Comment renforcer l’hospitalité et le rôle de Paris?

Après avoir étudié les différentes façons d’ améliorer l’enseignement de la mode en France et le financement des entreprises de mode, notamment celles des créateurs indépendants , voici la dernière partie de notre série d’articles consacrés au remarquable rapport « La mode : industrie de créativité et moteur de croissance » remis et présenté par Lyne Cohen-Solal à Emmanuel Macron et Fleur Pellerin lors de la tenue mi-décembre du comité stratégique de filière (CSF) Mode et luxe du conseil national de l’industrie. Cette partie concerne l’écosystème de la mode française. Nous avons choisi de nous intéresser plus particulièrement au diagnostic préconisé par le rapport pour renforcer l’hospitalité et le rôle de Paris.

Pas de panique. Paris reste un hub international incontesté et incontournable pour la mode. Sa capacité d’accueil des créateurs de mode reste sans équivalent dans le monde. Les études du DEFI chiffrent à 400 millions d’Euros les dépenses laissées par les quelque 3 000 personnes qui déferlent chaque année dans la Capitale française lors des différentes fashion week. Une belle manne pour les commerçants, hôteliers, taxis, restaurants, commerçants de la Capitale, à laquelle s’ajoutent les dépenses effectuées dans les maisons de mode, de la couture ou du streetwear.

Néanmoins, indique le rapport, l’élargissement du marché mondial de la mode modifierait cette donne historique et obligerait, d’apres Lyne Cohen-Solal, notre pays et notre capitale à des efforts pour résister à la concurrence forte des autres « capitales de la mode » que sont New York (le maire de New York a annoncé en septembre dernier qu’il entendait investir 10 millions de dollars pour l’accueil des Fashion week), Londres et Milan. D’autant plus que d’autres villes et capitales entendent bien (à l’instar de Madrid qui a organisé sa première semaine de la mode cet automne) se saisir de ce bel et efficace filon de notoriété et d’enrichissement. Que préconise le rapport pour permettre à Paris de tenir son rang ?

Une instance légère d’organisation pour Paris

Lyne Cohen-Solal pense qu’il serait judicieux de regrouper l’ensemble des initiatives et de faire travailler ensemble les intervenants au sein d’une structure légère qui rassemblerait Préfecture de Police, services municipaux, office de tourisme, responsables des fédérations de créateurs, de commerçants, les Grands magasins, responsables des salons professionnels, mais aussi taxis parisiens, Aéroports de Paris, SNCF et RATP, hôteliers et restaurateurs, responsables des institutions culturelles de la Capitale l’Opéra, le palais Galliera, les Arts Déco, le Palais de Tokyo, le Musée Pompidou. Avec un élargissement aux produits associés à la mode comme la joaillerie, la parfumerie, la maroquinerie, les accessoires.

Trouver des lieux moins couteux pour les créateurs émergents

« L’objectif est de convenir de dates, d’actions communes, de communication mutualisée, d’organiser un accueil global des acheteurs et journalistes étrangers aux aéroports et gares, de leur simplifier les parcours, la sécurité, l’hospitalité aux abords des défilés, des salons internationaux et des cérémonies officielles » commente le rapport. Autre objectif : élargir la proposition de lieux de défilés, d’expositions, de show room pour créateurs, en particulier pour les « émergents » et les indépendants qui prennent trop souvent des risques financiers pour avoir un défilé dans un endroit prestigieux. Les bâtiments publics (comme l’hôtel de ville ou la salle des fêtes de la mairie du 4eme arrondissement parisien) pourraient servir d’écrins moins coûteux afin de soutenir ceux qui en ont besoin. La préfecture de Paris pourrait, avec professionnels et élus, prendre la responsabilité de cette mise en synergie.

Réunir les défilés des écoles

Autre proposition : l’élue propose d’ouvrir les musées, les mairies et les écoles aux créateurs mais aussi de réunir les défilés des écoles et présentation des grands prix, une fois par an dans un lieu prestigieux afin de sensibiliser les parisiens à la mode (et à ses grands événements ). Evènements dont ils pourraient se sentir exclus. D’une manière plus générale, Lyne Cohen-Solal propose de *faire entrer la Mode dans les musées, les centres d’Art, les écoles, les bâtiments publics sur le modèle de Designer’s Days. Dernière proposition : « *donner davantage de visibilité aux créateurs dans nos vitrines et commerces, dans les grands magasins, les centres villes et les centres commerciaux ». Il s’agirait concrètement de mettre en place, fia une intervention publique locale soutenue dans un cadre réglementaire, une ouverture plus large des grands magasins et des centres commerciaux aux créateurs «car les boutiques multimarques qui présentaient différentes productions sont en train de disparaître de nos centre-ville, concurrencées par les enseignes multinationales et boutiques de marque ».

À un échelon plus large, la Capitale a chargé une Société d’Economie Mixte de préempter et louer des locaux dans des quartiers fragiles ou envahis par les grossistes. La priorité à la location est ensuite donnée, dans certaines artères, à des artisans, des artisans d’art, des stylistes de mode ou designers. Une politique interventionniste qui n’effraient pas, il faut le noter, les pays ultra libéraux puisque dans le même ordre d’idée, la New York City Economic Development Corporation a lancé un programme de prêts en soutien à la commercialisation des jeunes designers. « Ce prêt à faible risque et faible taux d’intérêt générera des retombées économiques supplémentaires pour la ville », selon son responsable. Le secteur de l’habillement représente, en effet, 180 000 emplois dans la métropole américaine.

Photo : présentation Berluti dans les jardins du palais royal. Photo Herve Dewintre

 

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