Baromètre du jour : Slip Français fait son entrée en Bourse - Les investisseurs croient-ils encore aux marques françaises de mode ?

Le Slip Français fait son entrée sur Euronext Growth Paris ce 14 juillet. Le Slip Français s'apprête à faire son entrée sur Euronext Growth Paris. Mais au-delà de cette introduction en Bourse, c'est un test grandeur nature qui se dessine pour la mode française : les investisseurs accordent-ils encore du crédit aux marques indépendantes, dans une industrie où les faillites se multiplient et où les capitaux se font plus sélectifs ?

L'introduction en Bourse du Slip Français n'est pas une opération financière comme les autres. D'abord parce qu'il est devenu exceptionnel de voir une marque de mode française indépendante solliciter les marchés. Ensuite parce qu'elle intervient à contre-courant d'une industrie qui, depuis plusieurs saisons, multiplie davantage les restructurations que les levées de capitaux.

Ce mardi 14 juillet, la marque fondée par Guillaume Gibault fera ses premiers pas sur Euronext Growth Paris avec l’ambition affichée de financer une nouvelle phase de développement. Mais la véritable interrogation concerne désormais les marchés eux-mêmes.

Car au fond, ce n'est pas seulement Le Slip Français qui passe son examen. C'est toute la capacité des marchés à croire encore au modèle économique des marques françaises indépendantes.

Une opération symbolique pour tout un secteur

L'opération intervient dans un climat sectoriel particulièrement lourd. Depuis plusieurs années, le marché de l'habillement subit un net ralentissement des volumes, marqué par une multiplication des défaillances de marques en Europe et la concurrence agressive des plateformes asiatiques comme Shein ou Temu. Dans cet environnement frileux, l'arrivée d'une entreprise textile sur les marchés financiers est un fait exceptionnel.

L'introduction en Bourse du Slip Français prend ainsi le contre-pied des tendances actuelles. L'entreprise ne cherche pas à combler des pertes, mais à financer une nouvelle phase de croissance.

Fixé à 14,80 euros par action, le prix d'introduction valorise la société à 19,2 millions d'euros. L'opération lui permet de lever 13 millions d'euros, dont 5 millions d'euros seront directement injectés dans le développement de la marque.

Un premier test plutôt encourageant

Le marché a répondu présent. Selon les chiffres publiés avant la cotation, l'offre a été souscrite 1,15 fois, pour un montant total de 13,7 millions d'euros de demandes. Les investisseurs institutionnels ont capté 8,11 millions d'euros de titres, tandis que plus de 7 250 particuliers ont injecté 5,64 millions d'euros dans l'opération. Cette légère sursouscription valide l'intérêt des souscripteurs pour un positionnement qui reste atypique sur la place parisienne.

« Ce n'est plus la même entreprise », expliquait récemment le fondateur Guillaume Gibault, estimant que le redressement de l'activité justifiait désormais d'« embarquer les Français au capital ». Pour les actionnaires, l'argumentaire a changé : l'entreprise ne se vend plus comme une start-up de la consommation, mais comme une société entrée dans sa phase de maturité opérationnelle.

Le pari du « made in France »

Le Slip Français ne prétend pas rivaliser avec les volumes des géants mondiaux de l'habillement. Son modèle repose sur la monétisation d'une niche premium, articulée autour de la fabrication locale et de la proximité industrielle. Cette singularité constitue son principal actif boursier.

À l'heure où les exigences de traçabilité et de souveraineté industrielle influencent de plus en plus les comportements d'achat, la fabrication française redevient un argument de différenciation économique mesurable. L'enjeu de cette introduction de titres n'est donc pas de parier sur une explosion des volumes, mais sur la capacité de la marque à valoriser et pérenniser ses marges grâce à son identité.

Une entreprise redevenue rentable

L'autre argument avancé par la direction concerne le redressement des indicateurs financiers. Après plusieurs exercices difficiles, l'entreprise a renoué avec la rentabilité en 2025, affichant un chiffre d'affaires de 21,1 millions d'euros et une marge opérationnelle de 6,2 %. Ses objectifs à moyen terme prévoient de porter cette marge au-delà de 10 % sous trois à cinq ans, avant de doubler le chiffre d'affaires à l'horizon 2030.

Cette trajectoire de croissance s'appuie sur une diversification progressive de l'offre. Historiquement centrée sur les sous-vêtements, la marque planifie le lancement d'une ligne de jeans pour 2027, suivie d'une gamme de sacs et de casquettes en 2028, avant de s'étendre au marché du linge de maison. Pour les actionnaires, l'enjeu se déplace donc : la question n'est plus celle de la viabilité de l'entreprise, mais celle de sa capacité opérationnelle à exécuter ce plan de développement.

Un pari plus qu'une valeur de rendement

Le dossier ne fait pas l'unanimité. À la différence des grandes capitalisations, Le Slip Français ne distribue pas de dividende et ne dispose d'aucun historique boursier, ce qui positionne le titre comme une valeur de croissance pure.

Plusieurs observateurs s'interrogent d'ailleurs sur la valorisation retenue. Sur les forums de Boursorama, certains investisseurs particuliers jugent le prix d'introduction exigeant. Valoriser l'entreprise 19,2 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 21,1 millions d'euros et un résultat net d'environ 600 000 euros intègre déjà, selon eux, des attentes élevées sur les performances futures.

Dans son analyse de l'introduction, l'hebdomadaire Investir qualifie la valeur de pari sur le « made in France », excluant toute logique de rendement immédiat. La création de valeur dépendra donc de l'accélération de l'activité sur les prochains exercices. Enfin, le cabinet Meilleurtaux Placement nuance ces réserves en rappelant que la sursouscription de l'offre constitue un premier signal technique favorable, même si l'entreprise devra désormais valider ses prévisions lors des publications trimestrielles.

Un test pour la mode française

Au-delà de la trajectoire de l'entreprise, cette introduction en Bourse fait office de test pour l'ensemble du secteur. Les marchés financiers se montrent particulièrement sélectifs vis-à-vis des acteurs de la mode, confrontés à la baisse des volumes de consommation et à la pression sur les marges. Dans cet environnement, la capacité d'une marque indépendante à attirer des capitaux prend une résonance sectorielle.

Une trajectoire boursière positive enverrait un signal favorable aux autres PME textiles en quête de financements. À l'inverse, une déception boursière viendrait confirmer que les investisseurs privilégient désormais les grands groupes internationaux aux structures plus légères.

La cotation du Slip Français dira certes quelque chose de la marque. Elle dira aussi beaucoup de l'appétit des marchés pour un modèle devenu rare : celui d'une PME française qui choisit de financer sa croissance plutôt que sa restructuration.


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