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Le créateur Kerby Jean-Raymond et sa maison Pyer Moss ont donné samedi un coup de fouet à la Fashion Week de New York avec leurs cowboys noirs et l'évocation d'une autre histoire de l'Amérique, qui met en lumière l'apport des minorités.

Depuis ses débuts, le jeune designer de 30 ans est connu pour utiliser ses collections, et ses défilés, comme un moyen d'expression politique. Après les violences policières contre les hommes noirs et Wall Street notamment, il s'est intéressé cette saison à l'histoire de son pays, pour rendre hommage à ceux qu'elle a oubliés, souvent issus de minorités.

"Je voulais parler des sous-cultures de l'Amérique, des gens qui ont été laissés de côté, qu'il s'agissent d'Afro-Américains, d'Amérindiens ou d'Américains d'origine mexicaine", a-t-il expliqué à l'AFP après le défilé. Il s'agit d'un thème qu'il prévoit d'explorer sur plusieurs collections. "Pour la première, nous avons commencé avec le cowboy américain, dont l'histoire a été réécrite et blanchie", a-t-il lancé, car "le vrai cowboy est un homme noir."

Totalement absents des manuels scolaires mais aussi de toute l'imagerie d'Hollywood jusque récemment, les cowboys noirs ont pourtant bien existé et il est aujourd'hui admis qu'un quart des cowboys étaient afro-américains. Avec, au fond de la salle, une chorale de 18 chanteurs, Kerby Jean-Raymond a ainsi fait défiler des mannequins dont les vêtements reprenaient les codes du western, tout en les détournant joyeusement.

Les chemises brodées, les poches sur la poitrine, les vestes épaisses en velours côtelé, les chapeaux aux larges bords, tout y était, ou presque, porté par des mannequins quasiment tous noirs ou métisses. Après avoir longtemps opté pour une mode proche du sportswear, avec beaucoup de noir, Pyer Moss part au large et prend des risques, sans déstabiliser néanmoins son public, qui lui a fait une ovation debout à la fin du défilé.

Car les pièces allaient souvent bien au-delà d'une seule déclinaison actuelle de l'univers western, avec notamment ces pantalons très larges qui rappellent le style vacher des cowboys mais aussi une jupe, introduisant une féminité inattendue dans un vêtement considéré comme masculin par essence. Après plusieurs collections à la tonalité très sombre, Kerby Jean-Raymond semble plus enthousiaste. "Je pense que je n'en suis plus au même point", dit-il. "Je viens de racheter ma société", au terme d'une longue procédure judiciaire, et "je ne me bats plus contre quelqu'un tous les jours."

En fin de défilé, Pyer Moss a dévoilé des modèles de sa collaboration avec Reebok, qui amène l'équipementier dans une zone qu'il ne connaissait pas, comment en témoigne ce manteau de fourrure blanc avec "Reebok" peint en vert dessus. "Quand je leur ai montré ce manteau", se souvient-il en souriant, "ils m'ont insulté." (AFP)