opus pour douze vitrines. Autant dire que son rythme de travail est soutenu. Explorant le thème annuel défini par Pierre-Alexis Dumas (fils de Jean-Louis et actuel directeur artistique d’Hermès), Antoine Platteau travaille « grandeur nature » (il apprécie peu l’outil numérique) au sein d’un studio qui ressemble à un cabinet de curiosités. Ce dessinateur compulsif, passionné de formes, de matières, de textures, de couleurs, est avec son équipe « l’élément irrationnel » de la maison ; celui dont le travail et la mission constitue simplement à créer la surprise et l’émerveillement, sans aucune contraire marketing ou publicitaire.

En 2016, la Ville de Poitiers lance le Miroir, un projet culturel singulier. Déployé hors les murs (dans l’attente d’accueillir ses premiers visiteurs au cœur du centre-ville à l’issue des travaux de l’ancien théâtre où il s’installera définitivement) le Miroir veut inventer « une nouvelle idée de l’exposition » en donnant à voir toute la diversité du monde de l’image et des formes. Chaque année, un fil rouge thématique relie trois expositions conçues par des personnalités invitées pour leur expertise et « leur capacité à interroger le réel ».

Cet été, jusqu’au 18 septembre 2016, à la Chapelle Saint-Louis du Collège Henri IV, Le Miroir organise donc une exposition baptisée ‘Le petit théâtre de la démesure. Les vitrines d’ Antoine Platteau pour la Maison Hermès’. On y découvre (ou redécouvre) les créations des artistes invités par le décorateur (Remy Brière, Antoine Carbonne, Philippe Caron, Nigel Peake ou encore Jean- Charles Pigeau) et les réalisations par la maison Hermès d’ objets singuliers, uniquement destinés aux vitrines de la maison: autant d’objets réunis pour la première fois et qui invitent à l’indicible plaisir de la contemplation.

Crédit photo : capture d’écran DP ‘Le petit théâtre de la démesure’