Paris - Des portraits de célébrités mondaines des années folles aux publicités de mascara, Man Ray a promu l’esthétique avant-gardiste à travers les photos de mode : l’artiste est présenté sous un angle méconnu dans une exposition à Paris, à partir de mercredi.

Alors que se multiplient les expositions sur la mode, le musée du Luxembourg, sous tutelle du Sénat à Paris, tente lui aussi ce pari. “Ici on n’a jamais eu la mode dans le titre d’une exposition”, souligne Alain Sayag, commissaire scientifique de l’exposition “Man Ray et la mode” (jusqu’au 17 janvier). “C’est un choix délibéré, on fait entrer la mode par le biais d’un artiste connu” dans un musée habitué aux “expositions patrimoniales et de peinture”.

Le parcours de Man Ray

L’Américain Man Ray, qui débarque à Paris en 1921, s’adonne d’abord au portrait mondain pour gagner sa vie. A cette époque, les magazines de mode publient les photos de célébrités, les vêtements sont quand à eux présentés avec des croquis.

Les photos ou vidéos de la mode de l’époque sont “utilitaires et figées” servant “pour le dépôt de modèles, pour éviter la copie”, souligne Catherine Ormen, historienne de la mode et commissaire de l’exposition. “Avec Man Ray on part de rien et on arrive à des photographies qui sont quasiment abstraites, des œuvres d’art qui donnent l’image de la mode”, explique-t-elle à l’AFP. “Les Larmes”, œuvre iconique de Man Ray, est née grâce à une commande publicitaire réalisée pour une marque de mascara résistant à l’eau. Une photo plutôt banale à l’origine est transformée avec des procédés techniques expérimentaux qui sont devenus sa marque de fabrique.

Recadrages, surimpression, jeux d’ombres et de lumières ou solarisation (exposition à la lumière du négatif ou de l’épreuve au cours du développement pour séparer les zones sombres des zones claires): ainsi sont créées des images oniriques avec lesquelles Man Ray offre à la mode une vision du rêve. Publiées dans les magazines, ces photos dictent la mise en page, elle aussi dans l’esthétique surréaliste.

Elles dialoguent avec quelques pièces de haute couture comme les robes Chanel des années 20 et des films et magazines de mode qui accordent beaucoup d’importance au maquillage, beauté des ongles et coiffures. On y retrouve son célèbre portrait de Coco Chanel, de profil mains dans les poches, cigarette dans la bouche, mais aussi des clichés d’elle, timide, ou des photos inédites des célébrités de l’entre-deux guerres habillées en Chanel.

De la liberté vestimentaire des années 20 aux codes beaucoup plus stricts une décennie plus tard où il fallait changer habits, coiffures et même la couleur des ongles plusieurs fois par jour, les pièces exposées racontent l’évolution de la société. (AFP)

 

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