Made in France : Comment ré-enchanter le travail manuel dans la mode ?

Le 28 mars dernier au Carreau du temple à Paris, dans le cadre des rencontres du Made in France, le salon Made in France Première Vision proposait une conférence sur le thème de la transmission. La conférence, organisée en association avec le Groupement de la Fabrication Française (GFF) développait plusieurs pistes de réflexion sur les manières d’attirer les jeunes vers les métiers manuels et techniques de la mode tout en intégrant les préoccupations singulières de cette nouvelle génération de « millenials ».

Devant une salle comble, divers intervenants ont partagé leur vision au cours d’un long débat modéré par Dominique Jacomet, directeur général de l’IFM qui a posé en introduction les données suivantes : la filière industrielle mode recrute mais peine à trouver des candidats dans une période qui connaît pourtant un essor de la production de proximité. La mode semble avoir plus que jamais besoin, précisément en raison de cet essor, de petites mains capables de manier avec délicatesse et précision les matériaux souples. L’autre donnée essentielle, c’est que l’industrie de la mode doit faire face à un véritable renouvellement de générations, avec des attentes spécifiques.

Mathieu Lesbats, Modéliste chez Chanel pour le prêt-à-porter, est par son jeune âge un parfait représentant de la génération millenials. Ce diplomé de l’ECSCP où il a obtenu un master en stylisme modélisme indique s’être découvert une passion pour les métiers manuels dès l’enfance. Selon lui, on a perdu l’authenticité́ de la création manuelle à cause du digital alors que, dans le même temps, les millennials veulent donner du sens à leur métier. Un avis plus ou moins partagé par Delphine de Canecaude, Co-fondatrice de Twenty Magazine, un média communautaire fait par et pour les 16/25 ans. Elle est persuadée que cette génération aime le savoir-faire, le travail de la main, le sens du détail, la créativité́, les ateliers, les prouesses techniques et l’innovation.

Un problème de formation en France ?

Si les jeunes aiment les métiers manuels, pourquoi rechignent-ils à se diriger vers ces métiers ? Les avis sur cette question capitale semblent unanimes chez l’ensemble des interventions. Il y a, en France, un grand problème de formations à ces métiers. « Les Etats-Unis ont un système éducatif beaucoup plus adapté, les élèves peuvent choisir les matières qu’ils ont envie d’étudier. affirme Delphine de Canecaude. L’idéal serait alors de pouvoir hybrider son parcours scolaire pour tester des savoirs ». Rémy Faye, Directeur de production prêt-à-porter chez Céline, est catégorique : les formations ne correspondent pas aux besoins des entreprises. Aussi les grandes maisons se basent-elles très souvent sur des apprentis formés en interne.

Tous se sont accordés sur le fait que les écoles devaient privilégier des formateurs issus du monde du travail, ayant une expérience concrète en entreprise. Ils seront plus à même de connaitre les attentes, les besoins et la réalité́ du métier, pour davantage d’efficacité́ dans la transmission. « Les formateurs ont un devoir d’honnêteté́ et de transparence avec les étudiants qui souhaitent s’orienter vers ces métiers de la main. Il faut leur faire part des contraintes du métier et ne pas mentir sur ce que seront lesmissions”. Autre certitude développée par les participants : le lien écoles-entreprises doit être plus fort.

Mathieu Lesbats pense également qu’il faut accompagner les jeunes dès la 3ème et privilégier les formations en apprentissage. « Les professeurs et conseillers pédagogiques doivent leur donner des clés pour les éclairer sur ces métiers. Des témoignages d’entreprises au sein des écoles, des immersions de professeurs au sein des ateliers pour comprendre les nouveaux enjeux et les nouvelles pratiques, la création d’écoles ou de centres de formations internes aux entreprises, seraient des solutions intelligentes ». Les collaborations entre les écoles et les entreprises semblent donc plus que jamais essentielles.

Les ateliers français sont devenus plus réactifs

En ce qui concerne la transmission des savoir-faire, Rémy Faye constate une restructuration des méthodes de travail au sein des ateliers français qui semblent désormais plus réactifs et savent mieux s’adapter à la cadence des collections et aux exigences des donneurs d’ordres. Le façonnier français est, d’apres Rémy Faye, moins compétitif qu’un atelier italien mais plus efficace. « Il est essentiel que s’instaure une véritable relation de confiance entre les façonniers et les marques ». Selon lui, un métier technique ne s’explique pas, il se pratique. « La maison Céline travaille beaucoup la transmission via le tutorat. La marque réintègre les anciens salariés à la retraite pour leur permettre de former la nouvelle génération. La maison permet aussi aux équipes d’intégrer, pendant quelques jours, les ateliers des façonniers, pour mieux les comprendre, pour instaurer un langage commun et une relation de respect du travail de l’autre ».

Credit photo : madeinfrancepremierevision.com