Les plus grandes controverses dans l’industrie de la mode en 2018

"Qu'on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L'essentiel, c'est qu'on parle de moi”. Les entreprises de mode qui seront mentionnées dans cet article auraient vraiment préféré que cette citation soit véridique ! Après avoir fait la une des journaux en 2018 suite à des controverses, ces entreprises ont ensuite tenté de redorer leur blason. Sans plus attendre, voici les plus grandes controverses qui ont secoué la mode cette année.

On ne joue pas avec le poids

En janvier, la marque éponyme de Victoria Beckham a été fortement critiquée en raison d'une campagne publicitaire mettant en scène le mannequin lituanien Giedre Dukauskaite, considérée comme "dangereusement mince" par les utilisateurs des médias sociaux. Ce n'était pas la première fois que la marque était accusée de promouvoir une image corporelle malsaine : en 2010, la créatrice de mode et ancienne Spice Girl s'est engagée à n'utiliser sur les podiums que des mannequins d'apparence saine après avoir essuyé des critiques similaires.

Un autre label britannique, New Look, s'est également retrouvé dans la tourmente pour les mêmes raisons en 2018. Le détaillant a été accusé d'appliquer des frais jusqu'à 15 pour cent plus élevés sur des articles pour grandes tailles. New Look a promis de revoir sa structure de prix à la suite de l'indignation du public.

Victoria's Secret est critiqué depuis longtemps pour avoir fait la promotion de normes de beauté irréalistes, mais il semble maintenant que ces critiques affectent les finances de l'entreprise. La PDG Jan Singer, a quitté son poste en novembre, suite aux vives critiques sur le manque de diversité dans les célèbres défilés de mode et campagnes publicitaires du label. Bien que le show présente un nombre croissant de modèles de couleur, peu de choses ont changé depuis les années 1990 quand il s'agit de la taille du corps. De plus, le directeur du marketing Ed Razek a déclaré que le défilé ne devrait pas inclure des mannequins transsexuels parce qu'il est censé "faire rêver". Il s'est par la suite excusé pour ses remarques, mais cela n'a pas empêché le départ de la PDG.

Les ventes de Victoria’s Secret ont considérablement chuté ces derniers temps, car les consommateurs se tournent vers des options plus confortables et des marques qui favorisent la diversité, comme Savage x Fenty de Rihanna. Lancée cette année, la marque de lingerie co-conçue par la popstar a été applaudie pour avoir présenté des modèles de différentes couleurs, formes et genres lors de son défilé de mode à la New York Fashion Week.

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Des entreprises de mode touchées par des d'accusations de harcèlement sexuel

Les mouvements #MeToo et #TimesUp ont fait leur chemin et ont touché l'industrie de la mode en 2018. Deux hommes d'affaires de premier plan ont été accusés d'inconduite sexuelle. D'abord, le président de Guess, Paul Marciano a quitté son poste après que le mannequin Kate Upton l'ait accusé de l'avoir touchée de manière inappropriée quand elle avait 18 ans. Des accusations que l’homme a nié. Plus tard dans l'année, le journal britannique The Telegraph a déclaré avoir été empêché de publier une enquête de huit mois sur un homme d'affaires puissant accusé par plusieurs employés d'intimidation et de harcèlement sexuel.

Mais l'injonction n'a pas servi à grand-chose, car quelques jours plus tard, M. Peter Hain a déclaré au Parlement britannique que Sir Philip Green, président du groupe Arcadia, était la personne accusée. Topshop, marque phare du groupe, a alors chuté dans l'opinion des consommateurs à la suite du scandale, et la popstar Beyoncé a décidé de racheter la participation de 50 pour cent d'Arcadia dans sa marque de sport Ivy Park.

Guess et Topshop n'étaient pas les seules marques de mode dont l'image a été endommagée par des accusations d'inconduite sexuelle. En août dernier, Nike était poursuivi pour discrimination sexuelle par d'anciennes employées, qui ont déclaré que les femmes étaient "dévalorisées et avilies" dans l'entreprise, payées moins que leurs collègues masculins, et ignorées quand elles se sont plaintes de toutes ces problématiques. Ces poursuites faisaient suite à une enquête menée par le New York Times, qui a révélé une longue histoire d'employées féminines ayant été promues et soumises à des comportements inappropriés de la part de leurs supérieurs. La controverse a conduit plusieurs cadres supérieurs à quitter Nike.

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Entre hommage et plagiat

Où finit l'hommage et où commence le plagiat ? C'est une question fréquente dans la mode et 2018 n'a pas manqué de susciter des controverses liées au plagiat. La créatrice de mode britannique Vivienne Westwood a dû publier des excuses aux jeunes créateurs Louise Gray et Rottingdean Bazaar pour avoir utilisé leurs graphiques sur des T-shirts sans permission. Quelques mois plus tard, Moschino a été démasqué par le très redouté compte Instagram, Diet Prada, qui a noté la similitude de ses pièces printemps/été 2019 avec celles de la collection printemps/été 2017 d'Edda Gimnes. Le couturier à la retraite Thierry Mugler a également été outré lorsqu'il a vu la collection printemps/été 2019 de Balmain. Il a pris Instagram à témoin et a comparé les pièces d'Olivier Rousteing à ses propres dessins.

