Slimane- Saint-Laurent : les dessous d’un départ

Les boites mail crépitent sous les flash info ce matin. Les plus grands sites généralistes en font même leur breaking news, preuve (s’il en fallait une) de l’importance attachée par la France, bien au-delà du landernau habituel de la mode, à cette maison si chère à son patrimoine culturel ; preuve aussi de l’aura médiatique inouï, proche de celles des plus grandes pop-star planétaires, qui nimbe ce directeur artistique au tempérament si singulier. Depuis plusieurs semaines, les équipes du studio Saint Laurent, installé à la demande d’Hedi Slimane à Los Angeles, pliaient bagages et rentraient tous un par un à Paris, ne laissant plus de doute sur la fin du contrat liant l’enfant prodige de la mode avec la maison de couture parisienne. Aujourd’hui, c’est officiel, Yves-Saint Laurent annonce le départ de son directeur artistique.

On savait que le contrat d’Hedi Slimane arrivait à son terme fin mars, c’est-à-dire hier. Lors du défilé spectaculaire présenté à Los Angeles le 11 février dernier, spectaculaire à tous points de vue, tant par la date (en dehors de tous calendriers officiels), que par son contenu (un mix inhabituel de mode homme hiver 2016/2017 et de mode femme pré-collection automne 2016), François Henri Pinault, grand patron de Kering, groupe propriétaire de la maison Yves-Saint Laurent, n’avait pas caché que les discussions étaient toujours en cours, mais qu’en même temps, il ne perdait pas espoir, « fin mars c’est encore loin, profitons du show » avait-il dit en souriant.

Au final, il faut croire que la décision d’Hedi Slimane était déjà irrévocable. Le défilé lui-même ressemblait à un testament, un résumé de son œuvre accompli au sein de la vénérable maison française depuis sa nomination en mars 2012. Certains commentateurs y voyaient même le résumé de son œuvre au sein de la mode - domaine qui au fond, ne recouvre qu’une partie de ses activités artistiques - et présageaient du fait que le plus charismatique directeur artistique de sa génération voulait désormais passer à autre chose.

Dior ?

Hedi Slimane va-t-il quitter la mode ? Personne n’y croit vraiment, et tous les visages se tournent désormais vers une autre institution parisienne : la maison Christian Dior, en quête, elle aussi, d’un directeur artistique à la mesure de sa gloire. Hedi Slimane, du temps de son passage à la tête du studio Dior Homme où il en avait profité pour modifier de facon profonde et durable la silhouette masculine de toute une génération, à l’échelle du globe, n’avait jamais caché à Bernard Arnault, patron de LVMH auquel la maison Christian Dior est accolée, qu’il souhaitait s’occuper également de la ligne féminine de la maison de l’avenue Montaigne. A l’époque, Bernard Arnault avait refusé net : le rôle était rempli et bien rempli par un autre créateur star : John Galliano. On connait la suite.

Le succès remarquable de son passage chez Yves Saint Laurent, qu’il a complétement repositionné en terme d’image, et qu’il a emmené vers des sommets de chiffre d’affaire, place évidemment Hedi Slimane dans une position de force exceptionnelle. Sans compter la joie légitime que pourra éprouver M. Arnault de faire rentrer au bercail un créateur star en l’enlevant à son concurrent direct M. Pinault (certains se rappelleront peut être de la joute féroce qui opposa les deux hommes lors de l’épisode Tom Ford-Gucci : M. Pinault fut à l’époque le grand gagnant de cette bataille épique puisqu’il réussit à s’accaparer la maison Gucci à partir de laquelle il bâtit le socle de son nouvel empire basé sur le luxe). Au final, si accord il y a, rien n’empêche désormais Bernard Arnault et Hedi Slimane d’officialiser leur nouvelle union tout prochainement.

 

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