Pourquoi l’esprit de Margiela souffle t’il aussi fort sur la mode d’aujourd’hui ?

L’esprit de Martin Margiela n’a jamais soufflé aussi fort que cette année. Les références voyantes au travail puissant du créateur discret se sont multipliées dans les collections ; des références qui confinent parfois au plagiat : sur twitter et instagram, certains profils parodiques mettent en avant les multiples analogies entre les tenues conçues par Maison Martin Margiela et celles, plus récentes, du label Vêtements. Du point de vue institutionnelle, la consécration est totale. Alors que le musée Galliera à Paris, célèbre la carrière du créateur jusqu’au 15 juillet 2018, le Musée des Arts Décoratifs de Paris annonce à son tour une exposition, initialement conçue et présentée par le MoMu à Anvers l’année dernière. Son nom : « Margiela, Les années Hermès ».

La période Hermès de Margiela est une période relativement courte puisqu’elle s’étale sur cinq années seulement. Elle débute en octobre 1997. Celui qu’on appelle encore à l’époque le « jeune styliste flamand » est engagé par Jean-Louis Dumas, alors président d’Hermès, comme directeur artistique des collections de prêt-à-porter de la maison parisienne. Le « jeune styliste » est déjà au sommet de son art et de sa carrière : diplômé en 1980 de la section mode de l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers, assistant de Jean-Paul Gaultier en 1984, premier défilé avec ses propres modèles en 1988 puis dans la foulée, fondation de la Maison Martin Margiela avec son associée Jenny Meirens qui nous a quitté cette année.

Pourquoi donc se focaliser précisément sur ces cinq années qui ne sont pas particulièrement révélatrices d’un éveil créatif du styliste? La réponse est intéressante : il s’agit de porter un éclairage, non simplement sur un créateur, ni d’ailleurs sur une maison de luxe centenaire, mais précisément sur les interactions entre ces deux entités de nature si différentes.

« Faire des vêtements et non du buzz »

L’arrivée de Margiela chez Hermès est à mettre dans le contexte de l’époque. La journaliste Sibylle Vincendon écrivait dans le Libération du 7 mars 1998 : « Dernière mode dans la mode: le mariage contre nature. Un créateur déjanté lâché dans une maison bien sous tous rapports. Modèle type: Galliano l'allumé chez Dior, McQueen le mal élevé chez Givenchy. Dernière expérience en date: Martin Margiela chez Hermès. D'un côté, un créateur hautement cérébral, qui n'hésite pas à faire porter par ses mannequins des fragments de vêtements volontairement non terminés. Et, de l'autre, un sellier centenaire chez qui il y a de la rombière dans l'air. »

Associer un créateur branché à une maison vénérable n’a donc, à la fin du XXeme siècle, rien d’inhabituel. La journaliste de Libération pointe cependant du doigt l’élément qui singularise cette association : « Généralement, ces mariages n'ont que deux finalités : le réveil publicitaire d'une marque un peu trop plan-plan, ou, carrément, le sauvetage d'une griffe très ramollie. ». Or, en 1998, Hermès n’a absolument pas besoin d’un sauvetage. Ce n’est pas une belle endormie comme Chanel ou Dior ont pu l’être un certain temps. De plus la maison n’aime pas les lubies et se caractérise par son aptitude à penser à long terme. Il faut donc bien se rendre à l’évidence : Martin Margiela a été engagé pour faire des vêtements. Non pas du buzz, mais des vêtements. Un thème qui résonne puissamment avec les interrogations du monde de la mode et du luxe aujourd’hui.

Crédit photo : HERMÈS “Portraits de femme en Hermès : Marie-Anne” Automne-hiver 1999-2000 - photo Joanna Van Mulder MAISON MARTIN MARGIELA Automne-hiver 1990-1991 - photo Ronald Stoops - design graphique Jelle Jespers

 

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