Les écoles de mode françaises sous le feu des critiques

Le très apprécié Business of Fashion (BoF), site spécialisé dans l’information touchant à l’industrie de la mode et du luxe, vient d’ajouter sa puissante voix au concert des institutions qui entonnent depuis quelques mois une longue litanie de griefs envers les écoles de mode, et tout particulièrement les écoles de mode françaises.

Déjà lors de son retentissant manifeste anti-fashion publié en début d’année, Li Edelkoort avait pointé un doigt accusateur vers l’enseignement délivré par les écoles et les académies de mode qui, indiquait la célèbre prévisionniste « continuent d’enseigner aux jeunes étudiants à devenir des designers de podium, des divas. On continue à leur faire croire que la mission qui les attend est de devenir une personnalité hors normes, que personne ne pourra jamais égaler. En d’autres termes, les écoles continuent d’enseigner le principe de l’individualité farouche à des jeunes dont l’environnement, à l’heure des réseaux sociaux, est désormais basé sur le partage, sur la création en commun. De facto, l’enseignement de la mode est donc démodé ».

Auparavant, c’est Jean Bousquet, le fondateur de Cacharel qui avait mis les pieds dans le plat en affirmant qu’il manquait une grande école de mode d’un très haut niveau à Paris : "Tous les Français qui veulent apprendre la grande création rêvent d'étudier à Central Saint Martins. Et 80 pour cent des créateurs viennent d'Angleterre, de Belgique, des Etats-Unis. Il faut créer à Paris un établissement de haut niveau où tous les arts seraient enseignés, où se côtoieraient la mode, l'architecture, les beaux-arts, la photo car de la rencontre de tous ces arts naît la vraie création".

A son tour, Imran Amed, le fondateur et directeur de BoF, vient donc de publier un classement international des écoles de mode (réparti en deux catégories : programmes de Bachelor et programmes de Masters) où les établissements anglo-saxons se taillent la part du lion au détriment des écoles françaises quasiment absent du tableau d’honneur à l’exception de l’Institut français de la mode (IFM), classé septième grâce à son programme de masters.

L’étude portait sur 24 écoles réparties dans 12 pays. Elle a été élaborée par le biais de questionnaires auprès de 4032 étudiants. 60 critères composaient l’étude parmi lesquels se détachaient les questions concernant la qualité de l’enseignement, les notes du diplôme, les opportunités d’emploi. Un autre questionnaire concernant la réputation et l’influence des écoles en lice a été adressé à 88 professionnels du secteur afin de compléter l’étude.

Que reproche-t’on au final aux écoles de mode française ? D’après les propos du fondateur de Cacharel, on les blâme de ne fournir qu’un pourcentage trop faible de créateurs dans les grandes maisons de mode. Des assertions proches du ressenti qui d’ailleurs ne résistent pas à un examen scrupuleux.

« Les établissements anglo-saxons privilégiés ? »

Des voix s’élèvent cependant pour défendre l’enseignement prodigué dans l’hexagone. Au journal LeMonde qui a repris l’étude publié par BoF, Susan Taylor-Leduc, directrice de l’école Parsons Paris apporte quelques nuances notamment sur la méthodologie employée par Imran Amed. Tout d'abord l'étude n'a interrogé que trois écoles parisiennes, excluant ainsi du classement, de façon tout à fait inéquitable, des écoles françaises remarquables. Et parmi les trois écoles interrogées (IFM, ESMOD, L'école de la Chambre Syndicale de la Couture), BoF affirme que l'une n'a pas répondu (ESMOD), et qu'une autre a répondu trop tard (L'Ecole de la chambre syndicale de la Couture). Une affirmation qui surprend le groupe ESMOD international. "Ce n'est pas dans les coutumes de l'école de ne pas répondre à une demande" indique Christine Walter Bonini, Directrice générale de Esmod International. Nous allons lancer une recherche pour comprendre où cette demande a été adressé".

Delphine Wharmby, directrice marketing et communication de l’IFM conclue en évoquant quant à elle sa surprise de ne voir qu’une école française dans ce classement. « Business of Fashion est un média reconnu et très consulté dans l’industrie de la mode. Il produit des traitements fouillés, mais il a peut-être un biais vis-à-vis des établissements anglo-saxons qu’il privilégie ».

Enfin, notons que la philosophie des écoles anglo-saxonnes et des écoles françaises n’est pas la même. Si la recherche du nouveau génie créatif qui révolutionnera le style est souvent le saint Graal qui anime les établissements anglais, les écoles parisiennes, par tradition et par esprit pratique, considèrent la mode non pas comme un art mais comme une source d’emplois. Elles enseignent le stylisme bien sûr mais aussi (et avec la même scrupuleuse énergie) les matières moins médiatiques comme le modélisme ou le marketing. Car la mode est un vaste milieu fourmillant de métiers créatifs qui ne sont pas tous mis sous les feux de la rampe mais qui sont tous pourvoyeurs de salaires. Ces métiers sont tous enseignés avec force dans l’hexagone.

 

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