Hijab de sport: "Dicter aux femmes ce qu'elles devraient porter est un problème"

"Dicter aux femmes ce qu'elles devraient porter est un problème", a estimé auprès de l'AFP l'escrimeuse Ibtihaj Muhammad, devenue en 2016 la première sportive américaine voilée à participer aux Jeux olympiques, alors qu'une polémique a contraint la marque Decathlon à renoncer en France à la commercialisation d'un hijab de sport.

Quelques jours avant sa venue programmée en France, elle avait promis dans un tweet de porter son hijab de sport blanc "tous les jours" en signe de protestation. Moins de deux semaines après la polémique Decathlon, et les appels au "boycott" d'élus français de tous bords, Ibtihaj Muhammad a fait part de son incompréhension, dans un entretien réalisé lundi en marge d'un événement publicitaire à Paris.

"Cela m'a rendu triste que la France n'ait pas rejoint le débat global autour de l'inclusion, et de la diversité. Empêcher une entreprise de vendre un hijab de sport est honteux. Je pense que cela fait plus de mal que cela n'aide une nation", a-t-elle confié à l'AFP.

"Essayer de dicter aux femmes ce qu'elles devraient porter ou ne pas porter est un problème. Nous, les femmes, n'avons pas besoin que les hommes nous disent ce que nous devons porter", a-t-elle ajouté.

"Levier puissant d'émancipation" ?

Égérie de l'équipementier Nike, qui continue de commercialiser des hijabs de sport pour "permettre à celles qui ont une croyance de faire le sport qu'elles ont choisi", l'escrimeuse américaine et son discours incarnent l'incompréhension d'une partie de l'étranger vis-à-vis des débats régulier autour de la nature de laïcité au sein de la société française.

"Une nouvelle fois, la France fait tout un drame des choix vestimentaires des femmes musulmanes", avait par exemple écrit le Washington Post, au lendemain de la vive controverse politique qui avait enflammé fin février les réseaux sociaux, deux ans après l'affaire du "burkini".

Accusée de rompre les "valeurs" françaises selon Aurore Bergé, porte-parole de La République en marche, le hijab de sport accompagne-t-il "la soumission des femmes" comme le prétend Lydia Guirous, porte-parole des Républicains ?

"Je pense que vous n'êtes pas une féministe si vous ne croyez à la dimension du choix dans le port du hijab. Quiconque croyant aux droits individuels, à la liberté de choisir, devraient être les alliés des femmes qui ont choisi de le porter", répond Ibtihaj Muhammad.

Au sein du gouvernement français, seule la ministre des Sports Roxana Maracineanu avait pris clairement position pour la vente de ce type de vêtements: "Je veux aller chercher les femmes, les mères, les jeunes filles partout où elles sont et comme elles sont, les encourager à la pratique du sport car c'est, j'en suis convaincue, un levier puissant d'émancipation".

Stéréotypes et mauvaises perceptions

Sans un hijab adapté, est-il impossible de faire du sport pour une femme musulmane ?

"Je n'avais pas besoin nécessairement d'un hijab de sport pour pratiquer le sport que j'exerce, mais je sais que cela m'a rendu la vie plus facile. J'espère que cela va aider les femmes aux quatre coins du monde à être plus intégrées en étant actives", confie l'Américaine - dont le hijab est le plus souvent caché par son masque d'escrime en compétition - et pour qui l'enjeu dépasse les seules femmes musulmanes.

"Avoir un hijab de sport disponible sur les étals (des boutiques) dans n'importe quel endroit au monde, ce n'est pas seulement important pour les femmes musulmanes, mais pour nous tous afin de continuer le débat autour de la diversité, l'inclusion, et d'accepter l'autre quelles que soient son origine ou ses croyances", a-t-elle ajouté.

Espère-t-elle que son parcours de championne médaillée de bronze aux JO-2016 avec le hijab, qu'elle raconte dans un nouveau livre autobiographique qui sortira en septembre prochain, puisse changer les regards ?

"Il y a tellement de stéréotypes et de mauvaises perceptions qui existent à propos de la communauté musulmane, a-t-elle déploré. Le fait d'avoir pu représenter les Etats-Unis aux JO-2016 et d'y avoir surtout ramené une médaille m'a permis de faire changer le récit et, je l'espère, certains esprits dans une voie plus positive et constructive."

Photo: Nike

 

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