Au Venezuela, un atelier de mode reconverti dans la fabrication de linceuls

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Des couturières travaillent à la fabrication de sacs mortuaires pour les victimes du tremblement de terre, dans l'atelier ByEfrainMogollon, au Venezuela, 13 juillet 2026. Credits: Photo by RAUL ARBOLEDA / AFP
By AFP

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Maracay (Venezuela) - Dans l'atelier de mode d'Efranín Mogollón au Venezuela, le noir a remplacé les fils aux couleurs éclatantes destinés à la confectionner des robes: on y coud désormais des sacs mortuaires pour les victimes du double séisme au Venezuela.

"Nous étions littéralement sous le choc, c'est une tragédie, mais nous voulions aider avec ce que nous savons faire: nous, c'est coudre", raconte à l'AFP le couturier en marchant au milieu des ruines de La Guaria, frappée le 24 juin par deux tremblements de terre de magnitude 7,2 et 7,5. Efraín Mogollón, 44 ans, a mis son "équipe au travail", explique-t-il.

"Nous avons commencé à fabriquer des sacs mortuaires." Voir l'épicentre du désastre, "ça a complètement changé la perspective, non seulement la mienne en tant que directeur créatif, mais aussi celle de toute l'équipe", poursuit celui qui a lancé ByEfraínMogollón il y a 15 ans dans la ville de Maracay, dans l'Etat d'Aragua, au centre du Venezuela.

Ses pièces caractéristiques aux grandes manches à volants et jupes drapées ont gagné une reconnaissance internationale et défilé sur des podiums réputés. Mais les 22 couturières de l'atelier ont rangé la soie, le lin, le taffetas et le coton et ont pris du polyéthylène haute densité de 500 microns, ainsi qu'un tissu antifluides avec revêtement, pour confectionner des sacs mortuaires de 3 mètres de long sur 90 centimètres de large.

"Une manière de faire face"

Des sacs noirs sur lesquels elles ont collé une image du sacré-cœur de Jésus côtoient désormais les mannequins de présentation. "Ca a été dur quand on nous a annoncé ce que nous allions faire. Mais en même temps, nous sentons que nous faisons quelque chose de bien", assure Grismary Villegas, 21 ans, les mains sur sa machine tandis qu'elle coud un sac avec du fil bleu foncé. "C'est une manière de faire face à cette douleur"." Elle travaille dans l'atelier depuis ses 17 ans, dans les pas de sa grand-mère et de sa tante. Elle coud depuis ses 8 ans.

"Beaucoup de gens apportent leur soutien et c'est ça qui compte, d'être toujours un pays uni dans les moments les plus difficiles", ajoute-t-elle, espérant que bientôt "on n'en ait plus besoin" de ces sacs. Lundi, l'atelier Mogollón en avait confectionné un millier. La moitié a été donnée aux médecins et aux morgues, l'autre moitié directement aux secouristes et aux familles.

Face à la saturation des hôpitaux et de la morgue, le gouvernement a improvisé une chambre ardente dans les silos du port de La Guaira. Il a également agrandi un cimetière pour inhumer des centaines de victimes encore non identifiées des deux séismes en moins d'une minute qui ont fait plus de 4.700 morts.

L'ONU, qui a annoncé la livraison de 10.000 sacs mortuaires, estime qu'il pourrait y avoir jusqu'à 50.000 disparus. Pour Andrea Vizcaíno, une médecin de 38 ans, le travail de ce modiste est "un mal nécessaire". "Je peux vous dire que c'est utile aux famille", renchérit Carlos Solórzano, un volontaire de 44 ans qui fouille les décombres des logements sociaux de La Guaira depuis le troisième jour après le séisme. En visitant les abris où s'entassent des milliers de personnes, Efranín Mogollón a identifié un autre besoin: des bâches pour couvrir le sol et le toit des tentes. Son atelier en a déjà lancé la production.

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