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Sortir les poubelles : l'histoire d'amour entre la mode et le mauvais goût

La mode flirt dangereusement avec le mauvais goût. En une seule semaine, nous avons été scandalisés par le sac Ikea de Balenciaga, vendu à 1970 euros et le jeans Dirty de Nordstrom à 390 euros. Dans la nouvelle ère de Donald Trump, la classe ouvrière revient sur le devant de la scène, et, ironiquement, cela rappelle à la classe dominante les vieux jeans qu’on mettait à l’époque pour travailler dans les champs.

Changer le visage de la vulgarité

Il n'y a pas si longtemps, la vulgarité avait une signification négative. On montrait du doigt ces créatures en voie d'extinction, avec des casquettes criardes, des bijoux fantaisie en or ou des joggings rose en peau de pêche ou en satin, à la peau auto-bronzée, aux cheveux peroxydés et fanatiques de chirurgie plastique : celui qu’on appelait alors le Nouveau riche. Le look Dior Couture Automne 2000 pourrait en être l’illustration parfaite.

Sortir les poubelles : l'histoire d'amour entre la mode et le mauvais goût

A presqu’aucun autre moment dans l’histoire de la mode, notre façon de nous habiller n’avait autant été un marqueur de notre classe sociale, donnant, à ceux qui investissaient massivement dans les produits de luxe, un sentiment de supériorité. Elle divisait les gens de multiples façons et était un moyen de montrer aux autres, moins chanceux, que nous avions réussi, que nous étions l’élite. Les imitations étaient mal vues. Les Milanais ont tendance à croire que les femmes de Rome et du Sud de l’Italie ont moins de styles et sont plus vulgaires, tout comme les New-Yorkais considèrent les Texans. Mais aujourd’hui, les codes ont changé.

Les perceptions ont changé. Les moches sont devenus marrants ; le kitsch s’il est porté par Kendall devient un must-have. Et si vous ne comprenez pas, alors c’est que vous n’êtes pas cool.

Sortir les poubelles : l'histoire d'amour entre la mode et le mauvais goût

Jeremy Scott a fondé sa carrière sur la vulgarité et a trouvé un nouveau terrain fertile avec Moschino, qui lui a permis de jouer avec ses obsessions et lui a donné une opportunité de créer des vêtements inspirés de McDonalds ou de Barbie.

Le retour des Birkenstocks et des tongs nous avait préparé à apocalypse du bon goût : la tendance des Crocs pour le Printemps 2017, avec la collaboration de Christopher Kane. Les fans de mode les plus hardcores ont pu faire une pierre deux coups avec celle-là. Mais, pour enfoncer le clou, le créateur fit défiler le modèle en version fourrure. Enfin il faut citer les T-shirts de Vetements, imprimés DHL, à 330 dollars, vendus et repris partout dans le monde.

Sortir les poubelles : l'histoire d'amour entre la mode et le mauvais goût

Tout le monde souhaite être considéré comme cool. Après le buzz sur le sac de Balenciaga, inspiré par Ikea, le géant du meuble suédois a mis en ligne une liste humoristique de cinq façons d'identifier un faux sac Ikea comme vérifier s'il bruissait, s’il pouvait transporter des briques ou être lavé à grandes eaux. Il n'y a pas si longtemps, c’étaient les authentiques sacs Fendi ou Louis Vuitton que nous cherchions à identifier.

Se faire remarquer

« Je crois beaucoup en la vulgarité - si elle est énergique. Un peu de mauvais goût, c’est comme une bonne dose de paprika », a déclaré la légendaire Diana Vreeland.

Mais pour les créateurs d'aujourd'hui, c'est un réel bouleversement. Il existe un rejet du modèle bourgeois à l'ancienne et du snobisme, une envie de laisser de côté la Haute couture. Bien sûr, le prix reste encore un obstacle, mais à première vue, les choses semblent plus démocratiques, tout comme le terme « politiquement correct » qui est devenu négatif pour beaucoup, quelque chose contre lequel il faut se battre. Mais la mode l’affirme : « Vive le faux Pas ! »

Et pourquoi pas ? La seule question qui subsiste : Vous en voulez encore ?

Par la contributrice Jackie Mallon, professeure de plusieurs cours sur la mode à New York et auteure de Silk for the Feed Dogs, un roman sur l’industrie de la mode internationale.

Photos : Dior Couture, Jean-Pierre Muller / AFP, Moschino, Tiziana Fabi/ AFP, nordstrom.com; balenciaga.com, ikea.com