17 octobre : pillages, violences policières, les acteurs de la mode prennent la parole

Le samedi 17 octobre, entre 550 000 et 800 000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur et la CGT, ont manifesté contre la vie chère dans plusieurs villes de France. La journée a été marquée par de violentes répressions policières à l'encontre des manifestants, tandis que les forces de l'ordre, débordées, n'ont pas empêché le pillage d’au moins 3 000 commerces.

Dans les jours qui ont suivi, des dirigeants de maisons de luxe, d’enseignes et de boutiques indépendantes, ainsi que des représentants du secteur, ont pris la parole sur les réseaux sociaux. La plupart rendent hommage à leurs équipes, mais leurs lectures de la journée divergent. Certains remercient les forces de l’ordre, d'autres reprochent à l’État son absence, tandis que des commerçants indépendants soutiennent le mouvement et dénoncent les violences policières.

Les équipes d’abord

Chez l'enseigne de prêt-à-porter The Kooples, les boutiques de Lyon et de Montpellier ont été pillées dans la soirée du 17 octobre. Le lendemain, sur LinkedIn, le directeur général Arnaud Reytan a d’abord pensé à ses salariés, confrontés à « des scènes d’une grande violence » : « Aucun collaborateur n’a été blessé, et c’est et sera toujours l’essentiel. » Dès le dimanche matin, les équipes des boutiques et du siège étaient mobilisées pour remettre les magasins en état.

Chez la maison Celine, la directrice générale Séverine Merle a mis en regard le pillage d’une boutique de la marque de luxe et l’ouverture au public de son atelier parisien, le même week-end, à l’occasion des Journées Particulières du groupe LVMH. « Ce week-end, des femmes et des hommes passionnés, nos artisans, ouvraient pour la première fois les portes de notre atelier parisien […]. Dans le même temps, l’une de nos boutiques parisiennes était saccagée et pillée », écrit-elle sur LinkedIn.

Son message, publié le 19 octobre, s’ouvre sur une formule : « Ce que l’on peut détruire. Et ce que l’on ne peut pas. » Elle y salue les équipes qui ont, « dès les premières heures », commencé à reconstruire.

Sur un ton plus sobre, l'enseigne de doudounes Pyrenex a, pour sa part, annoncé la fermeture temporaire de ses boutiques du 34, rue du Temple à Paris et du 36, rue de Brest à Lyon. La marque landaise précise que tous ses collaborateurs et vendeurs sont « sains et saufs » et que ses équipes travaillent à la remise en état des magasins. Sur son compte Instagram elle écrit : « Nos équipes sont pleinement mobilisées pour remettre en état nos boutiques et pouvoir vous accueillir de nouveau dans les meilleures conditions. »

Prendre position

Sur le sens de la journée, les lectures divergent. Arnaud Reytan, dirigeant de The Kooples, remercie « les forces de l’ordre et les secours », mobilisés toute la nuit pour protéger les personnes et les commerces. Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, s’interroge au contraire sur LinkedIn : « Où étaient l’État et la police quand les pillards attaquaient les boutiques ? Où étaient l’État et la police quand certains se sont “servis” après le passage des premiers pilleurs et casseurs ? »

Sur un tout autre registre, Régina Daghman, fondatrice de Yalla Store, un dépôt-vente présent à plusieurs adresses parisiennes, a choisi de s’exprimer dans une vidéo sur Instagram, faute d’avoir « le cœur à vous montrer des vêtements ». Elle y fait part de son soutien au mouvement, aux manifestants et aux lycéens, mais aussi « à toutes les victimes de violences policières et à tous les commerçants qui ont été touchés ». Sa ligne : « Je comprends la colère. Je comprends moins la casse. »

La commerçante défend aussi le rôle social de sa boutique, un dépôt vente présent à travers plusieurs boutiques parisiennes, où chaque vêtement vendu rapporte un peu d’argent à la personne qui l’a déposé. « Un commerce, c’est vraiment l’âme d’un quartier », affirme-t-elle, y voyant « un acte politique à sa manière ».

À Nantes, la friperie Furies avait fermé le 17 octobre en soutien aux lycéens et aux étudiants, une position rare dans le commerce de mode. Après les événements du week-end, elle a publié sur Instagram un message rappelant que la « mobilisation continue » et dénonçant « la violence policière sans précédent durant les manifestations, ainsi que la violence institutionnelle que nous subissons tous ».

L’équipe fait aussi un choix peu commun : « la boutique Furies reste ouverte sur [ses] horaires habituels en tant que safe place », un lieu refuge. « En cas de besoin, vous y trouverez de l’écoute, de l’eau, du sérum phy, un kit de premiers secours […] », précise-t-elle.

Rester unis

Chez les indépendants, la priorité est aussi à l’entraide. L’équipe d’Untitled Paris, boutique de seconde main, a pris sur Instagram des nouvelles des autres commerçants : de leurs boutiques, mais aussi de leur moral. « Plus que jamais, nous pensons qu’il est important de rester unis », écrit-elle.

D’autres commerçants ont témoigné de la solidarité de leur quartier. Sur Instagram, le revendeur parisien de montres Cadran Noir remercie « les voisins et les commerçants du quartier » restés à ses côtés « pour faire face aux casseurs ». « Votre courage et votre présence nous ont profondément touchés », ajoute l’équipe. Comme beaucoup d’autres, elle rappelle la dimension humaine des commerces indépendants : « Derrière une vitrine, une boutique, il y a surtout des années de travail, d’investissement, de passion et de sacrifices. »

FashionUnited a pu constater ce même élan de solidarité sur le terrain. À Nantes, des commerçants du quartier de Copernic ont confié être restés en contact les uns avec les autres pendant la journée du 17 octobre, via un groupe WhatsApp, pour se tenir informés de l’avancée des « casseurs ».


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