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Angela Luna : l’humanitaire au centre de la création

By Anne-Sophie Castro

1 août 2019

Mode

Une mode qui peut changer des vies ? C’est le pari d’Angela Luna, une jeune américaine diplômée de la Parsons School of Design, qui oeuvre pour une mode humanitaire. En 2016, elle lançait une collection de vêtements transformables pour aider à résoudre les problèmes d'abri auxquels sont confrontés les réfugiés, ayant fuit la guerre ou une catastrophe naturelle.

À 25 ans, Angela Luna a déjà les idées claires. Elle crée des vêtements engagés « qui apportent quelque chose au monde », par opposition à de jolies pièces tout simplement portées. Manteaux, vestes et capes résitantes aux intempéries sont naturellement venuss’intégrer à un mode de vie nomade ou extrême pouvant se transformer en tentes, sacs à dos, sacs de couchage, porte-bébés et dispositifs de flottaison gonflables.

Design for Difference, sa première collection faisant l’orgueil de la Parsons School de New York, a vu le jour en 2017 pour aider les demandeurs d’asile syriens dans leur quête de paix. « Essayer de résoudre les problèmes et d’être pertinent pour le marché de la mode était un défi majeur, mais cela a finalement fonctionné », confiait-elle au site The New School.

Nommée créatrice de mode féminine au Parsons Benefit 2016, son oeuvre incarne l’engagement de l’école d’utiliser le design pour le bien social. Un geste généreux et innovant salué d’ailleurs par le monde de la mode, prouvant ainsi que les designers sont tout à fait capables de faire plus que de créer uniquement de beaux vêtements : ils peuvent aussi changer des vies....ou du moins, les rendres plus confortables.

Depuis, Angela Luna a fondé ADIFF, une start-up du secteur humanitaire qui travaille sur la conception et la distribution de vêtements innovants permettant de venir en aide aux réfugiés dans le monde, tout en leur donnant du style.

Des équipements de survie recyclés en Grèce

Dans une présentation sur TED, la créatrice évoque son voyage en Grèce, déclencheur de son idée d’entreprise. « Près de la plage d’Eftalou, sur l'île grecque de Lesbos, des centaines de milliers de gilets de sauvetage et de tentes se trouvaient au creux d'une ancienne colline. Un dépotoir pour l'équipement de survie ayant soutenu les réfugiés lors de leurs périples depuis la Syrie jusqu’en Afghanistan ».

Surprise par l’ampleur de cette crise migratoire, elle a choisi d’explorer la viabilité d’une collection de vêtements fonctionnels composée de gilets de sauvetage et de tentes de l’UNHCR (The UN Refugee Agency) recyclés et provenant du site de Lesbos.

Les pièces son fabriquées par des réfugiés réinstallés dans un établissement d’Athènes géré par l’association à but non lucratif, Do Your Part. Certes, le design est circulaire et crée un impact social. Pour la designer, il est impératif d’agir consciemment car les déchets de l’industrie du vêtement et la pollution alimentent le changement climatique, qui influe sans aucun doute sur les migrations dans le monde.

Angela Luna et sa partenaire Loulwa Al Saad s’intéressent de plus en plus à l’acquisition intégrale du site d’Athènes, où ADIFF est actuellement produit. Là bas, cinq membres du personnel sont employés à plein temps. Ils sont chargés de nettoyer et de désassembler les matériaux mis au rebut et de les coudre pour en faire de nouveaux vêtements. Aussi pratiques, qu’élégants et futuristes, on les associerait presque aux nomades des temps modernes...

« Il est possible de hiérarchiser les impacts et les revenus. Les entreprises privées sont capables de créer un changement plus important dans le monde », témoigne Luna sur le site Coolhunting.com, soulignant l’importance de tirer parti des économies et de la grande industrie pour lutter contre les crises humanitaires. « La portée des entreprises privées telles que Facebook, Apple et Google dans notre vie quotidienne est immense. Imaginez qu'ils aient une mission sociale liée à leurs activités. Leur impact serait global. Dans notre cas, il s'agit de créer des opportunités à la suite d'une catastrophe, par opposition à une utilisation négative de celle-ci. Nous regardons vers l'avenir. »

Photo: ADIFF; crédit portrait: Lorenzo Costa