Commerce de détail en France : une croissance à l’arrêt à l’aube de 2026
L’année 2025 n’a pas marqué le rebond espéré pour le commerce de détail français. Après plusieurs exercices déstabilisés par l’inflation et l’érosion du pouvoir d’achat, le secteur est resté quasiment immobile. Si le e-commerce franchit des caps historiques, le retail physique — et particulièrement le segment de la chaussure — fait face à des défis structurels majeurs.
L’adoption du budget 2026 en février ne dissipe qu’en partie l’incertitude. Les signaux conjoncturels restent fragiles et l’environnement macroéconomique continue de peser sur les arbitrages des ménages comme des entreprises. C’est le constat dressé par les dernières analyses de World Footwear et des principaux indicateurs de marché.
Stagnation globale : un marché figé
En 2025, les ventes totales du commerce de détail en France ont évolué dans une fourchette étroite de ±1 %, avec une variation moyenne annuelle de –0,1 %. Les données sectorielles corroborent cette inertie : plus de la moitié des détaillants déclarent une baisse de fréquentation en magasin, tandis que 44 % constatent une diminution du panier moyen.
Cette tendance confirme un arbitrage budgétaire strict des foyers français, que même une politique de prix barrés offensive ne parvient plus à bousculer. Cette modération s’inscrit dans un contexte macroéconomique atone, avec une croissance du PIB inférieure à 1 % et une inflation ramenée à 0,7 % en décembre 2025, selon Reuters.
Le numérique franchit le cap des 200 milliards d’euros
Dans ce paysage morose, le commerce en ligne constitue l’exception. Les ventes e-commerce progressent de 4,8 % sur un an. Selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), le chiffre d’affaires global du secteur atteint désormais le jalon symbolique des 200 milliards d’euros, soit près de 7 % du PIB français.
Marc Lolivier, délégué général de la Fevad, qualifie ce seuil d’« important jalon symbolique » pour le secteur. Cette dynamique confirme que le digital n’est plus un simple relais de croissance, mais le pivot stratégique qui capte la demande au détriment des points de vente physiques.
La chaussure : un segment en difficulté persistante
Le segment de la chaussure illustre particulièrement les difficultés actuelles. Malgré des hausses ponctuelles en début d'année, les ventes reculent en moyenne de 2,5 % sur l'exercice. Plusieurs facteurs expliquent cette contraction :
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La montée en puissance des pure-players du web.
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L’intensification des stratégies de prix bas.
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La percée d’acteurs asiatiques positionnés sur l’entrée de gamme.
Dans les colonnes de FashionNetwork, Gildas Minvielle, directeur de l’Observatoire économique de l’IFM, souligne un « écart croissant entre les prix très bas et la moyenne du marché », modifiant profondément la perception de valeur chez le consommateur.
Inflation modérée : un faux répit pour les marges
L’inflation textile reste contenue (+0,7 % pour l’habillement). Si cette modération semble positive pour le consommateur, elle constitue un facteur de vulnérabilité pour les enseignes. Une inflation inférieure au seuil de 2 % signale souvent une demande insuffisante. Cette « désinflation compétitive » limite la capacité des acteurs à reconstituer leurs marges face à la hausse des coûts structurels (logistique, énergie, loyers).
Confiance : le véritable point noir
Le climat de défiance demeure l’indicateur le plus préoccupant. L’indice de confiance des consommateurs est resté en territoire négatif toute l’année, terminant à –16,2 points. Cette frilosité généralisée alimente la réduction des volumes d’achat et une quête systématique du prix le plus bas.
Dans ce contexte, les soldes d’hiver deviennent vitaux. Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du Commerce, rappelle que les soldes sont « plus importants que jamais » pour reconstruire la fréquentation et écouler les stocks dans un cadre régulé.
Budget 2026 : stabilisation politique et doutes économiques
L’adoption du budget 2026 apporte un signal de stabilité institutionnelle. Si le gouvernement espère une croissance d’au moins 1 %, les économistes restent sur la réserve. Charlotte de Montpellier (ING Group) estime que le budget « reste défavorable aux entreprises », pointant les risques pour l’investissement et l’emploi.
2026 : l'heure de la recomposition
Au terme d’une année 2025 marquée par l’inertie, la distribution française aborde 2026 avec une visibilité réduite. La question n’est plus celle d’un rebond spectaculaire, mais de la capacité des acteurs à adapter leur modèle à une croissance faible et une concurrence digitale saturée.
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