Daniel Zhang, très discret numéro deux d'Alibaba, est un stratège crédité d'avoir musclé les plateformes du géant chinois du commerce en ligne, même s'il ne partage pas le charisme du patron-fondateur Jack Ma dont il prendra la suite.

Selon le plan de "succession" dévoilé lundi, Jack Ma quittera la présidence d'Alibaba dans un an pile pour la confier à Daniel Zhang, directeur général depuis 2015.

Ce passage de flambeau n'était pas inattendu: M. Ma, emblématique co-fondateur du groupe en 1999, avait abandonné son poste de directeur général dès 2013, ne gardant qu'une fonction de "président exécutif" chargé de la stratégie.

M. Zhang, 46 ans, saura-t-il s'affranchir de l'aura de son légendaire mentor? De l'extérieur, difficile d'imaginer un profil plus opposé: loin de l'exubérance de Jack Ma, Daniel Zhang, as de l'audit réputé pour sa rigueur, affiche un calme olympien, laisse peu transparaître ses émotions et se montre avare d'apparitions en public.

Pour autant, on lui prête en coulisses des résultats exceptionnels: les médias chinois lui attribuent le mérite d'avoir transformé le laborieux "tracteur" de Jack Ma en puissant "Boeing 747" de l'e-commerce, via une ambitieuse stratégie appliquée minutieusement.

Originaire de Shanghai, capitale financière de la Chine, où il a fait des études de comptabilité à université locale de Finance et d'Economie, M. Zhang a commencé sa carrière comme auditeur du cabinet PriceWaterhouseCoopers.

Il est ensuite chargé des comptes d'une firme de jeux vidéo en pleine ascension, avant de rejoindre en 2007 Alibaba comme directeur financier des plateformes de vente.

Daniel Zhang est crédité du développement de Tmall, une plateforme qui introduit des échanges entre entreprises et particuliers --faisant s'envoler les recettes publicitaires dans la foulée.

De même, c'est M. Zhang qui a l'idée du plus fou coup marketing d'Alibaba, la "fête des célibataires" du 11 novembre, occasion d'une journée de soldes-monstres qui génère chaque année des volumes de transactions ahurissants. Directeur des opérations en 2013, il devient DG en 2015.

Avec Zhang aux manettes, Alibaba a profité de l'essor des transactions mobiles (plus de 80 pour cent des achats passés aujourd'hui sur ses plateformes), tandis que son chiffre d'affaires doublait presque.

Dans l'ombre de Jack Ma, l'austère M. Zhang, passionné de football et de basketball, est réputé se tenir à l'écart des batailles mais former derrière lui des équipes de protégés loyaux et imbattables.

"Jack Ma est incroyablement charismatique, Daniel Zhang ne l'est pas. C'est un cador, mais cela se voit lors des conférences de presse que ce n'est pas son truc", commente Jeffrey Towson, investisseur et professeur à l'Université de Pékin.

Pour autant, les membres de la direction d'Alibaba "sont tous diablement intelligents, c'est une équipe de premier ordre", insiste-t-il.

Sous la direction de Daniel Zhang, Alibaba a accéléré une stratégie de diversification tous azimuts, investissant dans les magasins traditionnels, le "cloud", les contenus numériques, la livraison de repas à domicile... autant d'activités permettant de conforter l'écosystème d'Alibaba tout en élargissant son audience.

"Dans le monde des affaires, l'excitation n'est jamais terminée, la concurrence est toujours renouvelée", avait confié M. Zhang dans un entretien cette année. "Il faut rester en éveil, dormir les yeux ouverts et ne jamais cesser d'apprendre et d'innover". (AFP)