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Fashion Green Hub : le réseau d’experts de l’économie circulaire monté dans le nord voit loin

Mode |Interview

By Odile Mopin

8 oct. 2020

Voici des années que l’association Fashion Green Hub (ex-Nordcrea) est incontournable dans le paysage de la mode responsable. Hyper active, ses actions autour de l’éco-conception et des nouveaux business models dans la mode sont multiples.

Fashion Green Hub est notamment à l’origine des Fashion Tech Days, journées de séminaires où se réunissent experts et marques-enseignes pour avancer sur l’innovation « verte » dans la mode, éventail de sujets cruciaux, plus encore aujourd’hui qu’hier. L’association orchestre également les Fashion Green Days, le forum de la mode circulaire et éco-conçue.

Fondée par Annick Jehanne en 2015, Fashion Green Hub est soutenue par les collectivités et l’Etat (ADEME, Région Hauts de France, Métropole Européenne de Lille, Ville de Roubaix). Mais aussi les organisations professionnelles, comme le Defi, Re-Fashion (ex-Eco TLC, association axée sur le recyclage), l’Union des industries du textile et de l’habillement (UITH), ou encore l’Alliance du Commerce. Elle réunit aujourd’hui 200 acteurs de la mode, des marques -enseignes comme Promeod, ID Groupe ou La Redoute, des écoles, des jeunes créateurs. Et puis, bien sûr, l’association assure également son financement via ses activités de production, formation et services, depuis son « siège » et atelier, le Plateau Fertile, à Roubaix. Les entreprises de mode s’emparent de l’expertise de cette start-up paradoxale (une structure agile et réactive), mais prônant avant tout des valeurs sociales, humaines, de proximité. Une association « slow-up » qui se déploie sur tous les fronts de l’éco-conception. A l’heure de la crise sanitaire, à l’heure où les lignes bougent, un panorama global des activités de Fashion Green Hub était opportun. Etat des lieux avec Annick Jehanne.

FashionUnited : Vous être l’âme, l’instigatrice de cette association. Pourquoi l’avoir créée, et pourquoi a -t-elle changé de nom récemment ?

Annick Jehanne : rapidement sur le nom. Nous venons du Nord, berceau de grandes marques-enseignes nordistes, nous avons débuté nos activités entre Lille et Roubaix. Les Fashion Techs Days s’y tiennent. Mais en grandissant, nous nous internationalisons. En tous cas, nous couvrons avec nos 200 marques partenaires l’ensemble du territoire. Il fallait une appellation qui reflète la diversité de nos membres.

Je viens des achats, dans les grands magasins, au Printemps, dans les centrales d’achats. Puis je suis devenue consultante et j’ai formé beaucoup de dirigeants dans la mode. J’ai par ce biais abordé l’amont, le côté production du métier. Et je me suis vite rendu compte que le système courait à sa perte. C’est pourquoi en 2015, j’ai décidé de créer cette association, pour rendre opérationnelles auprès des entreprises les connaissances acquises sur le terrain. Aujourd’hui nous sommes une dizaine au Plateau Fertile, qui nous sert d’atelier pour porter les projets éco-conçus que les marques que nous accompagnons veulent réaliser. Nous sommes une équipe. Arielle Lévy est responsable de la communication et des produits, Majdouline Sbai pilote les Fashion Green Days et les projets « développement durable », et Benoit Frys chapote la production. Nous sommes également entourés d’un pool de stylistes free-lance spécialisés dans l’éco-conception.

Pouvez-vous résumer la philosophie qui sous tend vos activités ?

Nous avons la conviction que la mode doit changer très vite et rebâtir un business model différent. Un modèle qui réduit son impact sur la planète, offre aux consommateurs des produits créatifs, fonctionnels, sains, durables et fabriqués dans des conditions humaines, permet une activité économique pérenne à ses acteurs, de toute la chaine de la matière au commerce, recrée des emplois et forme sur les territoires.

Quel est votre panel exhaustif d’actions ?

Notre premier volet est le partage de la connaissance. C’est pourquoi nous organisons depuis les débuts de l’association ces deux événements B to B que sont les Fashion Green Days et les Fashion Tech Days, pour apporter à la filière des solutions pragmatiques. En 2020, nous orchestrons quatre éditions thématiques de Fashion Green Days, en format online. Les prochaines auront lieu du 19 au 23 octobre, en deux parties : les 19 et 20, ce sera une série d’ateliers professionnels en présentiel, sur rendez-vous, avec au maximum, étant donné le contexte, une vingtaine de participants dans nos locaux. Les journées du 22 et 23 octobre, sous forme de webinaires, seront consacrées à des tables-rondes autour de la diffusion des bonnes pratiques en matière de développement durable et des collaborations, toujours très fructueuses, entre les univers économiques, académiques et institutionnels dans l’accompagnement du changement de business model dans la mode.

