En Afrique, la mode s’exploite comme vecteur de développement

Ces derniers temps, on n’a jamais autant parlé d’elle. L’Afrique s’immisce parfois ou revient en force dans les collections des grands labels avec le wax et l’artisanat. Les fashion weeks africaines gagnent en médiatisation. Les grandes maisons de couture s’implantent volontiers en Afrique subsaharienne de façon stratégique, en prenant en compte la hausse du pouvoir d’achat et notamment de produits de luxe dans certaines régions. Les évènements à Paris celèbrant la mode orientale et africaine se succèdent... L’heure est à la création de mode à la fois diverse et durable, de quoi satisfaire des consommateurs avides de nouveauté, mais aussi d’exotisme, où la notion de voyage s’invite au quotidien.

Côté tendances, qui dit exotisme cette année dit les pantalons thaïs d’Hermès, le patchwork de Sacai et la végétation polynésienne de Leonard, ou encore les robes en wax africain de Stella McCartney, présentés lors des défilés de prêt-à-porter, Printemps/Eté 2018, en septembre dernier à Paris. Mais aujourd’hui, la mode peut-elle jouer un rôle dans la croissance économique des pays en développement?

En Afrique, l’Initiative de Mode Ethique (Ethical Fashion Initiative/EFI), créée en 2009 par Simone Cipriani, exploite la mode comme vecteur de développement. Les artisans locaux peuvent fabriquer des produits de mode éthique à valeur ajoutée pour les créateurs de mode internationaux. En tant qu'initiative des Nations Unies, leur travail est évalué à l'aide d'un outil mesurant l’impact positif et les résultats tangibles pour les communautés avec lesquelles il travaille. Cette organisation encourage les jeunes talents de la mode locale et leur permet de créer des collaborations éthiques, durables et créatives avec des artisants du continent pour ensuite être promues à l’international.

En Afrique, la mode s’exploite comme vecteur de développement

Simone Cipriani, le visionnaire de la mode en Afrique

Au sujet du fondateur, fort de ses expériences dans l'industrie du cuir en Italie, au Vietnam, en Inde, en Indonésie, en Chine, en Tunisie et au Maroc, Simone Cipriani a ensuite rejoint l’Éthiopie pour travailler à l'UNIDO (Organisation du Développement Industriel des Nations Unies). C’est ici qu’il a rencontré des micro-producteurs et a vu l’opportunité de mettre en contact des artisans qualifiés avec l'industrie de la mode pour un bénéfice mutuel, ce qui l'a inspiré pour développer l'Initiative de Mode Ethique : un programme phare du Centre du Commerce International, une organisation conjointe des Nations Unies et de l'Organisation Mondiale du Commerce.

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Simone Cipriani a commencé le projet en développant une coopérative dans le bidonville de Korogocho au Kenya avec un groupe de micro-producteurs au Kenya sous la direction de Gino Filippini (1939-2008), un coopérant de ONG Servizio Volontario Internazionale (SVI) de Brescia (Italie), qui a dédié plus de 40 ans de sa vie au continent. Progressivement, le projet s'est étendu au Burkina Faso, au Mali, au Ghana, à Haïti, à la Cisjordanie, à l'Ethiopie et au Cambodge. Aujourd'hui, à travers son travail à l'Ethical Fashion Initiative, Simone Cipriani est devenu un porte-parole de la mode responsable à la pointe du mouvement mondial croissant pour les chaînes d'approvisionnement éthiques dans l'industrie de la mode.

En Afrique, la mode s’exploite comme vecteur de développement

Soutenir l’Afrique de l’Ouest

L’an dernier, L’Union Européenne (UE) et le Centre du Commerce International (CCI) ont lancé un projet de 10 millions d’euros pour soutenir la création d’emplois dans la mode et l’aménagement intérieur en Afrique de l’Ouest, notamment au Burkina Faso et au Mali. Le projet est financé par le fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique et sera mis en oeuvre par l’Ethical Fashion Initiative du CCI. « La création d’emplois équitables et durables pour les jeunes contribuera à la fixation des populations et à la réduction des migrations irrégulières. Bien que le Mali et le Burkina Faso soient deux des plus importants producteurs de coton du continent Africain, le secteur artisanal du coton et du textile présente encore un potentiel inexploité dans ces deux pays. L’augmentation des activités de transformation du coton apportant de la valeur ajoutée permettra de créer de nombreuses opportunités d’emplois pour les jeunes issus de communautés marginalisées, tout en offrant un produit final attrayant pour les marchés internationaux de la mode et de l’aménagement d’intérieur», indique le site de l’organisation.

En Afrique, la mode s’exploite comme vecteur de développement

Parmi les différents partenaires de l’EFI, on retrouve Vivienne Westwood, Camper, le Festival de fashion films « la Jolla », Karen Walker, Lancaster, Marni, Mimco, Noir Tribe, Stella McCartney ou encore United Arrows...

En Afrique, la mode s’exploite comme vecteur de développement

Dans le cas de la collaboration de Camper avec EFI, il s’agit d’un projet à long terme qui vise à produire une collection de chaussures en édition limitée chaque année. Ce partenariat crée un emploi juste et digne en Éthiopie tout en minimisant l'impact sur l'environnement. « Grâce à des collaborations créatives à long terme comme celles-ci, les artisans vivant dans l'extrême pauvreté peuvent changer leur vie. Cette collaboration s'harmonise avec les valeurs de marque de Camper partenariat et créativité », souligne le porte parole de l’EFI.

Photos : EFI/ Sass & Bide (LOVE MORE collection in Kenya © Louis Nderi & ITC Ethical Fashion Initiative) Simone Cipriani, Marni x Isetan, Mimco, Camper.