Mais la plus grande controverse de l'année a peut-être eu lieu lorsqu'un créateur de mode a été accusé de s'être plagié... lui-même. Hedi Slimane, ancien directeur créatif de Saint Laurent, est revenu dans le monde de la mode après des années à se concentrer sur son travail photographique. Ses débuts à la tête de la maison de luxe française Céline étaient très attendus par les fashionistas du monde entier, mais ont été considérés comme une répétition de son travail passé, une fois la collection dévoilée.

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Les entreprises blâmées pour les bas salaires versés aux employés

La même année où le président d'Amazon, Jeff Bezos, est devenu la personne la plus riche du monde, un rapport de l'organisation à but non lucratif New Food Economy a révélé que l'e-commerçant est l'une des entreprises américaines ayant le plus d'employés bénéficiant des avantages du SNAP, également connu sous le nom de bons alimentaires. En Arizona, par exemple, près d'un employé d'Amazon sur trois avait des coupons alimentaires ou vivait avec une personne qui y avait droit en 2017. Le sénateur Bernie Sanders a été l'une des voix qui ont reproché à Amazon de ne pas avoir versé un salaire de subsistance à tout son personnel. Les critiques croissantes ont conduit le géant du commerce électronique à augmenter son salaire minimum à 15 dollars US de l'heure pour l'ensemble de ses 250 000 employés à temps plein, temps partiel, temporaires et saisonniers. La nouvelle politique est entrée en vigueur en novembre.

Au Royaume-Uni, les détaillants de mode Karen Millen et Show Zone ont fait l'objet de critiques similaires après avoir été montrés du doigt par le Department of Business, Energy and Industrial Strategy (BEIS) pour avoir sous-payé plus de 9.000 travailleurs. Non seulement les deux entreprises ont été forcées de rembourser jusqu'au dernier sou, mais elles ont également été condamnées à des amendes.

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Les campagnes publicitaires les plus controversées

Les jeunes consommateurs sont prêts à dépenser plus d'argent pour des marques qui partagent leurs valeurs, ce qui conduit de nombreuses marques de mode à s'exprimer davantage sur des questions politiques. Cependant, peser sur la politique peut aussi être risqué pour les affaires, comme le prouvent ces deux entreprises en 2018. En juin, United Colors of Benetton a essuyé des vives remarques pour une campagne de publicité décrivant des migrants africains secourus en mer alors qu'ils tentaient de rejoindre l'Europe. Non seulement l'annonce a été jugée de mauvais goût par de nombreux consommateurs, mais l'ONG qui a pris la photo a également accusé l'entreprise d'utiliser une image sans autorisation.

Moschino a également essayé de prendre position sur les politiques d'immigration de Trump, mais a été critiquée. L'une de ses campagnes 2018 mettait en scène les modèles Gigi Hadid et Kaia Gerber recouverts de peinture bleue et verte. Légende : "La seule chose illégale à propos de cette étrangère, c'est à quel point elle est belle", une référence claire au président américain, qui utilise souvent le mot "étrangère" pour désigner les immigrants sans papiers. De nombreux consommateurs ont qualifié les publicités d'"insensibles et sourdes", obligeant le directeur artistique de la marque, Jeremy Scott, à s'expliquer.

Mais le prix de la campagne publicitaire la plus dommageable de 2018 revient définitivement à Dolce & Gabbana, qui a dû annuler un grand défilé de mode en Chine en raison d'un tollé public concernant une campagne publicitaire mettant en scène une femme chinoise essayant de manger italien avec des baguettes. À la fin, en essayant de manger un cannoli, une voix masculine lui demande : "C'est trop grand pour toi ?". Les utilisateurs de médias sociaux non seulement de Chine mais du monde entier ont trouvé la publicité raciste et sexiste, et la situation n'a fait qu'empirer après le dévoilement par Diet Prada d'une série de captures d'écran de Stefano Gabbana se disputant avec des utilisateurs d'Instagram au sujet de la publicité. Gabbana aurait dit que les publicités n'étaient pas racistes parce que "tout le monde sait que les Chinois utilisent des baguettes et mangent des chiens" et la publicité n'a été retirée des médias sociaux chinois que parce que son équipe est "aussi stupide que la supériorité chinoise". Enfin et surtout, le créateur de mode aurait appelé la Chine "un pays de[série d'émojis de merde]". En conséquence, les célébrités chinoises se sont engagées à ne plus jamais porter Dolce & Gabbana et les sites de commerce électronique opérant en Chine ont retiré les articles D&G de leur catalogue. Aïe.

Cet article a été publié à l'origine sur FashionUnited.com; traduit et édité en français par Sharon Camara

Photos : courtoisie de Moschino ; Slaven Vlasic / GETTY IMAGES Amérique du Nord / AFP ; Moschino SS19, Catwalkpictures.com ; courtoisie de Sustainable Clothing Production ; Facebook Benetton.

 

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