Li Edelkoort : « Si l’on ne se décide pas à à réinventer notre façon de produire, la planète sera perdue. »

Jusqu’au dimanche 8 novembre 2020, l’exposition « Manufacture : a labour of love » se déroule à la Gare Saint Sauveur, au cœur de la capitale des Hauts-de-France, à proximité de la frontière belge. Une exposition pensée, ou plutôt repensée par Li Eldelkoort : en effet, l'événement initialement prévu au printemps dans le cadre du programme Lille Métropole 2020 a été décalé en raison du confinement. Nous avons identifié cinq excellentes raisons qui justifient le déplacement vers les Flandres françaises.

La première raison, c’est Lille, ou plutôt, pour être plus précis, la Métropole Européenne de Lille qui succédant à Turin, Séoul, Helsinki, le Cap, Tapei et Mexico devient en 2020 la Capitale Mondiale du Design. Ce titre est décerné tous les deux ans depuis 2008 par la World Design Organization (WDO) en signe de reconnaissance de l’utilisation novatrice du design par une ville ou une métropole dans le but de renforcer son développement économique, social et environnemental. La vaste programmation culturelle mise en place à ce titre par la métropole du 9 septembre au 15 novembre justifie à elle aussi le détour.

La deuxième raison, c’est l’envie commune de gouter aux réflexions émanant d’avis autorisés et de personnalités incontournables du design. Réflexions liées aux problématiques du « vivre ensemble » dans un contexte Post Covid. Des problématiques universelles, qui ne touchent pas uniquement les amateurs de design et qui permettront à tous les acteurs de la création d’élaborer des solutions concrètes pour imaginer des alternatives durables de développement. Ces réflexions sont égrenées le long des expositions – « Les usages du Monde » et « La Manufacture : a labour of love » à la Gare Saint-Sauveur, mais aussi au Tripostal, avenue Willy Brandt, qui accueille les expositions « Designer(s) du Design » et « Sens Fiction » ainsi qu’à la Villa Cavrois, avenue John-Fitzgeral Kennedy, où se déploie la carte blanche donnée aux designers belges Fien Muller et Hannes Van Severen.

Troisième raison, évidente : Li Edelkoort. La grande prévisionniste hollandaise, qui a notamment été nommée par le Time Magazine comme l’une des 25 personnalités les plus influentes de la mode, est à la fois réputée pour les outils qu’elle développe pour les designers, les tisseurs et les stratèges par le biais de son entreprise Trend Union, et pour les messages d’une grande franchise qu’elle prodigue lors de conférences très suivies : en 2015, son manifeste Anti-Fashion - qui affirmait l’obsolescence du fashion system actuel - avait marqué les esprits. Avec Philip Fimmano, analyste des tendances, conservateur de design et écrivain, elle a imaginé l’exposition « La Manufacture : a labour of love ».

« La joie de manufacturer est palpable »

Quatrième raison : le cri d’alarme et le message d’espoir portés conjointement par la prévisionniste. Le premier constat porté par l’exposition, en résonance totale avec la crise sanitaire que nous traversons, est sombre : « si l’on ne se décide pas à ralentir la consommation et à réinventer notre façon de produire, la planète sera perdue ». L’autre constat est beaucoup plus lumineux puisqu’il postule que la joie de manufacturer n’a jamais été aussi palpable. « Les designers achètent ou fondent de véritables usines, mettent au point des collectifs partageant lieux et machines, recyclent les matières abandonnées sur nos terres et dans nos mers. Ils désirent faire du beau avec du laid, en transformant les données. » Cette constatation d’une joie de manufacturer des matières retrouvées étaye une théorie surprenante : « la matière a le droit de l’existence, comme les droits de l’homme ou des animaux ».

Cinquième raison : la qualité intrinsèque de l’exposition, à la fois vaste et dense. Concrètement, il s’agit d’un tour d’horizon des nouvelles façons de fabriquer des objets avec des matériaux recyclés, retrouvés, ou innovants, illustrées par les travaux de 70 de designers internationaux, souvent émergents. On s’attardera volontiers sur les tissus d’une qualité presque oubliée proposés par Daniel Harris. Ces tissus ont été produits par des machines de fabrication textiles désuètes, trouvées pour la plupart dans la campagne anglaise, et restaurées depuis par le designer. Celui-ci a par ailleurs fondé une usine complète, à Londres. C’est la première fois qu’une usine textile revient dans la capitale anglaise depuis un siècle. De quoi nous rappeler que les révolutions sont aussi et avant tout des renaissances.

Crédit photo : Thirza Schaap – Trend Union

 

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