Irrespect ou sexisme ? Que nous dit la polémique provoquée par la tenue de Serena Williams

La désormais fameuse combi-chat de la joueuse de tennis Serena Williams aura eu plusieurs vertus. Faire sensation tout d’abord. En juin dernier, neuf mois seulement après un accouchement difficile, la championne de 36 ans arborait pour son grand retour sur la terre battue de Roland Garros une combinaison en lycra, sombre et moulante, qui faisait ressortir avec éclat le corps ciselé de la joueuse. Deuxième vertu: exalter la créativité de l’équipementier Nike qui renouvelait agréablement le genre en conjuguant inspiration visuelle (la tenue s’inspire du blockbuster “Black Panther” qui met en scène des super-héros à la peau noire) et efficience sportive (la tenue pouvait se comparer, d’après Nike, à un dispositif médical permettant de lutter contrer les problèmes récurrents de circulation sanguine auxquels doit faire face au quotidien la joueuse).

Troisième vertu, et non des moindres, la tenue a permis, par un scandale inattendu lié à une déclaration du patron du tennis français Bernard Giudicelli, de faire avancer le débat sur le féminisme et de s’interroger sur le sexisme en vigueur dans la société actuelle par le biais de cette question: “qui peut s’arroger le droit de disposer du corps des femmes?” En d’autres termes, quels sont les avis autorisés en matière de vêtements féminins?

Tout est parti d’une interview parue dans le numéro de septembre de Tennis Magazine. Le président de la FFT y déclare sans détour qu’il n’accepterait plus certaines tenues vestimentaires à Roland Garros. « Je crois qu'on est parfois allé trop loin. La combinaison de Serena cette année, par exemple, ça ne sera plus accepté. Il faut respecter le jeu et l'endroit. Tout le monde a envie de profiter de cet écrin ». Il ajoute ensuite : « « Si je fais passer une émotion avec quelque chose qui est beau dans un endroit qui est beau, l'émotion est magnifiée ». Entre les lignes, le président de la FFT laisse ainsi entendre que la tenue de Serena Williams n’était ni belle, ni respectueuse.

Irrespect ou sexisme ? Que nous dit la polémique provoquée par la tenue de Serena Williams

Soutien de Nike…et de l’ancien président de l’Iran

Sur quels critères esthétiques et moraux se basent Bernard Giudicelli ? Difficile à dire. Le dirigeant se basait-ils sur les quelques commentaires lapidaires ( « très masculines », « fashion faux pas », « irrespectueuse », etc) égrenés sur twitter tout au long de la quinzaine. Un rapide coup d’œil sur l’historique des tenues arborées au cours des dernières décennies lors d’un championnat tel que Roland Garros atteste pourtant une grande diversité de styles et de couleurs. Aussi bien pour les femmes que pour les hommes. La joueuse Anne White arborait en 1985 une combinaison très proche de celle choisie par Serena Williams en 2018.

Pourquoi alors pointer du doigt précisément la tenue de Serena Williams? La encore, difficile de répondre. Problème personnel du dirigeant avec la joueuse qui a demandé publiquement au début de l’été pourquoi elle subissait davantage de tests de dépistage que les autres joueurs ? Ou vision somme toute dépassée de l’élégance et du style dans le cadre d’une réflexion sur le dress code futur du championnat ? Quoi qu’il en soit, la championne a reçu des soutiens de poids. Son équipementier tout d’abord, qui s’est fendu d’une publicité pleine de panache sur laquelle se détachait le message suivant : Vous pouvez prendre à l’héroïne son costume, mais vous ne pourrez jamais lui enlever ses super-pouvoirs ». La légendaire joueuse Billie Jean King a twitté de son coté : "Le contrôle du corps des femmes doit cesser".

Parfois les soutiens sont plus inattendus. Ainsi, Mahmoud Ahmadinejad, président de l’Iran de 2005) 2013 a twitté ce lundi : « Pourquoi Roland-Garros manque t’il de respect à Serena Williams ? Malheureusement, certaines personnes dans tous les pays, y compris le mien, n’ont pas réalisé la vraie signification de la liberté ». Véritable question en effet qui dépasse le cadre du débat sur les tenues règlementaires et le féminisme pour prendre une tournure plus philosophique. Sur un registre plus léger, notons avec plaisir que la joueuse qui a remporté 39 titres de grand chelem ne semble pas prête à renoncer à son style comme le prouve les nouvelles tenues de la championne, présentée à l’US Open ce mois ci : elles font partie d’une capsule Nike conçue par Virgil Abloh. Une tenue de reine.

Crédit photo: Nike, dr

 

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