Deuxième volet d’action, le fabriquer local et l’upcycling et l’accompagnement des porteurs de projets. Via des programmes de partenariat, l’association aide les marques et enseignes à réunir autour d’elles un écosystème efficace, à trouver des ressources et se former. Plusieurs experts consultants en mode durable et circulaire peuvent intervenir en accompagnement.

Notre atelier, ouvert en 2018 à Roubaix, est là pour cela. C’est un atelier de fabrication (prototypage et mini séries) pour toutes nos jeunes marques. Il est de plus en plus spécialisé en upcycling et son développement s’est intensifié cette année avec une équipe de dix personnes. Nous pouvons ainsi proposer aux marques de les accompagner dans leurs projets de fabrication locale et d’upcycling grâce à notre équipe de designers, modélistes. Nous avons, par exemple, dans le cadre de Fashion Green Lab, notre plateforme pour une mode durable et responsable, réalisé un projet avec Blanche Porte : une série d’accessoires de mode confectionnée grâce à leurs stocks de linge de maison dépareillé. Une gamme 100 pour cent circulaire, qui a connu un très joli succès. Nous avons aussi porté un projet avec Camaïeu, en récupérant dans leurs stocks d’articles imprimés des lettrages pour créer une gamme de tee-shirts à message. Nous lançons aussi ces jours-ci notre propre ligne de tee-shirts à messages positifs fabriquée dans notre atelier. La gamme a été conçue par un collectif de designers et le circuit de fabrication va du fil à la teinture, en passant par le tricotage. Le tout générant « zéro déchet », via une fabrication à la demande.

Nous déployons également depuis le début une activité de formation, directement dans notre atelier et via des Moocs. Nous formons depuis 2020 à la conception virtuelle et à la couture industrielle.

Le collectif, le réseau, est essentiel à votre fonctionnement ?

Absolument, travailler ensemble duplique les bonnes pratiques. Nous organisons des groupes de travail, selon les expertises que nous avons à notre disposition. Voilà pourquoi il est important de s’entourer de compétences variées. Par exemple, le groupe « Zéro Plastique » travaille depuis six mois sur l’éradication du polybag et le recyclage des cintres.

Dans un autre registre, le groupe « Atelier Agile » élabore les conditions de fabrication en circuit ultra court, toujours grâce à notre site. Enfin le groupe « Lin » travaille sur l’utilisation plus importante de cette ressource écologique. Une filière qui tente actuellement de se remonter en France.

Nous mutualisons également les équipements innovants que nous avons acquis ou élaboré. Nous avons ainsi créé une station 3D à Roubaix. Et mettons à disposition des enseignes et créateurs un assemblage de matériel et logiciels qui leur permet de mettre au point un produit sur un avatar en 3D, alliant vitesse de conception et économie de matière. Enfin, nous proposons une station d’impression Eco pour permettre aux créateurs d’imprimer leurs tee-shirts à la demande.

Quels sont vos prochains projets ?

Tout d’abord, on s’agrandit. Nous allons tripler la taille de notre espace, une ancienne usine. Nous disposerons d’ici quelques semaines de 1 000 mètres carrés. Nous allons en profiter pour développer des résidences de créateurs de mode durables. Ainsi que des espaces de co-working où les stylistes pourront profiter de nos outils et échanger. Nous allons également implanter une antenne à Paris. Ce sera davantage un lieu de rencontre et d’échanges qu’un lieu de conception. Dans un premier temps, nous devrions être hébergé par les Ateliers de Paris, dont nous partageons les valeurs. Autre projet en cours, nous lancerons début 2021 des formations Upcycling. Et portons un projet d’atelier démonstrateur « Usine du Futur » en circuit ultra court équipé d’impression et coupe digitale pour 2021 dans le cadre d’un programme PIA FILIERE de la Région Hauts de France. Enfin, pour la vente, une boutique commune mettant en exergue les produits des jeunes créateurs, est dans les tuyaux pour 2021.

Crédit: Fashion Green Hub