Le Phare de la Baleine : cap sur la distribution multimarque pour Claire Masson

La marque Le Phare de La Baleine, reprise il y a près de trois ans par la société P2M a changé de stratégie. Avec une volonté de se libérer de la majeure partie de son parc retail, la marque souhaitait mettre fin à son système d'affiliation dans le but de se consacrer sur le réseau des magasins multimarques. Avec un nouveau style et un nouveau sourcing, pour la collection hiver 2018, ainsi qu'un focus sur la maille et les marinières, la collection semble avoir reçu un conquis les professionnels depuis le début de la tournée de ses agents en janvier 2018. Nous avons posé quelques questions à Claire Masson, directrice du développement et du marketing de la marque.

FashionUnited France : Quel a été votre parcours professionnel et comment avez-vous repris la marque Le Phare de la Baleine ?

Claire Masson - Le Phare de la Baleine : Pour ma part, j’ai passé 12 ans chez Adidas France. D'abord au service marketing et communication, puis au commercial. J’ai ensuite travaillé pour plusieurs marques partenaires de Sodilog sur le marché de la chaussure (Le Temps des Cerises, entre autres).

Mon père, Patrick Masson, et moi avons repris la marque Le Phare de la Baleine à la barre du tribunal le 22 mai 2015, en créant la société P2M, une société "sœur" de l'entreprise familiale Sodilog (prestataire de solutions de financement et de logistique pour des marques de textile, chaussures et produits de grande consommation). Depuis plus de 30 ans, Sodilog est installée à Colmar (68) où se situent ses bureaux et ses 40.000 m2 d’entrepôts. Cette entreprise travaille pour une quarantaine de marques.

Le Phare de la Baleine : cap sur la distribution multimarque pour Claire Masson

Avez-vous acquis la marque en fond propre ?

Nous avons acquis la marque en fonds propre, à 100 pour cent et nous continuons à la faire vivre depuis bientôt 3 ans, toujours avec nos propres capitaux.

Pour vous qu’évoquait le style Le Phare de la Baleine et vers où souhaitez-vous l’emmener ?

C’était toute la problématique. La marque possédait une identité forte à ses débuts et elle l'avait perdu ces dernières années (2011-2015). Elle avait tenté de faire face à ses difficultés en essayant d’élargir son offre de produits. Et ce, dans le but de toucher une clientèle plus large. Selon nous, c'est aussi ce qui lui a fait perdre de sa force.

Malheureusement, lorsqu'on reprend une marque à la suite d'un dépôt de bilan, il est plus difficile de la repositionner immédiatement. Dès le début, nous avons restreint les collections, passant de 450 références par saison à 150. Nous avons également essayé de redonner un fil conducteur aux collections. Nous avons immédiatement recruté un nouveau styliste pour moderniser les looks.

Combien de boutiques en propre et/ou franchises compte la marque ?

Il y a un an, on recensait 38 magasins avec 17 boutiques en propre, 3 magasins d’usine et 18 affiliés. Aujourd’hui, compte tenu de la réduction du parc retail mise en place en juin 2018, on compte : 9 boutiques, 1 magasin d’usine et 7 affiliés. Soit un total de 17 points de ventes.

Le Phare de la Baleine : cap sur la distribution multimarque pour Claire Masson

Combien de personnes collaborent au développement du Phare de la Baleine ?

Actuellement, 25 personnes environ travaillent pour faire revivre "le Phare". Aujourd'hui, après restructuration, nous fonctionnons en effectif réduit : 3 personnes travaillent à Paris, où se trouve la Direction commerciale - ADV - Communication. 13 personnes travaillent en boutique. 4 personnes sont basées à Colmar, dans les bureaux de Sodilog, où se situent le back office et la logistique du Phare de la Baleine. Enfin, 5 agents commerciaux (sur le terrain) et 1 styliste en free-lance, travaillent également pour la marque.

Pour quel montant avez-vous racheté la marque et quel prévisionnel visez-vous d’ici les trois premières années ?

Nous avons repris un "package" à la barre du tribunal. Ce dernier regroupait les différents fonds de commerce, les salariés et la marque. En 2015, le Chiffre d’Affaire était inférieur à 5 millions d’euros, loin des 20 millions que pouvaient faire la marque quelques années auparavant). Nous avons atteint les 10 millions de CA TTC sur le dernier exercice. A ce jour, nous n’avons pas trouvé l’équilibre, car le CA est une chose et la marge en est une autre, c’est pourquoi nous avons décidé de revoir notre stratégie de distribution.

Quels sont vos concurrents sur votre marché ?

