Hermès essaime ses savoir-faire en Charente

La maison de luxe Hermès essaime dans tout l'Hexagone ses savoir-faire en maroquinerie-sellerie, une activité où la demande de sacs garantis éternellement, "Toolbox", "Jypsière" ou "Garden Party", ne tarit pas, avec un bond de plus de 12 pour cent des ventes au premier trimestre 2015. C'est au coeur de la campagne charentaise, à Montbron, qu'Hermès vient d'inaugurer la Maroquinerie de la Tardoire, son quinzième "atelier", spécialisé dans le cuir de veau, voisin de l'usine installée depuis 20 ans à Nontron, en Dordogne. Une 16e maroquinerie ouvrira ses portes le 19 juin, sur le site des Abrets en Isère, et deux autres ont été mises en chantier en Franche-Comté.

En 1837, Thierry Hermès ouvre à Paris la toute première manufacture de harnais et de selles. Depuis lors, le champion du luxe "à la française" décline ses savoir-faire sur la "petite maroquinerie" (portefeuilles, gants ou porte-cartes etc.) mais aussi sur ses célèbres sacs garantis pour l'éternité, en peau d'alligator, d'autruche et de veau, aux palettes sans cesse remises au goût du jour: mangue, curry, bleu atoll, sanguine, ou vert de gris pour le cru 2015. Chez Hermès, on veut faire rêver et il n'est pas de bon ton de parler argent. Le directeur général de cette activité historique, Emmanuel Pommier, "ne livre aucun chiffre" pour son site charentais: ni volumes de production, ni chiffre d'affaires, ni rémunération des quelque 250 ouvriers, majoritairement des femmes, que l'on préfère ici appeler "artisans". Interrogé sur les prix, le dirigeant renvoie pudiquement à "la boutique du Faubourg"... Saint-Honoré bien sûr, en référence au magasin historique de la marque dans l'une des rues les plus chics de Paris. Un coup d'oeil au catalogue en ligne révèle des prix variant de quelques centaines d'euros pour la petite maroquinerie à plusieurs milliers d'euros pour les sacs.

'Un sac, un homme'

"Un sac, un homme ": la formule en vigueur chez Hermès dit tout. "Chaque artisan fabrique en effet le produit de A à Z et le signe d'un poinçon personnalisé", explique M. Pommier. Mais la confidentialité étant le maître-mot, on préfère rester discret sur la nature de cette signature, destinée à singulariser la pièce tout en lui donnant une traçabilité au sein d'un "atelier". "C'est un principe fondamental pour nous, un engagement pour la qualité", insiste M. Pommier. Au "luxe" pourtant indissociable de la griffe Hermès, M. Pommier préfère la formule "artisanat de haute qualité". Car le moindre faux pli, insiste-t-il, ou même la plus petite anomalie dans le grain du cuir, justifie le renvoi immédiat du sac sur l'établi, où "l'artisan" qui l'a signé devra se remettre à l'ouvrage jusqu'à obtenir la perfection.

Entre coupe, collage à la cire d'abeille, séchage et couture au point sellier, il faut compter entre 10 et 20 heures de travail sur chaque sac. Un processus minutieux qui nécessite "l'accompagnement de l'artisan par un tuteur". Le novice apprend "le métier de base" durant six mois au sein d'un atelier dédié. "Le premier jour, une alène (poinçon servant à percer le cuir), il ne sait pas ce que ça veut dire, donc il apprend vraiment les gestes de base, l'entretien des outils et le sens des gestes", précise le directeur du site de Montbron, Alain Maguer.

Mais Hermès table aussi sur la transmission des savoir-faire d'une site à l'autre et entre générations. L'"artisan" novice peut ainsi, du jour au lendemain, devenir tuteur de son formateur sur un autre produit qu'il maîtrise. A l'instar d'Aurélie, "venue de Pantin (banlieue parisienne) pour former les collègues de Montbron à la fabrication des sacs", avant de se former elle-même à "la petit maro". "Cette pratique est solidement ancrée dans la culture de la maison", selon M. Pommier. Mais "cette formation ne finit jamais": en 45 ans d'ancienneté, un même artisan peut avoir fabriqué jusqu'à 400 modèles différents, il faut donc avec humilité réapprendre à chaque fois". (AFP)

 

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