La Nigeria Fashion Week bouscule Abuja, la capitale endormie
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Abuja - Pliés sous toutes les formes, modelés en silhouettes gigantesques ou superposés comme des plumes... les textiles colorés éblouissent le regard comme au carnaval, au rythme du défilé des mannequins sur une scène d'Abuja.
La Nigeria Fashion Week, qui s'est achevée le 4 octobre, a déménagé de Lagos cette année, abandonnant temporairement la mégapole de plus de 20 millions d'habitants — foyer économique et artistique du pays — pour la tranquille capitale fédérale, plus connue pour ses administrations et sa paisible atmosphère que pour sa couture d'avant-garde.
"Abuja est lente, lente à tous les égards. Les gens ici sont très détendus", confie à l'AFP Lexy Mojo-Eyes, l'élégant organisateur de la semaine de la mode, qui a fait toutes ses armes à Lagos. "Nous voulons changer la dynamique, nous voulons construire Abuja comme une ville de mode", promet-il.
Le Nigeria a officiellement déplacé en 1991 sa capitale de la grouillante et surpeuplée Lagos vers Abuja, dans une région de savane annonçant l'aridité de la zone sahélienne plus au nord.
Même en 2026, Abuja (comptant près de 4 millions d'habitants) semble encore en cours de construction, avec son centre-ville aux immeubles de bureaux modernes côtoyant terrains vagues et même quelques fermes antérieures à sa fondation.
Elle n'a pas la fameuse et sulfureuse effervescence de Lagos. Et ne peut rivaliser avec son industrie du cinéma, "Nollywood", ni avec ses grands sièges d'entreprise et sa pléiade de stars de l'Afrobeats.
Encourager le tourisme
À mesure qu'Abuja a progressivement grandi au fil des années, elle a su cependant développer sa propre scène culturelle, accueillant un festival de photographie, un festival international du film et une scène littéraire en plein essor.
Les organisateurs de la Nigeria Fashion Week expliquent que son déplacement cette année à Abuja vise aussi à renforcer le dialogue entre le monde de la mode et le gouvernement.
"Le gouvernement doit fournir un environnement plus propice" à l'industrie de la mode, notamment en réformant la propriété intellectuelle ou en appuyant le tourisme, assure à l'AFP la ministre de la Culture Hannatu Musa Musawa, vêtue d'une robe métallique argent, rose et bleue, assise au premier rang d'un défilé vendredi.
À ses côtés, la créatrice libyenne Rabia Ben Barka, doyenne de la mode dans son pays, ne tarit pas d'éloges sur Abuja. Ses créations aux silhouettes carrées évoquent les épaulettes rétro des femmes des années 80.
Sur le podium défile tout à coup un homme dans un costume à rayures métalliques argent et noir, sur des chaussures de cuir à talons : une tenue de bureau survitaminée pour une capitale nigériane qui se défait peu à peu de son image compassée.
"C'est une ville un peu endormie, mais elle commence à bouger", juge Chinwe Ezenwa, PDG de Le Look et créatrice de sacs à main qui a ouvert une deuxième fabrique dans la capitale en 2021.
Reste à savoir si Abuja peut fournir la main-d'œuvre qualifiée et les talents nécessaires au fonctionnement d'un secteur artistique, avec créateurs, étudiants en mode et entrepreneurs.
À Abuja comme à Lagos, certaines choses ne changent cependant pas au Nigeria, comme le réseau électrique poussif aussi célèbre que les embouteillages monstres de Lagos : alors que les mannequins se préparaient en coulisses vendredi, le courant a brièvement été coupé.
Le blackout terminé, un spectateur a plaisanté en lançant à la volée que le défilé était désormais, officiellement, "très authentique".