Chine et UE sur le chemin de la guerre commerciale ?

Pékin - Voitures électriques, batteries, articles des plateformes en ligne Temu ou AliExpress: le déficit commercial de l'Union européenne avec la Chine grandit, poussant Bruxelles à vouloir s'armer d'outils de protection, au risque d'une guerre commerciale.

Les dirigeants européens réunis jeudi en sommet devraient discuter de solutions pour protéger l'industrie du Vieux Continent. Pékin préconise le dialogue, mais se dit prêt à riposter.

A combien s'élève le déficit commercial?

Il est devenu "insoutenable", a affirmé le mois dernier la Commission européenne. Pour le seul mois d'avril, le déficit (pour les marchandises uniquement) était de 31,9 milliards d'euros, selon Eurostat, le service de statistiques de l'UE. C'est plus d'un milliard d'euros par jour en moyenne.

"Notre relation commerciale avec la Chine a atteint un point qui nécessite une réinitialisation. Pas une confrontation, mais un rééquilibrage", a déclaré lundi le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic.

L'ambassadeur chinois auprès de l'UE Cai Run a écrit fin mai que son pays était "tout à fait conscient des fortes préoccupations" européennes, n'avait "jamais recherché délibérément un excédent commercial" et était "prêt à faire sa part pour aider à résoudre ce problème".

Appelant au "dialogue", il a listé les mesures déjà prises : plus grande ouverture aux produits agricoles européens, suppression de remises de TVA pour les exportateurs chinois de produits photovoltaïques, restrictions aux exportations de voitures électriques chinoises.

Sur la défensive, la Chine a affirmé début juin que le succès de ses entreprises reposait sur l'innovation, les économies d'échelle et son tissu industriel, rejetant les accusations selon lesquelles il viendrait d'énormes subventions publiques.

Quel est l'état des relations ?

Tendues depuis début 2026 car Bruxelles souhaite renforcer son arsenal législatif face à la Chine. L'UE craint que la domination des entreprises chinoises dans certains secteurs (véhicules électriques, batteries, chimie, technologies vertes) ne lamine son industrie. Elle exige aussi une plus grande ouverture du marché chinois.

La Chine est vent debout contre un projet de loi dit d'"accélération industrielle". Il exclurait des marchés publics certains produits fabriqués hors UE et restreindrait le rachat d'entreprises européennes.

La Commission européenne a aussi présenté une révision de ses règles de cybersécurité. Elles visent notamment à exclure les fournisseurs jugés à hauts risques, comme le chinois Huawei, des réseaux de télécommunications.

Les véhicules électriques "made in China" sont visés depuis 2024 par des droits de douane supplémentaires. Le ministère chinois du Commerce a promis des "contre-mesures" si le projet d'"accélération industrielle" était adopté.

Va-t-on vers une guerre commerciale ?

On s'en rapproche. "Les esprits sont échauffés et la situation reste instable. Le risque d'une guerre commerciale est bien réel", affirme Xu Dingbo, professeur à l'Ecole de commerce internationale Chine-Europe (CEIBS) à Shanghai.

"Il est essentiel aujourd'hui pour les Européens d'afficher leur détermination et de créer le rapport de force", estime Elvire Fabry, spécialiste de géopolitique du commerce à l'Institut Jacques Delors. Zhu Tian, économiste au CEIBS, estime cependant que les deux côtés peuvent avoir intérêt à l'apaisement: "L'escalade ne profiterait à personne : l'Europe ferait face à des coûts plus importants et verrait sa transition verte ralentie, tandis que la Chine prendrait le risque de se fermer un marché essentiel".

Quelles représailles potentielles de la Chine?

"La Chine pourrait répliquer par des enquêtes antidumping, un durcissement des contrôles réglementaires, des restrictions dans certains secteurs, ou encore en mettant la pression sur des produits européens à forte sensibilité politique", envisage Zhu Tian.

Après de précédentes mesures européennes ces dernières années, la Chine avait imposé des droits antidumping sur le cognac ainsi que des enquêtes sur le porc et les produits laitiers, secouant ces filières. Zhu Tian parie sur "une réponse calibrée: suffisamment ferme pour faire comprendre que les mesures de l'UE ont un coût, sans aller jusqu'à une rupture complète".

L'UE redoute particulièrement que Pékin impose des restrictions sur l'exportation de terres rares, essentielles pour ses industries de pointe.

Quelle importance l'UE a-t-elle pour la Chine?

C'est son deuxième partenaire commercial, un marché crucial pour ses entreprises confrontées à une consommation intérieure morose. La Chine "a besoin de l'accès au marché européen alors que le marché américain se ferme", note Elvire Fabry.

Des compromis sont-ils donc à attendre?

"Augmenter les importations en provenance d'Europe aiderait à détendre la relation et prouverait que la Chine prend au sérieux les inquiétudes de l'UE", juge Zhu Tian. Il préconise aussi davantage d'investissements chinois sur le Vieux Continent, générateurs d'emplois.

Pékin peut encore éviter une guerre commerciale, mais "en s'ouvrant réellement et pas en faisant semblant, car cela fait 20 ou 30 ans que la Chine parle d'ouverture", dit Joerg Wuttke, expert au cabinet DGA-Albright Stonebridge Group et ex-président la Chambre de commerce de l'UE en Chine.


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