Au Rwanda, rare contestation autour de nouvelles règles sur les jupes des filles
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Kigali - La vidéo de l'arrestation d'une jeune femme, parce que sa robe noire arrivant à mi-cuisse était jugée indécente par des policiers rwandais, a été republiée un nombre incalculable de fois sur les réseaux sociaux. Au Rwanda, un récent accès de pudeur du gouvernement provoque une rare contestation.
Ce petit pays d'Afrique de l'Est est dirigé d'une main de fer par Paul Kagame depuis la fin du génocide de 1994, qui a fait au moins 800.000 morts, majoritairement des Tutsi. Crédité de l'impressionnant développement économique du Rwanda, le président rwandais est régulièrement accusé de bafouer la liberté d'expression et de museler toute opposition.
Quand en septembre la jeune femme en noir se voit passer les menottes, avant d'être contrainte de s'allonger en chien de fusil à l'arrière d'un pick-up, les commentaires outrés se multiplient pourtant en ligne.
D'autant que l'interpellation, survenue dans la ville de Rubavu (nord-ouest), se produit quelques jours seulement après le concert à Kigali de la star tanzanienne Diamond Platnumz, dont plusieurs fans avaient été privés pour des raisons vestimentaires.
"Je portais une robe blazer courte, rien de vraiment scandaleux, mais on m'a refoulée. J'étais furieuse", raconte à l'AFP Grace Uwinkamiye, âgée 24 ans. "C'était très humiliant. Pour la première fois, j'ai ressenti que je devais me battre pour mes droits".
Excuses
Nombre de Rwandaises réagissent au diapason. "Le corps d'une femme n'est pas une invitation au contrôle. Aucune femme ne devrait se voir dire ce qu'elle est 'autorisée' à porter", s'est emportée la célèbre mannequin Pamella Uwicyeza.
La police a finalement été contrainte de présenter des excuses pour l'incident de Rubavu, affirmant que les agents concernés avaient été arrêtés et que la jeune femme avait été libérée. Le Rwanda a entamé en août une campagne assez impopulaire contre "les comportements indécents". La police a organisé des descentes dans des soirées privées. Bars et boîtes de nuit se sont vu imposer de nouveaux horaires de fermeture très stricts.
Le gouvernement dit s'inquiéter de fêtes trop débridées et du fait que les jeunes femmes sont poussées par l'industrie de la mode à porter des vêtements suscitant du "désir sexuel". "Quand nous ne produisons pas suffisamment nos propres références culturelles, les définitions de la beauté, du désir et de la modernité des autres peuvent très facilement devenir les nôtres", a expliqué Sandrine Umutoni, la secrétaire d'Etat pour la Jeunesse et les Arts, sur X.
Des arguments qui ont suscité des moqueries dans les pays voisins, en particulier en Ouganda, où le chef de l'armée Muhoozi Kainerugaba, habitué des posts incendiaires ou provocateurs, s'est fendu d'un message affirmant que "personne ne dérangera une femme portant une minijupe" dans son pays, menaçant d'arrestation tout individu qui s'y risquerait. Nombre d'internautes kényans ont également pris la défense des Rwandaises sur les réseaux sociaux.
"Frustrés"
"La discussion ne porte pas seulement sur les minijupes", remarque l'avocat et analyste politique rwandais Louis Gitinywa, interrogé par l'AFP. "Il s'agit de la façon dont les gens sont gouvernés. Les gens sont frustrés que des décisions soient prises sans qu'ils y soient associés".
À l'extérieur de l'endroit où était organisé un concert de la star nigériane Rema, au cours du week-end dans une grande salle de Kigali, les jeunes arboraient des tenues ostensiblement décentes. Le BK Arena, où l'évènement se déroulait, les avait prévenus : "les zones intimes doivent rester correctement couvertes".
Interrogée par l'AFP sur son ensemble pantalon et chemisier, une spectatrice, qui a refusé d'être identifiée, a répondu à l'AFP : "C'est la première fois que je m'habille comme ça pour un concert. Je ne voulais rater le show de Rema pour rien au monde (mais) je ne pouvais pas risquer d'être traitée avec leurs bassesses habituelles".
Une étudiante étrangère a de son côté déploré que le Rwanda soit "difficile à cerner". "Ce n'est pas un Etat religieux - ils ferment des églises. Mais quand on pense que c'est un Etat laïque, ils arrêtent des femmes qui portent des minijupes et ferment les bars et les clubs plus tôt", a-t-elle souligné.
Le président Kagame, qui n'a jamais masqué sa tiédeur vis-à-vis des lieux de culte évangéliques ayant fleuri ces dernières décennies au Rwanda, comme ailleurs en Afrique, en a fait fermer des milliers, qualifiant certaines églises de "tanières de bandits".
L'ancien commandant militaire semble toutefois exiger de la tenue de la part de son peuple. "On dirait que les autorités sont irritées quand les gens ont un moment de fête et de bonheur", lance l'étudiante étrangère.