Emanuel Ungaro s’est éteint à Paris à l’âge de 86 ans

Le grand couturier Emanuel Ungaro s’est éteint ce dimanche à Paris, des suites d’une longue maladie qui le dévorait depuis 2 ans. La mode française perd avec lui l’un de ses plus prestigieux représentants. La postérité gagne une légende qui raconte avec l’éclat les heures les plus scintillantes et joyeuses de la Haute Couture parisienne.

Emanuel Ungaro était parisien. Pourtant il est né dans la lumineuse Provence où sa famille est venue s'installer après avoir quitté la tumultueuse Italie des années 30. Cosimo Ungaro est un modeste tailleur mais il peut se réjouir de l'enthousiasme de son fils, qui dès l’âge de neuf ans, manifeste l'envie de tout apprendre du métier. Il fut le premier mentor du futur prodige.

Le deuxième mentor est bien connu. Nourri de conseil paternel, le vaillant provençal, qui est par ailleurs un travailleur infatigable, « monte » à Paris. Il souhaite se former auprès du plus grand, du géant, du Maitre de la Couture. Ce géant, c’est Cristobal Balenciaga qui s’est installé Avenue George V à la fin des années 30. Le premier assistant de celui que l’on surnomme « Le Couturier des Couturiers » est André Courrèges. Il reçoit le jeune Ungaro, l’écoute attentivement, et accepte de l’engager comme apprenti. C’est ainsi que le jeune homme de 23 ans débuta sa formation à la fois auprès du génie espagnol et de celui qui allait devenir l’un des plus grands designers français des décennies à venir.

Auprès de ces grands maitres, tous deux visionnaires et exigeants, le vigoureux apprenti améliore sa technique et pose les bases de son style où la couleur jouera un rôle de premier plan. Cette formation– la meilleure que l’on puisse imaginer - dura six ans. Il suit alors Andre Courréges qui vient de monter sa propre maison et s’inspire de cet exemple pour à son tour, fonder un an plus tard – nous sommes en 1965 – la Maison de Couture Emanuel Ungaro. Il installe sa maison rue Mac Mahon dans le le sémillant XVIIe arrondissement parisien.

Sa première collection, de taille modeste (dix-sept pièces seulement) produit une excellente impression. Sa prédilection pour les couleurs éclatantes, pour les imprimés dessinés par Sonja Knapp, pour les drapés sensuels, reçoit bientôt la consécration de la presse qui aime le tempérament ensoleillé de cette nouvelle signature. En quinze ans, il se construit une solide réputation et accueille des célébrités qui deviennent ses fidèles clientes, et parfois même, des amies.

« Obsédé sensuel »

Emanuel Ungaro fut le couturier de l’allégresse. Cette joie de vivre, qui transparaissait dans chacune de ses collections, matérialisait en quelque sorte l’ivresse festive des années 70 et 80. Son succès durant ses deux décennies fut éclatant. Anouk Aimée, son égérie et son amie, flirtait avec l’objectif langoureux d’Helmut Newton pour vanter les mérites de son nom, ses défilés, de plus en plus grandioses, étaient des spectacles d’une splendeur recherchée. La Maison se transformait en empire et le noble profil romain du grand couturier, dont le talent éclatait à la fois dans la Haute Couture et le Prêt à Porter, se promenait avec une fierté légitime dans un luxueux atelier installé au cœur de la prestigieuse Avenue Montaigne. De lui même, il disait qu’il était « un obsédé sensuel ».

Les années 90 furent sombres, parfois sinistres. L’air du temps impose le grunge et le minimalisme. Un terrain de jeu lugubre qui ne convient pas au caractère si plaisamment méditerranéen du couturier. Certes, il a élevé un royaume dont le vaste territoire s'étend de de la couture aux accessoires en passant par le parfum, les lunettes, et même la mode masculine, mais le cœur n’y est plus. En 1996, la famille Ferragamo rachète la Maison qui porte son nom. A partir de 2001, il lâche les rênes de la création du prêt à porter et des accessoires. Il les confie à son plus proche collaborateur : Giambattista Valli. Trois ans plus tard, il se retire définitivement, convaincu que les femmes ne sont plus sensibles à son message pétri de sensualité, de tendresse et de vitalité. Certaines maisons ont besoin de l’âme de leur fondateur pour prospérer et s’épanouir. La Maison Emanuel Ungaro en faisait partie.

Photo: Pierre Guillaud / AFP

 

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