Un nouveau rapport du CFDA expose les inégalités dans l'industrie de la mode

Alors que les États-Unis célèbrent ce mois-ci le Black History Month, le CFDA a publié un rapport sur l'état de la diversité, de l'équité et de l'inclusion dans la mode. Un corpus de recherche de 36 pages commencé en 2018 en partenariat avec le groupe PVH Corp (Calvin Klein, Tommy Hilfiger). Le document décrit la myriade d'injustices dans l'industrie de la mode et cherche à élever les voix de ses sous-représentés. Les notions d'alliance et d'intersectionnalité sont également abordées et s’inscrivent dans le cadre d'une mission soutenue par le Council of Fashion Designers of America afin de créer un changement tangible et mesurable dans l'industrie qu'il supervise.

« Nous sommes reconnaissants du partenariat continu de PVH avec le CFDA, qui nous permet de répondre aux besoins importants de la mode américaine », a déclaré Steven Kolb, PDG du CFDA.

Des opportunités pour plus de diversité

Le rapport est le résultat d'une enquête menée par McKinsey & Company à l'automne 2020 auprès de plus de 1 000 professionnels du secteur dans 41 entreprises et issue de 20 entretiens avec des parties prenantes et de trois groupes de discussion avec des étudiants et des designers émergents. L'enquête indique que des progrès ont été réalisés, mais il reste encore beaucoup à faire. 59 pour cent des personnes interrogées déclarent que leur entreprise a pris des mesures en réponse à l'injustice raciale, mais 16 pour cent ne pensent pas que cela conduira à un changement durable et 40 pour cent ne savent pas si elles le feront. À partir des données, six domaines clés d'opportunités sont identifiés : la sensibilisation, l'accès, la promotion, le plaidoyer, l’indemnisation et l'appartenance. Pour reprendre les termes de la déclaration d’intention liminaire du rapport : parvenir à l’équité et à la parité totale prendra du temps et exigera de nous tous un investissement dans ce qui a été et continuera d’être un effort collectif. Chaque pas en avant nous rapproche de notre objectif commun.

Un peu moins d’un quart des employés des grandes entreprises déclarent ne pas croire que les meilleures opportunités vont aux plus méritants, contre 15 pour cent des employés des petites entreprises. Parmi les employés de couleur, 23 pour cent remettent en question la méritocratie contre 16 pour cent des employés blancs.

Manque de représentation dans la direction et faible taux de promotion pour les employés non blancs

Le rapport fait référence aux données de Mc Kinsey de 2019 qui ont révélé que les employés de couleur ne représentent que 16 pour cent des postes C-suite (les cadres supérieurs les plus importants d'une société) et 15 pour cent des sièges du conseil d'administration, bien qu'ils représentent 32 pour cent des postes junior. En revanche, les hommes blancs représentent plus de la moitié des postes de direction (54 pour cent) et la majorité des sièges au conseil d'administration (72 pour cent), bien qu'ils ne représentent que 26 pour cent des postes de niveau d'entrée. Dans un échantillon de dix grandes entreprises de mode et de vêtements aux États-Unis, seuls trois employés de couleur au niveau C-suite étaient des responsables de la diversité, faisant généralement partie des départements des ressources humaines de leur organisation.

Les cooptation bénéficient de manière disproportionnée aux employés blancs. Seulement 11 pour cent des employés noirs ont trouvé un emploi dans la mode par l'intermédiaire d'amis ou de membres de leur famille, contre 26 pour cent du total des répondants. Les personnes racisées interrogées ont déclaré que leur appartenance ethnique a eu un impact négatif sur la possibilité d'augmentations et de promotions (26 pour cent d'employés de couleur contre 1 pour cent de répondants blancs), en particulier les répondants noirs (40 pour cent) et asiatiques (27 pour cent). Les employés de sociétés dites Latinx rapportent les taux les plus bas lorsqu’il s’agit d’avoir quelqu'un qui les défend fréquemment (28 pour cent contre 44 pour cent d'employés blancs).

