L’industrie textile marocaine mise sur le denim et l'innovation pour gagner en compétitivité

Le Maroc est un pays manufacturier de prédilection pour l'Espagne et la France. Environ trois quarts, voire davantage, des 3,7 milliards d'euros d'exportations de l'industrie textile marocaine vont à ces pays. Mais avec la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, des opportunités se présentent pour l'industrie textile au Maroc, c’est du moins ce qu’il se murmurait lors du salon Maroc in Mode sourcing à Marrakech (en octobre 2019). Comment ce pays fait-il pour saisir ces opportunités ? Le denim et l'innovation, sont un début de réponse.

Personne ne peut ignorer le fait qu'il se passe beaucoup de choses au Maroc. À l'origine, le pays était principalement un intermédiaire dans l'ensemble de l'industrie du vêtement. La région n'a en effet pas d'accès direct aux matières premières et peu d'entreprises se concentrent sur la finition des vêtements. Vous ne pouviez donc pas trouver de chaîne de production complète au Maroc. C'est là que réside l’une des opportunités du pays, tel était le message lors de la conférence de Giovanni Beatrice de Forward in Fashion au Maroc in Mode. Pourquoi ne pas proposer un produit fini ? « Nous n'allons pas battre le Bangladesh en termes de prix, il doit donc y avoir autre chose pour attirer des acheteurs dans votre entreprise. » Ce ne sera pas seulement ces produits finis en soi, mais c'est déjà un bon début.

L’industrie textile marocaine mise sur le denim et l'innovation pour gagner en compétitivité

Par ailleurs, le gouvernement marocain ressent le besoin de jouer son rôle. Lors du salon, une conférence de presse a eu lieu au cours de laquelle deux traités ont été signés par Amith (Association Marocaine des Industries des Textiles et de l'Habillement), l'Union des Industries Textiles et l'Union Française des Industries de la Mode et du Vêtement. Le partenariat stratégique doit faciliter une collaboration plus étroite entre la France et le Maroc afin que ces pays agissent conjointement en matière de production et d'innovations plus durables. Au total, 500 millions d'euros seront investis grâce à ces accords et 70 000 emplois créés dans les prochaines années selon Fatima Alaoui d'Amith. Cette collaboration doit également permettre de voir plus de marques et d'entreprises françaises sur Maroc in Mode et plus d'entreprises marocaines sur les salons français. Alaoui précise que la stratégie se concentrera spécifiquement sur l'innovation et l'industrie du denim.

Pendant la durée du salon, il a être pu constaté qu'un certain nombre d'entreprises travaillaient déjà sur la durabilité. Ces entreprises concernent principalement le secteur du denim. Par exemple, Ecolo Rentel International permet de laver des jeans avec moins d'eau et d'énergie. Adil el Hamouti, le directeur logistique de la société, affirme que la société est la première entreprise marocaine à proposer cette méthode de lavage respectueuse de l'environnement. « C'est ce que le monde veut », explique El Hamouti. L'entreprise travaille déjà avec des clients au Danemark et aux États-Unis mais ne fait pas encore de commerce à grande échelle avec l'Europe du Nord. El Hamouti espère avant tout que le Maroc dans son ensemble améliorera l'industrie textile. « Nous avons besoin d'un écosystème. Le marché d'Europe du Nord veut la qualité et nous devons investir pour répondre à cette exigence. »

L’industrie textile marocaine mise sur le denim et l'innovation pour gagner en compétitivité

La durabilité et l'innovation sont encore des sujets relativement nouveaux dans l'industrie textile marocaine, comme le note également Taylan Ozgur Simsek de Vav Technology en Turquie. « Dans notre pays, l'accent a été mis sur la durabilité il y a une dizaine d'années », explique l'ingénieur commercial de l'entreprise qui développe des machines pour un système de production durable. « Au Maroc, cela a commencé il y a peut-être entre cinq et deux ans. » Dans l'industrie du denim, ils font des progrès dans ce domaine. Par exemple, chez Gebi Jeans, rendre la collection plus durable a commencé avec les jeans, mais cette approche a maintenant été étendue aux t-shirts. Il y a environ neuf ans, le fabricant a commencé avec une approche plus durable en choisissant des matières organiques et en pensant à la manière de laver les produits. Avec la plupart des fabricants au Maroc comme par exemple Salsabile à Tanger, vous pouvez voir une expression perplexe sur leurs visages concernant la durabilité. Les fabricants turcs qui, comme Kilim Denim, accordent une grande priorité à la durabilité, voient qu'il est avantageux de suivre cette voie. L'année prochaine, Kilim entend produire l'intégralité de sa gamme de manière totalement durable et travaille désormais avec, entre autres, G-Star et Garcia Jeans, explique Cansu Mesegul.

Donc, dans l'ensemble, l'industrie textile marocaine a une stratégie d'importation de marques d'autres pays, mais lors du salon, il semblait qu'ils avaient encore du chemin à faire. La focalisation du gouvernement et l'investissement en cours seront sans aucun doute utiles, mais la révolution aura-t-elle lieu assez rapidement ? Cela reste à voir.

FashionUnited a été invitée par l'organisation de Maroc in Mode à visiter le salon de Marrakech du 17 au 18 octobre.

Photos : FashionUnited

Cet article a initialement été écrit pour FashionUnited.nl. Il a été traduit et édité en français par Julia Garel.

 

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