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À Montbron, un site Hermès redonne vie au territoire

By AFP

11 janv. 2022

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Crédit : PHILIPPE LOPEZ / AFP

Montbron (France) - Après le “naufrage”, une bouffée d’oxygène : au pays de la charentaise, Montbron, bourg rural délaissé par ses fleurons du textile et du chausson, a repris vie grâce à l’arrivée il y a 10 ans d’Hermès, le champion international du luxe Made in France.

Dans un bâtiment de bois et pierre blonde de Charente, munis de marteaux et d’aiguilles, les 260 artisans de la Maroquinerie de la Tardoire cousent, tapotent, astiquent les pièces de peau qui donneront vie aux portefeuilles et sacs de l’enseigne à la calèche.

“On fait nos pièces de A à Z, c’est glorifiant, ce n’est pas un travail d’usine”, confie Isabelle Cassard, 49 ans, dans l’un des 8 ateliers avec vue imprenable sur la campagne et ses paisibles voisines, les vaches limousines. Ici, le contraste avec la désindustrialisation française que combattent les candidats à l’Elyséee est saisissant.

Formation “maison”

Comme cette ancienne responsable de rayon à Intermarché, les artisans-maroquiniers ont suivi une formation “maison” exigeante de 18 mois pour apprendre à maîtriser les savoir-faire Hermès avant d’être en capacité de confectionner les sacs en autonomie. Spécificité de la maison, les recrutements se font sans critères d’âge, ni d’expérience, majoritairement parmi des personnes en reconversion, guidées par l’envie de faire “du beau”.

En posant ses bagages de luxe à Montbron en 2012, Hermès a recruté au total 280 salariés, la plupart dans le bassin d’emploi proche et à Angoulême, pour compléter son pôle Sud-Ouest qui compte deux autres sites à Nontron (Dordogne) et Saint-Junien (Haute-Vienne).

“Ce que la mondialisation nous a pris, elle nous l’a rendu dans un deuxième temps. En cinq ans, on a quasiment compensé les 300 emplois perdus depuis les années 90 dans le textile et les charentaises”, résume avec fierté Gwenhaël François, éleveur de vaches limousines et maire macroniste de ce bourg de 2 100 âmes, à 30 km d’Angoulême. Le salaire des artisans - jamais divulgué - y dépasse le smic et peut atteindre un 16e mois, en comptant primes et intéressements. “Bien mieux que le textile”, assure l’élu depuis 2004.

Selon la Chambre de commerce et d’industrie de Charente, le secteur de la “fabrication d’articles de voyage, de maroquinerie et de sellerie” était en 2020 le premier employeur privé de l’intercommunalité, quand la fabrication de chaussures fournissait encore l’essentiel des emplois en 2010.

“Planche de salut”

Même si la charentaise renaît peu à peu au sein de petites entités, le territoire a été marqué au fer rouge par la déconfiture de ses fleurons, des chaussons du bassin de La Rochefoucauld aux tricots Angel Moreau et aux couvertures Toison d’Or. Bricq (textiles techniques) qui avait employé jusqu’à 400 salariés n’en compte plus que quelques dizaines. “La commune voyait sa jeunesse s’en aller et devenait tout doucement un village-dortoir”, dit son maire.

“C’était un naufrage industriel, et Hermès est devenu une planche de salut”, affirme son prédécesseur, ex-sénateur et ancien président socialiste du département, Michel Boutant, l’un des promoteurs de l’implantation du site. “Si au final très peu de nos artisans sont issus des anciennes industries du textile ou du chaussant, le groupe est sensible aux traditions manufacturières et artisanales d’un territoire. Au-delà de l’empreinte, l’exigence de qualité de ces métiers reste”, souligne Emmanuel Pommier, directeur général du pôle artisanal Hermès Maroquinerie-Sellerie.

Avec son modèle d’entreprise artisanale “ancré dans les territoires”, Hermès compte plus de 4 000 artisans selliers-maroquiniers répartis dans 19 ateliers en France et vise 600 nouveaux recrutements en 2022, dont 70 sur le pôle sud-ouest, pour répondre à une demande internationale galopante. Cet automne, Montbron sera doté, comme les autres pôles, de sa propre école de formation qui délivrera un CAP maroquinerie.

Encore une bonne nouvelle pour Montbron, où le maire ambitionne de rénover 20 meublés pour accueillir les nouveaux venus. À l’arrivée de Hermès et d’une trentaine de nouvelles familles, deux classes ont rouvert dans l’école - elle en perdait une tous les 4 ans. De nouveaux commerces de bouches et des artisans d’art ont fleuri avec le soutien de la municipalité, qui rachète et rénove des bâtisses décrépies.

“On a vu des maisons se rénover avec des volets ouverts au lieu d’être fermés”, confirme Annabelle Fontanges, artisan chez Hermès. “Tout n’est pas réglé”, mais pour le maire, une chose est sûre, “on ne nous voit plus pareil”. (AFP)