De DRH à CEO : Comment l'approche humaine de Catherine Gallais a hissé RougeGorge à la 2ème place du marché
Arrivée en 2009 à la tête d'une petite enseigne de lingerie contrainte de changer de nom, Catherine Gallais quitte aujourd'hui RougeGorge Lingerie en numéro deux du marché, derrière Etam. Portrait d'une dirigeante atypique, venue des ressources humaines, pour qui la stabilité n'a jamais rimé avec immobilité.
Dix-sept ans. Dans la mode, où les directions générales tournent souvent au rythme des collections, la longévité de Catherine Gallais chez RougeGorge Lingerie fait figure d'exception. Elle-même dit ne pas avoir vu le temps passer. « J'ai eu l'impression que ces 17 ans sont passés à une vitesse folle, parce qu'il y a eu plein de changements », confie-t-elle à FashionUnited, quelques jours après avoir passé le relais à Elya Hasson, directrice générale depuis le 1er octobre 2026.
L'enseigne nordiste qu'elle laisse compte quelque plus de 235 magasins en France et en Belgique, environ 1 000 collaborateurs et un chiffre d'affaires consommateur de 120 millions d'euros. Mais lorsqu'on lui demande quel moment résume le mieux cette aventure, elle remonte tout au début, à un pari risqué : changer de nom. Une contrainte devenue projet d'entreprise
Lorsque Catherine Gallais prend la direction de l'enseigne en mai 2009, celle-ci s'appelle encore Cannelle. Née en 1992 sous le nom de Phildar Lingerie, elle compte alors 130 points de vente et sort d'une année 2009 sans croissance, sous la pression des acteurs à bas prix. Pour des raisons juridiques, l'entreprise doit abandonner son nom.
« Ce n'était pas du tout le caprice d'une nouvelle DG qui a envie de rebaptiser. Changer de nom, c'est même très risqué », souligne-t-elle. Plutôt que de subir l'obstacle, elle en fait un levier : « On a fait d'une contrainte une opportunité, pour remobiliser l'entreprise autour d'un projet d'entreprise, en donnant du sens. » Le changement est préparé avec les équipes et s'accompagne d'une refonte de l'image, de la communication et de l'offre. Les magasins basculent sous l'enseigne RougeGorge Lingerie en 2010. « C'est vraiment la première pierre », résume-t-elle.
Le nom lui-même n'est pas de son fait. Elle rêvait d'un nom court et international ; une agence de graphisme et un vote des équipes en ont décidé autrement. « Le rouge, c'est la couleur de la femme, de la passion, et la gorge, c'est quand même la poitrine », sourit-elle avant de rappeler : « Un nom n'est rien. C'est la personnalité que vous allez lui donner. »
Des ressources humaines au fauteuil de DG
Le parcours de Catherine Gallais détonne dans un secteur où les dirigeants d'enseigne viennent plus volontiers de la finance ou du marketing. Diplômée de Sciences Po, elle découvre le commerce en travaillant chez Auchan pour financer ses études, avant d'y être recrutée. Elle y mène plus de 20 ans de carrière dans les ressources humaines, puis rejoint Pimkie en 2005 comme DRH internationale avant de diriger la zone Nord-Ouest de l'enseigne.
« Je sais que je suis atypique, à la fois par ma longévité sur ce poste et par mon profil », reconnaît-elle. Ce bagage RH a, dit-elle, « certainement coloré » son management, fondé sur une forte confiance accordée aux équipes. Mais elle refuse d'en faire une limite : « Aux ressources humaines, on sait lire un compte d'exploitation. Et j'aime beaucoup les chiffres. » Le rôle d'un CEO, selon elle, est ailleurs : « Vous êtes un chef d'orchestre plus qu'un expert de chacun des métiers. » Elle tient à rendre hommage à ceux qui l'ont propulsée : « J'ai rencontré des personnes qui m'ont fait confiance au-delà des cases. » Elle dit aussi partager les valeurs humaines et la vision entrepreneuriale de long terme de l'écosystème de l'Association familiale Mulliez, dans lequel évolue RougeGorge.
Un réseau de proximité, pensé omnicanal
Sous sa direction, le réseau est passé de 130 à quelque 236 magasins. L'enseigne revendique un ancrage local : « On est une entreprise de province, ça ne veut pas dire qu'on est une entreprise provinciale, mais on a un attachement avec beaucoup de magasins à proximité ». Ses magasins, à 55 % en succursale et 45 % en affiliation selon la dirigeante, maillent les villes moyennes et les centres commerciaux.
Le lancement du site marchand en 2013 se fait d'emblée dans une logique omnicanale : succursales et affiliés sont évalués et commissionnés sur un chiffre d'affaires global, sans opposer digital et magasin. Un choix qui a permis, selon elle, de progresser fortement en ligne. Pour garder le pouls du terrain, Catherine Gallais a multiplié les rituels. Outre ses visites régulières en boutique, elle réunit depuis une dizaine d'années, tous les deux mois, un comité de responsables régionales, une par région, en direct. « Je squeeze la ligne hiérarchique », reconnaît-elle. « Les signaux faibles, je les entends avec ces échanges-là. » Chaque nouvelle responsable de magasin passe aussi trois jours au siège et partage un dîner avec la directrice générale, une tradition tenue pendant 17 ans.
L'engagement pour les femmes comme raison d'être
Au fil des années, le projet d'entreprise s'est précisé jusqu'à une raison d'être : « soutenir le féminin dans sa libre expression », avec l'« ambition de devenir une une marque, une entreprise plus engagée pour les femmes ».
Cet engagement s’est notammé exprimé avec la création d’une première collection post-opératoire, lancée en 2017, via le soutien à une association lilloise de lutte contre les violences et avec le lancement d'un prix RougeGorge récompensant une femme entrepreneure. En 2024, l'enseigne a aussi pris le contrôle d'Elia, jeune marque française de culottes menstruelles vendues en pharmacie.
En interne, Catherine Gallais a créé un poste de responsable de l'engagement social et sociétal vers 2020. La dirigeante précise aussi que chaque collaborateur du siège doit consacrer, une fois par an, du temps de travail à une action solidaire. « Vous pouvez avoir des engagements sur le papier. L'important, c'est de pouvoir les vivre réellement, avec des preuves concrètes », insiste-t-elle.
Le souci du beau
Si elle n'a jamais dessiné de collection, Catherine Gallais veillait à leur cohérence. Face aux nouveautés, elle s'interdit le « j'aime, j'aime pas » et se demande si le produit répond au positionnement de la marque, notamment à une très large amplitude de tailles, véritable casse-tête de gestion. Sa ligne rouge : « Ça ne doit pas caricaturer, ça doit valoriser. » À son départ, les équipes lui ont d'ailleurs offert des vidéos où elles s'amusaient de ses refus : « Ah non, pas cette photo-là, Catherine ne va pas vouloir ! »
Une nouvelle partition
Catherine Gallais ne compte pas raccrocher. Elle entend partager son temps entre des conseils d'administration, l'accompagnement de jeunes entrepreneurs via les réseaux du Nord, et l'engagement associatif, convaincue que « l'entrepreneuriat au féminin a besoin d'être encore accompagné et valorisé ». Et sur sa longévité, elle a une conviction bien arrêtée : « La stabilité d'un CEO donne de la robustesse à une entreprise, à condition qu'elle ne se transforme pas en immobilité. » Avant d'ajouter, en riant : « Les équipes vous le diront, je n'ai pas une nature à être trop dans la stabilité. »
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