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Les métiers de la mode : Laetitia Essikov, cheffe de produit

By Julia Garel

21 mai 2021

People

Pour comprendre le métier de chef de produit, ou product manager, il faut s’interroger sur la chaîne de production d’une marque de mode. Comment un vêtement imaginé par un créateur ou des équipes créatives, devient-il ce produit tangible disponible à la vente ? Qui coordonne les multiples étapes de la réalisation d’une pièce de mode ? La profession décryptée dans cet article répond à la question.

Chaque semaine, pour nourrir ou faire naître de nouvelles vocations, FashionUnited interroge un professionnel de la mode sur son travail. Aujourd’hui, les réponses par mail de Laetitia Essikov, cheffe de produit chez Natan, maison de mode belge.

Quel a été votre parcours ? Autodidacte ou diplômée ?

Je suis diplômée avec un Régendat [nom donné au diplôme acquis en 3 ans d'études non universitaires après les secondaires en Belgique, source Educalingo, ndlr.] en mode et habillement à la Haute Ecole Albert Jacquard.

J’ai toujours été passionnée par le vêtement. J’ai grandi dans l’univers de la couture grâce à ma mère et à ma grand-mère qui étaient de très bonnes couturières. Elles confectionnaient leur robe elle-même quand elles ne trouvaient pas ce qu’elles cherchaient en magasin. J’en profitais pour jouer avec les chutes de tissu et habiller mes poupées.

En quoi consiste votre travail ?

Être cheffe de produit pour une maison de luxe comme Natan est une grande responsabilité et un vrai plaisir. Je suis au cœur d’un métier polyvalent qui demande un sens aigu de l’écoute et du contact, une bonne organisation au quotidien, de la résistance au stress et de la rigueur administrative. Je dois coordonner les agendas entre la direction et les équipes pour mener à bien le développement et l’avancement des collections de la maison Natan, et savoir cerner les priorités de la semaine.

Ma fonction principale est le suivi de la ligne Natan Couture de A jusqu’à Z. Suivre la production, les achats des matières, le sourcing, le calcul des prix, le contrôle de qualité, la réalisation des fiches techniques, la vérification des composants de chaque vêtement, l’organisation des essayages, des shootings… sont autant de tâches qui rythment mes journées.

Quel souvenir gardez-vous de votre entretien d’embauche et comment vous étiez-vous préparée ?

Je m’en rappelle comme si c’était hier. Monsieur Vermeulen m’avait fait faire le tour de la magnifique boutique Natan Couture de l’avenue Louise. Il avait terminé en disant : « je compte sur votre professionnalisme ». Ma fonction reste un engagement depuis ce jour là.

Votre travail s’arrête-il lorsque vous passez les portes du bureau ?

Je suis une perfectionniste passionnée. Je n’ai jamais l’impression de travailler, alors même quand la journée est terminée, pour moi elle ne l’est jamais vraiment. Je suis maman de deux filles et mes moments de vie privée me ressourcent, me motivent, me questionnent et m'inspirent au quotidien pour comprendre la mode.

Votre manière de travailler a-t-elle changé depuis vos débuts ?

Oui énormément. Avec l’expérience grâce à des équipes professionnelles et une direction très exigeante, j’ai appris à anticiper sur plusieurs processus autant créatifs que techniques, et à être plus à l’écoute pour mieux faire évoluer mon travail.

Une maison de luxe comme Natan a ses secrets de fabrication qui font de ses produits des vêtements très haut de gamme. Elle les perfectionne chaque année pour atteindre l’excellence. Avec des outils informatiques performants et une main d'œuvre très qualifiée, j’ai dû m’adapter, apprendre à me réorganiser et étendre mes compétences.

Au quotidien, quel impact a eu la crise liée à la pandémie sur votre travail ?

Cela m’a d’abord rappelé à quel point le contact humain était vraiment important dans notre secteur. J’ai dû aller à l’essentiel et revoir les moyens de communication qui nous ont permis de respecter la distanciation sociale comme faire des meetings d’équipe via Teams et limiter le nombre de personnes présentes lors des essayages.

Sur une échelle de un à dix, à quel point appréciez-vous votre métier ?

En toute sincérité, je dirais dix. Je n’aime pas la monotonie et les métiers répétitifs. Je pense que c’est l’un des rares métiers où l’on peut exploiter plusieurs compétences à la fois. La créativité, l’organisation, la technicité, l’improvisation, etc...

Ce que vous préférez et aimez le moins dans votre métier ?

Ce que j’aime le moins, c’est la pression et le stress du timing des collections lié au rythme des saisons. Peu importe les imprévus que peuvent avoir le processus de création ou de production qui sont indépendants de ma volonté, les collections doivent toujours être prêtes en temps et en heure. Après plus de 17 ans de carrières dans ce métier, je vis toujours avec la peur de ne pas y arriver, l’angoisse d’être en retard.

Ce que j’aime le plus, c’est justement le résultat. La satisfaction de voir que j’y suis parvenue grâce à la persévérance, l’exigence et le travail de toute l’équipe. Ce sentiment que « c’est fini » pour mieux recommencer.

Comment développez-vous et/ou entretenez-vous votre réseau professionnel ?

La crise de la pandémie a fortement réduit la possibilité de faire de nouveaux contacts. J’avais l’habitude de faire de nouvelles rencontres professionnelles sur des salons du textile. J’ai dû m’adapter et être plus présente sur les plateformes digitales comme Linkedin où j’ai pu élargir mon réseau avec de nouveaux fournisseurs qui proposent de nouveaux produits. Je reste très fidèle avec les fournisseurs qui offrent un service de qualité stable.

À quoi pensez-vous que votre profession ressemblera dans dix ans ?

Pour que ce métier persiste et évolue, il est important que les métiers techniques de la mode continuent à intéresser la jeunesse de demain. Je les encourage à s’intéresser au métier de couturière, de modéliste, de création textile. Il y a un grand intérêt pour les métiers de création digitale, mais pour avoir du contenu il faut des fabricants de produits qui ne se limitent pas à un tee-shirt et un jeans. Sans fabricant de produit, ma fonction n’existerait plus.

Un conseil à donner à un jeune diplômé qui envisage votre métier ?

Je lui conseillerais de faire un maximum de stages en entreprises dans différentes sociétés du secteur, autant de petites que de grandes entreprises. Cela permet vraiment de voir différentes réalités du métier pour ensuite faire les meilleurs choix professionnels. On y apprend beaucoup de choses, et c’est en commençant au bas de l’échelle par des petites choses qu’on apprend beaucoup en observant et en écoutant ce qui se passe autour de la vie de l’entreprise.

Crédit : Natan