« Les formes peuvent me lasser ; un tissu, jamais.» : Première Vision fête ses 45 ans

Le salon est si prestigieux et incontournable qu’il semble s’inscrire dans la nuit des siècles. Et pourtant, sa fondation est relativement récente. C’était en 1973. Une quinzaine de soyeux lyonnais, déçus du manque de sélectivité et du tempo inadapté imposés par le seul salon d’envergure de l’époque (Intersoff qui se tient deux fois par an, en avril et novembre à Francfort) décident de s’associer pour promouvoir leurs nouveautés : cette association prit la forme d’un rassemblement, baptisé Première Vision Tissus de Lyon puis Première Vision Tissus Créations. Les trois spécificités de cet événement : être exclusivement dédié aux maisons les plus haut de gamme, l’ouverture au monde et la création d’un observatoire de tendances.

On connaît la suite : ce lieu de rencontres et d’échanges entre les fabricants et l’univers de la mode, allait métamorphoser de manière profonde les us et coutumes d’une industrie en posant les bases d’une collaboration inédite, en stimulant les possibilités offertes par le Prêt à Porter et en exaltant les vertus de l’innovation et de la créativité. A la soie s’ajouta le coton des Vosges, puis la laine produite dans les régions de Lille et d Sud Ouest. Première Vision s’imposa progressivement mais fermement comme un acteur global de « l’amont de la mode », accueillant au début des années 80 les premiers tisseurs européens puis les lainiers britanniques, rachetant successivement les salons du fil, des dessins, du cuir, de la confection à façon.

Aujourd’hui, personne ne conteste l’attrait et le leadership de cet évènement qui s’est depuis sa fondation largement ouvert à l’international et qui constitue un rendez vous immanquable de l’ensemble de la filière. Ce leadership, il faut le souligner, provient principalement du fait que les organisateurs ont réussi à concilier l’exigence de sélectivité et l’étendue de l’offre grâce à des comités qui décident de l’arrivé de chaque exposant. Plusieurs centaines de dossiers sont refusées chaque année. La forme juridique de l’association a changé (l’Association Première Vision, maison mère de la société organisatrice a cédé 49 pour cent du capital à deux spécialistes des salons : GL Event et Eurovet en 2007, et Première Vision SA est devenue une société à directoire et à conseil de surveillance) mais sa philosophie et son essence sont demeurées intactes.

« L’essence de la modernité vient de la matière»

Ecrit par Lydia Bacrie (Rédactrice en chef du supplément lifestyle du magazine L’Express Dix) et la journaliste Charlotte Brunel, rendu possible par Lucien Deveaux, président du Conseil de surveillance de Première Vision SA, de Jacques Dutel, président de l’Association Premiere Vision, d’Olivier Ginon, président du groupe GL Events et de Philippe Pasquet, président du directoire de Première Vision SA, le beau livre Mode Matières et Révolution par Première Vision publié aux éditions de La Martinière, vise avant tout à rappeler avec force ce constat plein de bon sens, mais parfois un peu oublié : il n’y a pas de mode sans l’amont de la mode.

Parce que la création de mode s’appuie sur le talent des fabricants de matières, « Mode Matières et Révolutions par Première Vision » met en lumière ces fournisseurs de l’ombre en attestant leur rôle de premier plan au fil de 10 chapitres passionnants et richement illustrés qui dévoilent les liens méconnus entre l’innovation textile et les révolutions qui ont animé le monde de la mode, de l’apparition de la maille dans les collections à celle du Lurex et du polyamide, en passant par l’avènement des matières high-tech ou éco-responsables. Célébrant avec érudition et pédagogie le talent créatif des fabricants, l’ouvrage est aussi un cri d’affection, on peut même parler d’amour, aux étoffes qui ont accompagné toutes les mouvements sociétaux, au dela même des prédilections du moment et des goûts du jour. Ce que résume avec beaucoup de pudeur et de sensibilité Veronique Nichanian dans sa préface : « L’essence de la modernité vient de la matière. Le tissu, par son toucher, sa tenue, est vecteur d’émotion et pour moi, c’est l’essentiel. Les formes peuvent me lasser ; un tissu, jamais. »

Crédit photo : Premiere Vision

 

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