Nous "naviguons" entre deux types de concurrents, c’est peut-être là que se situe notre chance. D’un côté, on trouve les acteurs "bord de mer", comme St James, Mât de Misaine, Armor Lux, avec lequel nous partageons un ADN commun. Mais nous ne proposons pas exactement les mêmes produits. Nous touchons une clientèle qui recherche davantage d’originalité et de modernité. De l’autre côté, se situent des marques sans identité "marine" telles que Harris Wilson, La Fée Maraboutée, Majestic, Not Shy… Elles sont présentes dans les mêmes points de vente que les nôtres et touchent une clientèle identique, avec une gamme au même niveau de prix.

Qui est la cliente type du Phare de la Baleine ?

Elle a passé la quarantaine, ou n’en est pas loin, et n’est pas forcément citadine. Elle est maman, voire jeune grand-mère. Son pouvoir d’achat est confortable. Elle est active, dans son travail ou dans ses occupations et voyage beaucoup. Elle est sensible à la société en général et à son environnement. Elle accepte de payer plus cher pour des vêtements de qualité dans lesquels elle se sent bien, et elle apprécie tout particulièrement que ces derniers soient fabriqués en Europe (Italie, Portugal). Elle aime la nature et en est respectueuse. Elle est en général très attachée à la marque Le Phare de la Baleine qu’elle achète depuis longtemps, pour elle ou pour ses enfants.

Avez-vous l’intention de la redéfinir ?

Non, c’est la cible que nous avons identifiée en observant notre marché depuis plus de 2 ans. Nous souhaitons seulement conquérir davantage la jeune quadra (vs. la clientèle plus âgée), nous donnons donc un peu plus de modernité à nos collections et à notre communication. Mais dans nos coupes et nos matières nous veillons à garder celle qui nous est fidèle depuis le début.

Le Phare de la Baleine : cap sur la distribution multimarque pour Claire Masson

Comment définissez-vous le style de la marque et quelles matières incontournables sont utilisées dans ses créations ?

Le Phare de la Baleine est une marque sportswear chic, féminine, de fabrication européenne. C'est seulement après 5 saisons que nous avons osé revenir totalement à l’ADN "Côte Ouest" de la marque, à savoir : une marque d’inspiration "bord de mer", possédant une qualité de matières et de finitions.

Pour nous, les matières incontournables sont le lin en été, et sur l’hiver, les matières douces, chaudes, et qualitatives comme le mohair, l’angora, la laine mérinos et le cachemire. Nous travaillons beaucoup le coton tout au long de l’année sur nos basiques et nos marinières. 95 pour cent de nos produits sont réalisés en Italie et au Portugal. Nous travaillons avec les pays de l’Est sur les pièces à manches (manteaux) car nous n’avons pas ce sourcing en Italie. Il nous est arrivé de travailler avec l’Asie pour des besoins spécifiques, mais en respectant les grades de qualité que nous nous sommes fixés.

Accordez-vous une place essentielle aux accessoires dans les looks ou sont-ils envisagés dans le cadre de ventes complémentaires ?

Nous avons beaucoup travaillé les accessoires sur les dernières saisons, mais nous savons que c’est une catégorie que nous devons développer davantage.

Avez-vous de grands projets pour Le Phare de la Baleine en 2018/2019 ?

Oui, nous sommes justement en plein "chamboulement" avec pour objectif d’atteindre l’équilibre la 3e année. C’est pourquoi, notre grand projet à partir de l’hiver 2018, est de nous concentrer davantage sur le réseau multimarque et de réduire la voilure sur nos boutiques en propre. Nous ne parvenons pas à atteindre la rentabilité sur notre parc de magasins pour différentes raisons, la saisonnalité de certains points de vente, certains loyers élevés, des emplacements moyens au trafic pas assez rentable...

Outre le fait qu'il ne s'agit pas forcément de notre métier d'origine, au regard de notre chiffre d'affaire, les moyens humains et financiers de ce mode de distribution sont pour nous énormes. Nous concentrer pleinement sur la distribution multimarque devrait nous permettre d’atteindre l'équilibre. Pour ce faire, nous avons déjà cessé l’activité de 12 boutiques depuis le mois de juin 2017 et stoppons les affiliations dont la plupart des emplacements ne nous amenaient pas le niveau de chiffre d'affaire espéré.

Nous avons également et surtout travaillé la collection hiver 2018 pour l'adapter complètement aux multimarques, mettant de côté toute contrainte retail. Cette collection se compose de 40 références (vs. 150 pour les précédentes), mais ce sont de références efficaces, avec beaucoup de coloris déclinés pour chaque produit. On note également un vrai retour aux sources qui met l’accent sur la maille, les marinières, le tout avec des matières de qualité. Nous avons fait le minimum sur les pantalons, les jupes, estimant que ces derniers ne correspondent pas à l’ADN de base du Phare de la Baleine.

Photos : Le Phare de la Baleine / DR.

 

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