Leïla Menchari, l’enjoliveuse en chef d’Hermès

Leïla Menchari, cette enchanteresse, avait pour vocation d’amener le rêve à la réalité. À presque 90 ans, l’artiste tunisienne, éprise de beau et d’absolu a présidé, entre 1978 et 2013, la décoration et le comité de la couleur de la soie chez Hermès et a réalisé 137 vitrines. La Maison vient de lui dédier une exposition au Grand Palais, du 8 novembre au 3 décembre dernier, intitulée «Hermès à tire-d'aile - Les mondes de Leïla Menchari », levant le voile sur ses meilleures mises en scène.

Il y a des gens dont le destin n’est autre que celui de sublimer la vie. Mettre en beauté des choses quotidiennes et créer de l’irréel, de l’extraordinaire, du rêve. Dans le luxe, Hermès est sans doute La Maison qui, grâce à son histoire et ses histoires, transporte volontier ses passionnés au fil du temps : à travers un Carré, un Birkin, une fragrance ou une vitrine. Il allait de soi que ces contes nomades, d’abord imaginés du bout du pinceau de Madame Menchari, contribueraient fortement à cette part « d’inaccessible »...

Leïla Menchari, l’enjoliveuse en chef d’Hermès

« Un talent à faire chanter la couleur des soies avec celle des cuirs »

Cette « Reine Mage » décrite par Michèle Gazier, écrivain et critique littéraire, dans son livre paru le 1er novembre 2017, « Leïla Menchari, la Reine Mage » qui accompagne l’exposition, avait un talent à faire chanter la couleur des soies avec celle des cuirs. Née près de Tunis en 1928 dans une famille plutôt moderne, la fillette découvrait ébahie les paysages de son pays, dont le fabuleux jardin créé par l’américain Jean Henson à Hammamet. Plus tard, elle se forme aux Beaux-Art de Tunis, puis à Paris avant d’être engagée chez Hermès.

« J’ai commencé à travailler avec Annie Baumel qui était, à l’époque, la grande prêtresse du Faubourg Saint-Honoré. Chez Hermès, elle avait lancé les lettres de noblesse des vitrines parce qu’avant c’était des étalages. On mettait les objets dans un catalogue. Là, elle a commencé avec des amis artistes comme Jean Cocteau ou Berard, qui la conseillaient de mettre de l’art dans les vitrines », disait-elle quelques années plus tôt lors d’une interview à ImagineFashion.com.

« Je suis allée la voir. Je voulais faire des décors de théâtre, d’opéra et de ballet. J’étais dans le rêve. Je lui ai montré mes dessins et elle m’a demandé, pour le lancement du parfum Calèche, de réaliser « une calèche extraordinaire ». J’ai appris avec elle comment on fabrique un rêve. Il faut de la discipline pour l’aspect technique qui est bien réel et beaucoup de rêve pour l’aspect illogique de l’ensemble. Le plus dur, mais aussi le plus satisfaisant est bien d’ammener le rêve à une réalité ».

Voyages entre Orient et Occident

Pour la peintre décoratrice de la maison Hermès, les voyages ont fait partie intégrante de sa carrière, notamment aux côté de Jean-Louis Dumas, président de marque jusqu’en 2006. Pour elle, la vitrine est bien plus qu’un simple appel d'achat esthétique où il faut être très complet : à la fois dessinateur, peintre, compositeur, metteur en scène… « La vitrine est une histoire sur un thème donné : l'Afrique, l'arbre, la galaxie... que l'on raconte en quatre livraisons annuelles, printemps, été, automne, Noël. Quatre récits qui nous invitent à passer de l'autre côté de la vitre, recueillait l’ouvrage « Les Vitrines Hermès : Contes nomades de Leïla Menchari » en 1999.

« Je raconte une histoire comme dans un théâtre et mes vedettes sont le cuir, la soie, les chevaux, où se croisent mes deux cultures, entre l’Orient et l’Occident... Les thèmes sont choisis para Hermès et, chaque année, et il y a un nouveau thème. En période de crise, je me demandais comment j’allais faire rêver les gens. Tout ce qui se trouve en vitrines sont des choses de la vie, mais elles sont présentées d’une telle façon que ça devient du surréalisme, ça devient onirique. Au 24 Faubourg, j’ai 13 vitrines, dont une grande. C’est comme un livre, page par page, puis une double page, et encore d’autres pages...Je veux happer le regard des passants qui se promènent et participent au théâtre de la rue, je suis ambitieuse », disait-elle encore en pleine activité.

Depuis 2014, c’est Antoine Platteau qui a repris le flambeau de décorer les vitrines du Faubourg Saint-Honoré. Artiste-décorateur pour le cinéma depuis 1990, il réalise aujourd’hui quatre volets du thème annuel choisi par Pierre-Alexis Dumas, directeur artistique d’Hermès.

Photos : courtoisie d’Hermès. Leïla Menchari dans l’une de ses vitrines par Edouard Boubat (1985)