A la peine et à la traîne, le secteur textile du Bangaldesh doit évoluer

Dacca - Mosammat Aklima, 27 ans, a appris son licenciement par SMS. Comme ses 3.000 collègues, cette ouvrière d'une usine de vêtements du Bangladesh a rejoint les dizaines de milliers d'employés licenciés depuis deux ans dans le secteur du textile, en grande difficulté.

"Je suis enceinte de trois mois. Impossible pour moi de retrouver du travail (...) je ne sais pas ce qui m'attend", s'inquiète Mme Aklima, qui gagnait jusqu'à 250 dollars (220 euros) par mois.

C'est en 2024 que l'activité de son usine, Lithe Garments à Baniachala, un important centre de l'industrie de l'habillement au nord de la capitale bangladaise Dacca, a commencé à ralentir.

Sa fermeture illustre la crise du deuxième exportateur mondial de vêtements derrière la Chine, victime du ralentissement de ses exportations et d'une concurrence accrue, notamment de la part du Vietnam.

Depuis deux ans, quelque 400 usines ont baissé le rideau, selon les autorités et l'Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA).

"Elles étaient incapables de survivre dans un marché très concurrentiel", explique à l'AFP Mahmudul Hasan Babu, président de la BGMEA, "sur les douze derniers mois, les exportations ont reculé de près de 1,5%".

L'an dernier, elles ont rapporté quelque 39 milliards de dollars, mais les derniers chiffres confirment un ralentissement, particulièrement marqué en Europe, son principal marché.

Selon Eurostat, les importations de textile "made in Bangladesh" dans l'UE ont légèrement reculé sur les cinq premiers mois de l'année.

Recul des exportations

Aux Etats-Unis, qui représentent près de 20% des débouchés du secteur, les exportations ont elles aussi fléchi début 2026, avant de repartir à la hausse à la faveur d'un recul de la Chine sur ce marché.

Si des industriels imputent en partie la baisse d'activité aux conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, ils pointent également les faiblesses structurelles de cette industrie, qui génère près de 80% des exportations du Bangladesh.

En cause notamment, un modèle resté presque inchangé depuis les débuts des exportations de vêtements bangladais à la fin des années 1970.

Les professionnels du secteur, qui emploie plus de 4,5 millions de personnes, appellent à des changements rapides afin de rester compétitif face à des rivaux de plus en plus performants.

"Nous nous sommes développés sans planification et sans mettre en place les infrastructures nécessaires", déplore Mohiuddin Rubel, le fondateur et directeur général d'Apparel Voice, un cabinet de recherche et de conseil spécialisé dans l'industrie de l'habillement.

"Nous avons concentré nos efforts sur des produits de base - T-shirts, jeans, pantalons à cinq poches et chemises classiques - au lieu de nous diversifier vers des articles comme les vestes, les uniformes militaires ou les vêtements de protection et médicaux", a-t-il poursuivi.

A de rares exceptions près, l'industrie bangladaise importe modèles, fibres et parfois même fils, qui sont ensuite assemblés par ses ouvriers.

Les investissements dans les activités à plus forte valeur ajoutée, en amont comme en aval de la chaîne de production, restent insuffisants, souligne M. Rubel.

Dépendance

Le secteur paie désormais le prix de cette dépendance aux matières premières importées, selon des industriels.

Les vêtements fabriqués à partir de fibres synthétiques sont généralement positionnés sur le segment haut de gamme. Or le Bangladesh est à la traîne sur ce créneau, se privant d'une part importante du marché.

"Développer ses capacités dans la production de fibres synthétiques et de vêtements de sport sera crucial pour saisir les futures opportunités de croissance et accroître les recettes d'exportation", estime un expert en fil à coudre ayant requis l'anonymat.

Ce pays de 170 millions d'habitants est aussi en retard en matière de recherche et développement, souligne-t-il.

Par ailleurs, selon une étude de la Banque mondiale, 80% des usines de prêt à porter du pays demeurent tributaires de modes de production à forte main-d'oeuvre.

Dans le même temps, le Vietnam avance à grands pas vers un modèle fondé sur les gains de productivité.

Autre handicap de taille, que les faibles coûts de main-d'oeuvre ne suffisent plus à compenser : l'absence d'accords de libre-échange avec l'UE, contrairement à ses principaux concurrents le Vietnam et l'Inde.

Les Etats-Unis ont par ailleurs imposé, la semaine dernière, de nouveaux droits de douane à une soixantaine de pays, dont le Bangladesh. Au total, les exportations de vêtements en provenance de ce pays y sont désormais taxées à hauteur de 25,62%.


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