Autres faits signalés dans le rapport : un manque de diversité dans les postes de direction, moins d'accès au cooptation pour les talents noirs et moins de chances que les candidats noirs soient promus à des postes de direction. Pour illustrer ces difficultés, un répondant a déclaré : « Il est difficile pour les personnes de couleur de saisir des opportunités qu’elles ne connaissent même pas. »

Les étudiants noirs considèrent la carrière de la mode comme inaccessible ou peu accueillante

Ne pas avoir conscience des possibilités de carrières dans l'industrie de la mode est un problème au sein de certaines communautés, et les écoles de mode devraient jouer un rôle en tant que source clé dans l’accès. Toutefois, une analyse des étudiants de six des meilleures écoles de mode américaines révèle des opportunités manquées dans la représentation des Noirs et des obstacles financiers. Les stages peu rémunérés ou non rémunérés - un pan important du cursus pour les diplômés de la mode - excluent les candidats qui se trouvent obligés de choisir un emploi payant 15 dollars de l'heure plutôt que de déménager à New York et de ne pas recevoir de salaire durant une période indéterminée. Les étudiants noirs interrogés ont exprimé leur scepticisme quant au changement durable malgré les conversations en cours, partageant l'opinion que la culture noire est à la mode aujourd’hui mais passera, tandis que leurs préoccupations concernant la poursuite d'une carrière dans l'industrie de la mode resteront.

Bien que le racisme systémique existe dans toutes les industries, le rapport du CFDA explore des axes uniques dans la dynamique du lieu de travail de l'industrie de la mode. L'importance du « goût », de l'intégration dans une « esthétique » peut avoir un impact négatif sur l'avancement de la carrière des personnes de couleurs, ainsi que sur le recours à des connexions et des réseaux. De plus, les employés noirs déclarent se sentir moins bien armés pour leur premier emploi que les Blancs et 38 pour cent se sentant « pas du tout armés ».

La conclusion peut-être la plus inquiétante est que les personnes de couleurs ne se sentent tout simplement pas à leur place dans l'industrie de la mode, les répondants noirs indiquant un environnement de comportement non inclusif. 23 pour cent ont observé un comportement biaisé, le plus souvent concernant la race ou l'apparence physique d'une personne. En outre, deux employés noirs sur trois ont déclaré être la seule personnes racisées dans la pièce, ce qui pour 63 pour cent d'entre eux a conduit à des sentiments de pression quant à leur performance, et 55 pour cent ont le sentiment qu'ils devaient parler au nom de tous ceux qui leur ressemblent. « Un confrère blanc m'a dit que je n’avais pas à m'inquiéter des licenciements parce que [l'entreprise] ne peut pas licencier de personne noire, ou bien ils formulent leur pensée selon laquelle j'ai eu une promotion parce que je suis Black », a déclaré un responsable de la mode noir travaillant pour une marque de luxe.

Malgré l'apparence d'inclusivité de notre industrie envers la communauté LGBTQ +, les micro-agressions envers les employés LGBTQ + abondent. 18 pour cent de ces répondants refusent de recommander notre industrie à d'autres personnes de la communauté LGBTQ +.

Les conclusions du rapport donnent à réfléchir mais n’ont rien de surprenant. L'industrie de la mode doit faire face à ses échecs historiques et se mettre au travail en connectant, nourrissant et soutenant ses créatifs de couleurs, en éliminant le capacitisme et l'âgisme, en remodelant un lieu de travail déconnecté en un environnement accueillant contemporain. À cette fin, le rapport propose une boîte à outils afin de conduire un changement holistique qui pourra émerger grâce aux efforts collectifs et aux actions quotidiennes des individus, des entreprises, des établissements d'enseignement et des associations de financement. Selon Steven Kolb, PDG de la CFDA : « Avec les résultats et la boîte à outils de l’étude, nous nous tournons vers les parties prenantes de l’industrie pour nous aider à créer une industrie diversifiée, équitable et inclusive ».

Image de CFDA.com

Cet article a initialement été écrit pour FashionUnited.com. Il a été traduit et édité en français par Julia Garel.

Le journaliste de mode Jackie Mallon est également éducateur et auteur de Silk for the Feed Dogs, un roman qui se déroule dans l'industrie internationale de la mode.

 

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