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Stratégie gagnante: ces marques qui s’organisent en collectif

By Herve Dewintre

7 sept. 2015

Retail

Philippe Zorzetto est un entrepreneur modèle à bien des égards. On ne s’attardera pas sur sa marque de souliers aux formes singulières, ni trop rondes, ni trop pointues, qui depuis plusieurs années fait la joie des riverains du marais avec sa boutique historique de la rue Vieille du Temple mais aussi, depuis peu, des afficionados du sur-mesure dans l' atelier de la rue Saint-Honoré sans parler de cette communauté de plus en plus large de fidèles qui n’hésitent plus à acheter les modèles phares aux noms délicieusement évocateurs sur le e-shop de la marque.

Complètement indépendant, créateur, gérant, cet autodidacte d’un naturel enjoué a toujours su de façon déconcertante sortir des sentiers battus, en égrenant de nouvelles idées qui ne misent pas sur les vieilles ficelles du marketing mais qui au contraire, semblent se mettre spontanément au service de la la création et de sa promotion au sens le plus large et le plus noble.

En clair, son plan marketing, le plus exaltant qui soit, est l’absence de plan marketing. Pas d’études de marchés soutenues par d’opportunistes constructions bancaires mais une croyance ferme en la vertu fondamentale du point de vente en nom propre. L’important, pour Philippe Zorzetto, c’est d’avoir sa propre boutique, pour être sans cesse au contact du client et en fonction, faire évoluer ses créations. Et de ce point de départ, découle le reste.

Ainsi, lorsqu’il initie des collections capsules avec une célébrité, il le fait non parce qu’il souhaite pénétrer, après d'incessants brainstormings, une nouvelle part de marché à grands coups d’égéries interchangeables et factices mais parce que cette célébrité est cliente depuis longtemps. C’est le cas par exemple du chanteur franco-américain Simon Buret du groupe Aaron qui a travaillé avec le chausseur parisien pour une mini-collection de boots (déclinées en cuir de veau et en python) et de mocassins bimatières qui sera mise en vente à partir du 14 septembre prochain. Ils sont de la même génération, tous deux férus des années 60 (et de ses icônes rock), en phase sur un certain sens de l’élégance, chic et épuré : il découle de l’ensemble une impression de sincérité attrayante et spontanée.

Une exposition et un collectif.

Comme une conséquence bienvenue de ces principes vertueux forcement inaltérables, cette impression de sincérité, de fraicheur et d’énergie se répercute sur les autres projets du chef d’entreprise lorsqu’il s’attèle à la promotion, non pas de sa propre marque mais de la génération de créateurs auquel il appartient. Qui aurait pu imaginer, lors de la première édition du guide « Les nouveaux créateurs à Paris» écrit à quatre mains par Philippe Zorzetto et Régis Pennel (fondateur concept-store l’Exception) que cet ouvrage dressant un florilège d’adresses exclusives dédiées à un shopping « différent, authentique et glamour pour la femme et l’homme » attirerait la vive attention de la Mairie de Paris qui a décidé d’en transposer l’essence en soutenant une exposition attrayante et pédagogique intitulée « Le dressing de rêve des parisiens » , entièrement gratuite, qui se déroulera au concept-store Paris Rendez Vous, 29 rue de rivoli, jusqu’au 31 octobre. Exposition qui au passage, sera agréablement complétée par une réédition de l’ouvrage des deux auteurs aux éditions du Chêne.

Dernière manifestation de cette volonté d’exalter , en les fédérant, les forces créatives du Paris contemporain, Philippe Zorzetto a proposé à plusieurs marques remarquables - à March LA.B, label fondé par deux aficionados de l’horlogerie vintage qui proposent des montres bien senties aux délicieux accents sixties, à la marque de maroquinerie masculine fondée par le créateur espagnol Fernando Bonastre de Celis et enfin, à la somptueuse griffe Mermi, dédiée aux foulards en soie roulottés à la main, d’écharpes en pashmina toutes teintées et tissées selon des méthodes artisanales, ancestrales et éthiques - de se réunir en un collectif (bien nommé) Frenchic.

Les quatre représentants de ce collectif, à savoir Philippe Zorzetto, Alain Marhic, Fernando Bonastre et Philippe Mermi , ont ainsi exporté leur vigoureux sens du design et leur conception intelligente du savoir-faire à Berlin. Le concept-store Brownie and Blondie, ouverte par Fabrice Couturier dans le quartier de Mitte, leur dédie un concept-store jusqu’au 26 septembre. Un premier rendez vous dans une ville cosmopolite et énergique, qui, on l’espère, sera suivi par de nombreux autres, et qui pourrait en cas de succès se terminer splendidement par l’ouverture d’une boutique multi-marques. Cette démarche entrepreneuriale, basée en quelque sorte sur une nouvelle modestie qui consiste à tout miser sur la qualité du produit et le gout du client sans céder aux sirènes ruineuses d’un marketing creux, pourrait bien paver une autre voie dans la façon à la fois de concevoir ses produits mais aussi de communiquer sur sa marque. Un pari où le plaisir de faire confiance au gout du consommateur, plutôt que de lui imposer des tendances interchangeables, retrouve sa juste place.